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I don't think success can fill you up when you need love.   {Fred durst}

Mardi 12 avril 2011{par Eddie}

Rencontre & Nomadisme #2 | SĂ©bastien Godefroy

SébastienGodefroy© Photos : Sébastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

Sébastien Godefroy, Photographe professionnel à Paris, m’a parlé de sa rencontre avec Nebojsa.

« Le cousin de ma femme, que j’ai rencontré au Kosovo s’appelle « Nebojsa », ce qui signifie « celui qui n’a pas peur » en Serbo-Croate. Il se comporte souvent comme un fier à bras, mais très vite j’ai découvert un personnage profondément gentil, très doux, qui ne rêve que d’une chose, c’est de tomber amoureux. Il m’abreuve, me bourre la tête avec le danger et le risque de sortir, alors j’ai eu un comportement méfiant, je ne sortais pas sans lui, quand on allait en ville je me disais que je me ferais attaquer, mais en fait il ne se passait rien. Pourtant il m’avait rempli de cette énergie là…

À chaque fois que je venais chez lui, je lui disais qu’il fallait que j’aille au Kosovo. J’y étais pourtant, mais je devais aller voir le pays seul, le traverser, aller au nord, au sud, partout…
Durant mon premier voyage j’ai traversé le pays de parts en parts, le deuxième un peu moins, le troisième encore un peu moins, et au quatrième, je suis resté assez statique.

Au bout de quatre voyages quand je suis rentré à Paris, je me suis dit qu’en fait je voulais y retourner encore une fois, c’est apparu comme une évidence car mon sujet au final, c’est lui, c’est mon cousin Nebojsa. C’est ce gars ; car c’est un peu mon pendant, on a à peu près le même âge, on a des vies complètement différentes. Je vais y retourner une cinquième fois car j’ai déjà beaucoup de photos prises de lui, et je vais en refaire d’autres. C’est lui mon histoire, c’est mon cousin qui est gelé au Kosovo, avocat diplômé mais qui se retrouve à être gardien dans une poste. C’est une vie partiellement gâchée, remplie de fantasmes, il est complètement noyé sous ses délires. Il m’a conditionné et mon travail photographique sur ce pays s’en est trouvé complètement changé pour devenir l’histoire d’un homme dans son univers ».

Rencontre & Nomadisme / Sebastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

« En 1999, bien avant de rencontrer ma femme, j’avais dĂ©jĂ  des amis serbes, qui me racontaient un peu le conflit, ça ne voulait pas toujours dire grand chose vu d’ici, l’Otan s’était dĂ©jĂ  positionnĂ© en estimant que les albanais Ă©taient opprimĂ©s, que les serbes Ă©taient des bourreaux. Ça me semblait un peu simpliste comme vision, comme dans beaucoup de guerres finalement… J’entendais dans les mĂ©dias les bombardements, les soi-disant frappes chirurgicales, et quand j’y suis allĂ© la première fois en 2002, annĂ©e oĂą j’y ai rencontrĂ© mon Ă©pouse, j’ai eu une sensation totalement diffĂ©rente, la Serbie c’était un pays avec des gens qui nous ressemblaient Ă©normĂ©ment, certes marquĂ©s par la guerre encore rĂ©cente, la manière dont ils ont Ă©tĂ© traitĂ©s. Au dĂ©but j’avais un petit a priori sur ce que je voulais raconter, mais rien de très prĂ©cis, je voulais juste parler du Kosovo. Je ne savais pas du tout Ă  quoi ça ressemblait. »

Rencontre & Nomadisme / Sebastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

10 ans de maraudes avec EmmaĂĽs
Après des études entamées à l’école Louis Lumière, Sébastien Godefroy se retrouve un peu par hasard dans l’association Emmaüs, à s’occuper des sans-domicile en tant qu’assistant éducateur. En 1999 l’association se lance dans les « maraudes » de nuit, puis de jour, et Sébastien va les suivre pendant près de dix ans à travers une centaine de sorties.

