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Regarder en arrière est le seul moyen de créer le futur.    {Vivienne Westwood}

Jeudi 30 avril 2009{par Vincent}

Réforme de l’éducation nationale, la ronde infinie des obstinés

ronde des obstinés

Mouvement au sens propre comme au figuré, la ronde infinie des obstinés est une action initiée par l’université Paris VIII (anciennement Vincennes) face à la réforme de l’éducation souhaitée par le gouvernement. Malgré un ultimatum lancé le 23 mars 2009, le mutisme effronté du gouvernement aura déclenché une marche qui ne s’arrêtera pas avant l’obtention de réponses significatives : quand la foule s’allie pour une même cause et initie une action qui s’inscrit dans la durée, jusqu’où cela peut il mener ?

La ronde infinie des obstinés s’est donc constituée, en résistance. Elle tourne depuis maintenant 38 jours sans discontinuer en place de grève (place du parvis de l’hôtel de ville) à Paris. La place de Grève se nomme ainsi jusqu’en 1803. Cette place est située sur les berges de la Seine, d’où son ancien nom (grève : terrain plat composé de graviers ou de sable en bord de mer ou de cours d’eau). Pour la petite histoire, c’est sur cette même place que fut utilisée pour la première fois la guillotine le 25 avril 1782. Il y a une une référence évidente, dans le principe, aux rondes des Mères de la place de Mai en Argentine. L’action entreprise ici à l’initiative (du latin initio : commencer) de Paris VIII s’inscrit dans la durée, et c’est la toute sa force. C’est une action, au sens entendu par Hannah Arendt. Dans la condition de l’homme moderne, Hannah Arendt interroge la confusion entre la sphère privée et la sphère publique, entre ce qui relève de la production et ce que relève de l’action. Elle réinterroge ainsi le sens actuel du mot politique qui, selon elle et je suis entièrement d’accord avec ce point de vu, revêt uniquement le rôle de gestion de la vie de la cité tandis que c’est un espace humain qu’il sagit de retrouver avant tout, un espace public d’échange et de partage. Je vous renvoie d’ailleurs au billet d’Emeric sur le capitalisme qui développe une partie tout aussi intéressante du livre.

« Cette action inédite et lancinante est à la mesure de notre détermination. Cette ronde est un lieu de partage, de débats et de palabre, de réflexion, de résistance. »
les créateurs de la ronde

Mais je vais essayer de décrypter ici d’un point de vu symbolique et philosophique ce que représente un tel acte.
La ronde se pose en résistance. Il y a là déjà un paradoxe très intéressant entre le cercle, symbole de féminité et partant de capacité d’accueil radicale de l’altérité (capacité à accueillir l’incroyable) et la résistance, du moins au premier abord. La ronde se présente qui plus est comme un mouvement infinie, éternel recommencement qui me fait penser à Nietzsche et son mythe de l’éternel retour (notion développée dans la volonté de puissance et qu’il serait long de décrypter ici…). Mais en essayant d’interpréter cette action, on peut comprendre que la résistance s’offre ici comme action dans la durée, dans l’effort et non comme un déploiement de colère dans la violence. C’est la rage qui est au travail ici, mais une rage qui donne le souffle de l’action, un élan, une vigueur soutenu par un immense courage et qui se déploie dans le calme et la non violence. Symboliquement aussi, le cercle est le rejet total de rapport verticaux (hiérarchiques) et le passage aux rapport horizontaux (communautaires voire tribaux). Tout le monde est sur le même plan, on retrouve ici le lien avec la polis, espace public d’échange et de partage entre humains qui vivent ensembles. Il n’y a pas de début, pas de fin, mais une continuité infinie. J’ajoute aussi que le cercle est le symbole de l’union. (l’alliance du mariage, entre autre, en atteste). Union entre différents individus pour la même cause, dans le cas de la ronde des obstinés, et allant dans la même direction.

« Chaque homme est en lui-même un nouveau commencement ». Hannah Arendt

La ronde s’inscrit dans la durée, dans l’effort au service d’un message fort, d’une conviction profonde présent dans le coeur de tous ces enseignants. Ils défendent le sens du mot éducation, ni plus ni moins, convaincu tout comme moi qu’il n’y a pas de formation sans éducation (du latin e-duquere : conduire en dehors de) et que l’éducation ne peut pas être faite en AUCUN CAS dans une perspective lucrative. Bien sur qu’il faut des fonds pour un enseignement de qualité. Mais c’est l’ensemble de la cité, des personnes qui constituent ce beau pays qu’est la France qui par Fraternité, ensemble, donne à sa mesure afin d’offrir à chaque personne qui le souhaite ce droit. Oui l’éducation est un droit ! Au même titre que la liberté.

Article 26 de la déclaration universelle des droits de l’Homme :
1.  » Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. »
2.  » L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. »


Ce qui ce passe en ce moment est grave. Il s’agit d’en prendre la mesure. Et l’on peut faire également le parallèle avec la réforme des hôpitaux. Elle aussi vise à réduire ce qui constituait des valeurs fortes de notre société, à savoir l’entraide, l’égalité, ou la charité envers les plus faibles, à une simple vision mercantile et productiviste du service public. Ça n’est pas rentable ? Alors non, on ne vous soigne pas ! Vous ne pouvez payer ? Alors non, on ne vous éduque pas ! On réduit tout au profit. On s’agenouille cupidement devant le Dieu économie sous prétexte d’un service de meilleure qualité. Mais l’enseignement n’est-il pas financé par ce qui est ponctionné à la population ? Tout comme chaque service public (difficile de continuer à employer ce mot…). Alors, qu’attendons nous pour prendre conscience des dérives de plus en plus inhumaines de notre société ?



Ultimatum posé par la ronde infinie des obstinés
commentaire : 1Commentaire

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1 réponse


  1. oui cette démarche est saine je trouve, sans violence, elle permet de protester tout en faisant "autre chose". Pourquoi pas donner des cours au milieu du cercle, alerterr les passants, discuter, etc… On est clairement plus dans le dialogue que le gouvernement.On en parle d’ailleurs dans la presse anglosaxonne (the guardian).Sinon j’ai récemment entendu Frédéric Lefebvre, l’énervant porte parole UMP, qui a un avis (de merde parfois) sur TOUT, parler de "ronde des jusqu’au-boutistes". Histoire d’élever le débat quoi. Et d’être dans un dialogue sain !Désolé de défendre des idées Monsieur Lefebvre, mais autant les défendre jusqu’au bout…En tout cas le gouvernement commence à sévir, et brandit les sanctions, en s’enfermant donc dans une logique de réprimande pseudo-sécuritaire. Mais nous ne sommes pas (encore) en dictature messieurs. Parlez au lieu d’attaquer, mais surtout écoutez.

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