Art & esthétique

Frida Kahlo, symbole d’une liberté d’expression et de l’art engagé

Écrit par Marianne

Je n’ai pas peint mes rêves, j’ai peint ma réalité Frida Kahlo

Magdalena Carmen Frieda Kahlo de son nom de naissance, nous lui connaissons surtout Frida. Née en 1907 d’un père immigré allemand et d’une mère mexicaine originaire d’Inde, son éducation sera surtout bourgeoise. Mais ce métissage lui sera une source d’inspiration artistique et politique, son attrait pour les cultures pré-colombiennes et sa mexicanidad, seront une source d’inspiration pour ses tenues traditionnelles, maintes fois exposées depuis. Son père, de qui elle sera très proche tout au long de sa vie, Wilhem Kahlo ou « Don Guillermo », jouera un rôle prépondérant dans l’entrée de Frida dans le monde de la peinture.

« Frida pata de Palo »

Quand son père arrive au Mexique, il se marie une première fois. De cette femme il gardera deux enfants avant sa mort. Puis, il se marie avec Mathilde Calderon, avec qui il aura quatre filles et un garçon qui ne survivra pas. Frida, née juste après la naissance et la mort ce petit garçon, deviendra la préférée de son père. Avec sa petite sœur, elles sont inscrites à l’école allemande de Mexico. Élève brillante, son père lui transmet sa passion pour la philosophie. Touchée par la polio à l’âge de 6 ans, son handicap l’empêchera de vivre comme les autres.

Son père lui apprend le sport, alors interdit aux jeunes filles de bonne famille, l’art et la photographie. Leur complicité est accrue par les crises d épilepsie de son père. Tantôt son protecteur, tantôt l’inverse, Frida développera une peur de l’abandon qui se répercute dans ses relations amicales et amoureuses.

En 1922, elle est reçue à l’école préparatoire afin de devenir médecin. Elle est une des rares filles à y être acceptée. En 1925, le gouvernement Diaz tombe, suite à la révolution mexicaine (1910-1917), la famille Kahlo s’appauvrit et Frida enchaîne les jobs. C’est pendant cette période, qu’au cours d’un stage effectué auprès d’un ami de son père, graveur publicitaire, qu’elle apprend le dessin. Elle commence à s’affirmer en tant qu’artiste.

Cette même année, un accident de bus en rentrant de l’école lui cause des séquelles à vie. Colonne verticale brisée, vagin déchiré qui lui empêchera d’avoir des enfants, estomac percé, pied dont elle sera amputée des années plus tard. Cet accident l’a cloué au lit des mois durant. Cette période, Frida la vit très mal. En exil à la campagne, elle conversait par lettres avec ses amis, et plus particulièrement avec Alejandro Gomez Arias, son premier amour. À cette époque, elle peint énormément. Connue pour ses multiples autoportraits, cette période de convalescence lui fera prendre conscience des questions qu’elle soulève en peignant. La binarité de ses tableaux, mêlant vie et mort. Ses tableaux deviennent le reflet de sa vie, véritable quête existentielle, elle « peint sa réalité ». C’est aussi durant cette période qu’elle s’affirme en tant que non-croyante dans un pays profondément catholique.

Autoportrait à la robe de velours, 1926

Ce n’est qu’en 1927 qu’elle peut reprendre le cours de sa vie, avec ce surnom qui lui restera « Frida pata de Palo », « Frida l’estropiée ». Elle reprend sa vie sociale, tant aimée, s’inscrit au parti communiste mexicain et décide de devenir illustratrice en médecine. Son engagement politique témoigne par ailleurs, de sa volonté de s’engager aussi en tant que femme, à une époque et dans un pays profondément marqué par le patriarcat. Son art et son engagement politique seront intimement liés toute sa vie, ses œuvres étant le reflet de sa vie et de ses pensées.

« La maison double »

Diego Rivera, alors célèbre peintre, est employé par le ministère de l’Éducation publique pour dessiner des fresques murales. Frida, travaillant sa peinture et essayant d’être rémunérée en tant qu’artiste, n’hésita pas à aller l’aborder. De cette rencontre naîtra une histoire tumultueuse qui durera toute la vie de Frida. Ils se marient une première fois à Coyoacán le 21 août 1929. Ses parents, sceptiques au moment des faits, mettent en garde Diego sur l’état de santé de Frida qui ne s’améliorera pas. De là naît cette image de « l’éléphant et la colombe » tirée des paroles de la mère de Frida. Mais c’est avec lui qu’elle se lance plus amplement dans la politique, qu’elle découvre les anciennes cultures indiennes et affirme sa mexicanidad. Elle affirme son identité, son art. Elle enfile le costume de Tehuana et montre son goût de la provocation notamment à travers ses habits.

Frida et Diego Rivera ou Frieda Kahlo et Diego Rivera, 1931 – Collection SFMOMA

Après un séjour de quatre ans aux États-Unis pour Diego, le couple se réinstalle à Mexico dans leur fameuse maison double, construite par Juan O’Gorman, peintre et architecte, élève de Le Corbusier. Cette maison sera à l’image du couple, bleue azur pour Frida, rouge sang pour Diego. Cette maison devient alors l’antre, le repère des intellectuels, artistes et politiques proche du couple.