Rencontre & Nomadisme / SĂ©bastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

Il s’est pris de sympathie pour ces gens et a eu une approche très simple et honnête avec eux. Il s’est aperçu qu’il adorait les photographier car lui même vient d’une famille très modeste, un renvoi a ce que son père aurait pu devenir si l’alcool ou le désespoir s’étaient mêlés de sa vie. Sébastien a eu la chance d’accompagner Emmaüs pour avoir une légitimité vis à vis de ses sujets, en affirmant son approche de photographe, l’appareil autour du cou : « …cela générait de grandes discussions, parfois abruptes. Certains se ferment, d’autres sont tellement cassés qu’ils restent silencieux, tu braques l’appareil sur eux et ils ne comprennent même pas ce qui se passe. Dans ce cas tu en abuses en quelques sorte, espérant que la photo de ce mec complètement perdu servira à la cause des autres… ».

Un livre est sorti de ces dix ans avec les sans-domicile, « La maraude ».
Le prochain travail de Sébastien Godefroy sur le même sujet, « 100 photos pour la fondation Abbé Pierre ».

La Nationale 7
Ma rencontre avec Sébastien s’est faite simplement grâce au vélo. Comme moi, il a chargé son deux-roues avec son matériel photo pour partir sur les routes, entre autre pour effectuer un projet qui lui tient à cœur, la « Nationale 7 » entre Paris et Avignon. Il a voulu montrer la fin d’une route qu’il a fantasmée comme abandonnée de la vie et de ses gens. Cette nationale mise de côté après la création de l’autoroute A7 est considérée, dans l’inconscient collectif des français, comme la route 66 américaine, sorte de voie mythique et chargée d’histoire.

« Les voyages à vélo j’en ai fait plusieurs, d’abord l’Estonie, le sud de la France, la Serbie… longtemps j’ai pensé qu’il fallait distinguer le déplacement à vélo et le sujet, mais je me suis aperçu que ça faisait parti d’un tout important. Pour ce projet il y a eu deux évènements déclencheurs, il y a deux ans je suis passé sur cette nationale en voiture, et j’ai vu dans un virage une ancienne fabrique de poteries aux allures de station service. C’était un décor incroyable et j’avais envie de faire un travail à la chambre, très formel, pour raconter les vestiges de cette route. Par la suite, j’ai rencontré un gars un peu fou, qui avait l’habitude de traverser cette nationale dans des voitures de collection. En lui parlant de cette fabrique de poterie, il m’a annoncé que ce bâtiment est maintenant écroulé… en y retournant j’ai en effet constaté qu’il n’y avait plus aucune trace de vie de l’époque, et c’est très intéressant pour moi car c’était une partie du patrimoine français qui s’effaçait. J’ai ensuite cherché un moyen de locomotion et le vélo est apparu comme évident, c’est un moyen fabuleux qui permet de tout voir, de s’arrêter, de faire corps avec l’environnement. La fatigue, l’angoisse de laisser ma femme enceinte seule, se ressent, ainsi que le rapport au sol, regarder le bitume coulant quand on roule des heures sous le soleil. Ces moments de réflexion impriment une marque sur l’ambiance du sujet ».

SĂ©bastien Godefroy / Nationale 7© SĂ©bastien Godefroy / Nationale 7 – Cliquez sur l’image pour voir la galerie

Sébastien Godefroy travaille pour diverses commandes et aménage son temps libre pour des projets personnels. Sa curiosité et sa sensibilité ressortent fortement dans son travail. Son site internet à jour sera en ligne prochainement.

 

 

commentaires : 2Commentaire

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2 réponses


  1. Un aperçu d’un très joli travail.
    De la photo au service d’un engagement.
    Bravo pour l’article!

    FredC

  2. Oui Sébastien à une belle personnalité, simple et honnête, et ça se retrouve sans ses clichés à mon avis.
    J’ai eu la chance de voir une sĂ©rie de « La maraude », un point de vue très intĂ©ressant sur ces gens et la misère sociale.
    Je mettrai le lien de son site lorsqu’il sera terminĂ©, bientĂ´t j’espère. 
    Eddie

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