Art & esthétique

Niki de Saint Phalle – Hon en Katedral (Elle, une cathédrale)

Écrit par Marianne

Pour moi, mes sculptures représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir.

Niki de Saint Phalle est une artiste plasticienne, sculptrice, réalisatrice américano-française née en 1930 à Neuilly-Sur-Seine et morte à La Jolla, en Californie en 2002. Issue d’un milieu bourgeois, elle a été critique très jeune de sa condition, des rapports entre les hommes et les femmes dans la société plus particulièrement au sein de la famille. Artiste autodidacte, elle s’est imposée dans le courant des Nouveaux réalistes à partir de 1952. Profondément marquée par sa vie personnelle, l’univers bourgeois dans lequel elle a grandi ainsi que le traumatisme de son père, elle fera une dépression nerveuse à l’âge de 22 ans. Internée quelque temps, elle y découvrit la peinture.

Niki de Saint Phalle - photographie extraite du film Daddy, 1972 de Peter Whitehead. Hon en Katedral (Elle, une cathédrale)

Niki de Saint Phalle (1930-2002),”Niki de Saint Phalle en train de viser”. Photographie en noir et blanc rehaussée de couleur extraite du film Daddy, 1972. © Peter Whitehead.

Engagée, féministe, ses grandes sculptures sont le reflet de ses combats. Elle est très inspirée par le surréalisme, obsédée par la création, elle créa de nombreux tableaux, sculptures, et réalisa un film. Elle participa à de nombreuses expositions. Son engagement artistique est complet. Il lui prend toute son énergie, la place la plus grande de sa vie à part ses deux enfants.

La performance fait partie intégrante de son identité d’artiste. Elle se fait connaître mondialement grâce à un reportage télévisé dans lequel elle est filmée en train de tirer au fusil sur de la peinture. Ces éclatements colorés seront à l’origine de la toile qu’elle peint de manière à la fois violente et subversive. La violence de l’arme utilisée et les couleurs éclatantes utilisées reflètent l’ambivalence de sa personnalité. Cette dualité entre la joie et la tristesse, comme elle le disait elle-même : « la joie peut être très subversive ».

Sa collection la plus connue est « Les Nanas », ces grosses sculptures de femmes. À travers ses créations, elle émet un discours politique féministe et radical.

« Les Nanas » de Niki de Saint Phalle sont des sculptures qui représentent des femmes sorties de l’enfance, libérées de toute sentimentalité et rêve de mariage. Elles sont elles-mêmes, elles ne sont pas écrasées, elles n’ont pas besoin d’homme, elles sont indépendantes et joyeuses. Le désir de Niki de Saint Phalle en les faisant si grandes, est de voir les hommes plus petits que ses « Nanas ». Elle veut les voir écraser le sexe mâle dans une société qui opprime les femmes. Ses sculptures représentent des femmes dominatrices gaies et joyeuses. L’artiste considère que ces « femmes », qui sont un peu révolutionnaires, portent en elles le désir d’aller vers des émotions, des choses réprimées par la société.

Notamment la « Mariée », en 1963, où l’on peut observer de nombreux jouets et fleurs en plastique qui traduisent le poids de la vie domestique sur la femme.

Niki de Saint Phalle - La mariée, 1963. Hon en Katedral (Elle, une cathédrale)

Niki de Saint Phalle – La mariée, 1963 Grillage, plâtre, dentelle encollée, jouets divers peints

Ces œuvres emblématiques ont fait toute la renommée de l’artiste. C’est cette série de sculpture qui donna l’idée d’une œuvre collective pour le Moderna Museet à Stockholm en 1966.

Cette année-là, elle créa avec la collaboration de son mari Jean Tinguely et de l’artiste suédois Per Olof Ultvedt, une sculpture éphémère de 28 mètres de longueur. Intitulée Hon en Katedral, il s’agissait d’une œuvre représentant une femme allongée, aux formes vertigineuses et difformes. Elle fait figure d’allégorie de la “putain”, de la “mante religieuse” telle que Niki s’amusait à la décrire. Des gros seins, un ventre de femme enceinte, les cuisses écartées pour l’ouverture de la statue et une tête minuscule. Cette sculpture visitable et habitable cachait de nombreux trésors. La prépondérance du corps face à la petitesse de la tête est une marque de son engagement féministe et dénonce l’image des femmes souvent réduites à leurs corporalités.

Cette entrée par l’origine du monde en pénétrant par le vagin, offre une visite organique des parois de cette grande dame, cette « cathédrale ». Ses hôtes pouvaient découvrir une fausse galerie d’art, une salle de cinéma dans le sein droit ainsi qu’un planétarium dans le sein gauche. Décrite par Niki comme ayant beaucoup de fonctions, elle était à l’image de ses œuvres monumentales qui échappent aux pouvoirs des collectionneurs et des musées. Par son imposante forme, son entrée organique, elle dévorait presque ses visiteurs. Il n’y a pas que l’extérieur qui compte, ce n’est pas que sa couverture. L’intérieur étant bien plus riche, Niki de Saint-Phalle devient presque par cette création, une architecte.

Cette œuvre sera visitée de juin à septembre 1966. De grandeur hors-norme, elle est caractéristique de la détermination de l’artiste. Elle aime la folie des grandeurs et s’impose dans les espaces publics avec une détermination sans nom. À la suite de cette œuvre gigantesque, elle créa des œuvres encore plus grandes et s’approprie l’espace public comme peu de femmes. En 1971, elle réalisa le Jardin des Tarots à Garavicchio, inspirée par le Jardin de Gaudì à Barcelone et en 1983 elle réalisa la fameuse fontaine Stravinsky dans le centre de Paris.

Œuvre publique réalisée par Niki de Saint Phalle, avec la participation de Jean Tinguely. 1978-1998, Pescia Fiorentina, Italie. Un film de Louise Faure et Anne Julien. © Réunion des musées nationaux-Grand Palais – Idéale Audience, 2014. Toutes les oeuvres de Niki de Saint Phalle © Niki Charitable Art Fondation, 2014, All rights reserved

Trait caractéristique de cette artiste, la plupart de ses œuvres ont été effectuées en collaboration avec Jean Tinguely. Ces deux artistes avaient une entente artistique particulière. Rare n’est-ce pas, qu’une femme ait plus de renommée que son conjoint. En 1991, à la mort de ce dernier, elle monta un projet de musée à son effigie à Bâle, en Suisse, où elle légua ses œuvres

À propos de l'auteur

Marianne

Je suis étudiante en études de genre, je travaille actuellement sur les pratiques et les mobilités urbaines au prisme du genre. Je suis passionnée par la sociologie, la philosophie, le cinéma, la peinture et la littérature. Je m’intéresse notamment aux artistes - femmes, à la portée de leurs œuvres et au symbolisme.

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