Mais en 1934, Frida découvre la liaison que Diego entretient avec la petite sœur de Frida. Elle quitte la maison double et s’installe dans le centre de Mexico. Mais fous d’amour l’un pour l’autre, ils finissent par se retrouver l’année suivante. C’est à ce moment-là que Frida se plonge dans l’alcool.

« L’autonomie et l’indépendance artistiques »

En 1937, le couple Trotski est accueilli par Frida. De là naîtra une liaison qui ne durera pas, mais leur amitié, elle sera grande.

En 1938, Diego la pousse à participer à une exposition collective qui lui offrira la notoriété qui lui revient. André Breton est fasciné par son art. En 1939, il déclara

L’art de Frida est un ruban autour d’une bombe.

De cette reconnaissance, se forme alors un groupe d’artistes engagés, le couple Trotski, le couple Breton, Frida et Diego. La femme de Breton, Jacqueline Lamba, elle-même peintre formera un duo avec Frida, dont les cadavres exquis seront le résultat. Breton lui demande de venir à Paris pour exposer. C’est une mauvaise expérience pour Frida qui ne se reconnaît pas dans le surréalisme parisien qu’elle n’apprécie pas. Elle traite les surréalistes de « pourris » mis à part Marcel Duchamp.

Cette même année, alors Frida et Diego divorcent d’un consentement mutuel. Un mois après leur divorce, Frida se coupe les cheveux qu’elle portait très long, et se représente dans un autoportrait, ciseaux à la main dans un costume XXL qui représenterait celui de Diego. Elle se représente comme la figure castratrice de la femme.

Autoportrait aux cheveux coupés, 1940

Dans les années 1940, son père décède. Terrible bouleversement dans la vie de Frida. De plus, le 24 mai, Trotski est victime d’une tentative de meurtre. Diego et Frida ayant divorcé l’année d’avant, il est soupçonné de l’affaire et se réfugie à San Francisco. Pour Frida, les conséquences de son accident s’accentuent. Très touchée à la colonne vertébrale, elle consulte cette même année, de nombreux médecins qui lui affirment qu’elle doit se faire opérer de la colonne. Contre leurs avis, elle s’envole pour San Francisco rejoindre Diego et se faire opérer là-bas. Le couple avait décidé de se remarier.

La colonne brisée, 1944

Pendant son séjour aux États-Unis, l’intérêt pour sa peinture grandit et elle est exposée à Boston, à Philadelphie ainsi qu’au musée Guggenheim à New York. Sa renommée continue de grandir. Artiste engagée, elle participe en 1942 au « Seminario de Cultura Mexicana », soucieuse de diffuser le plus largement possible l’art mexicain.  Fière d’être mexicaine, elle devient un symbole pour l’évolution de la visibilité artistique au Mexique et dans le monde. Elle accepte un poste de professeure en 1943, pouvant ainsi transmettre non seulement son savoir, mais son discours. Fidèle à elle-même et à ses convictions, elle refuse la hiérarchie et apprend à ses élèves à la considérer comme égale. Son anticonformisme, ainsi que son style novateur font d’elle, une des meilleures artistes de son temps. Malheureusement, son état de santé se dégrade encore et en 1945, elle repart à New York se faire opérer. Cette même année, elle peint son tableau le plus célèbre : « Moïse ou la naissance du héros », elle exprime alors une certaine philosophie de la vie, philosophie qu’elle a transmise à ses élèves par ailleurs : « On n’est rien d’autre qu’un fonctionnement- ou la partie d’une fonction d’ensemble ».

Moïse ou Le nucléus, 1945

Durant les dernières années de sa vie, elle se consacre à la politique, et la peinture. Gravement malade, elle est amputée du pied en 1953 suite à une gangrène. Elle meurt en 1954 à l’âge de 47 ans.

Avec joie, j’attends le départ… et j’espère bien ne jamais revenir… Frida (Herrera 1983, p. 355)

Frida Kahlo, symbole d’une liberté d’expression et de l’art engagé

Femme ambivalente, elle sera tantôt une femme dévouée à Diego, tantôt une femme libre. Bisexuelle, elle aura des amants et amantes toute sa vie. Elle était charismatique, caractérielle, narcissique, sûre d’elle, torturée et immense artiste. Sans vouer sa vie à la cause du féminisme, elle en est aujourd’hui une représentation. C’est par son entrée dans la vie publique mexicaine et par son anticonformisme qu’elle s’est imposée comme féministe. Elle entretenait ouvertement des liaisons, se dessinait nue, représentait les pires passages de sa vie tels que ses avortements. Ses peintures étaient son journal intime, et son journal intime était rempli de ses dessins. Véritable icône d’une liberté féminine et sexuelle, sa philosophie se faisait manifeste dans sa peinture et c’est l’enseignement qu’elle a donné à ses élèves. Elle a été la figure de la dénonciation de l’exclusion des arts féminins.

 

Bandeau de l’article : © Frida Kahlo – Autoportrait au collier d’épines, 1940

À propos de l'auteur

Marianne

Je suis étudiante en études de genre, je travaille actuellement sur les pratiques et les mobilités urbaines au prisme du genre. Je suis passionnée par la sociologie, la philosophie, le cinéma, la peinture et la littérature. Je m’intéresse notamment aux artistes - femmes, à la portée de leurs œuvres et au symbolisme.

Laissez un commentaire