philosophie, design, philo, arts, art, arts graphiques, photo, photographie, littérature, réflexion, décryptage, pédagogie, vulgarisation, explication, événementiel, analyse, politique, écologie, magazine, pub, publicité, culture, expositions, graphisme, cinéma, spirituel, spiritualité, fait religieux, tribu, tribus, musique, musical, utopie, notion, humanisme, humaniste, engagement, engagé, rencontre, altérité, ifer, artdifer, e-art, e-artsup, concept, spectacle, paris, pop culture, popculture, pop-culture, pop, tendance, postmoderne, postmodernité, ultra moderne, ultramodernité, blog
Il vaut mieux ne pas jouer le rôle du temps, il travaille mieux que nous.   {Vassili Kandinsky}

Vendredi 25 mars 2011{par Eddie}

Rencontre & Nomadisme #1 | Joshia

© Photos : Eddie Mittelette / Cliquez sur l’image pour l’image en grand

Un soir où nous étions avec tous les enfants de la communauté à l’ovale de football australien, Joshia s’éloigne du groupe, triste, ses pieds nus trainant sur la terre rouge. Il vient d’essuyer des moqueries par ses cousins et mis injustement à l’écart par la prof. Je le vois s’asseoir par terre, sa petite silhouette noire se détachant des maisons de tôle au loin, la tête pointant vers le sol. Pendant que les autres s’amusent, je le rejoins tranquillement et m’assois près de lui, je le regarde en silence, il tamise la terre brulante avec sa main, son profil se dessine à mesure que le soleil descend sur l’horizon derrière lui, donnant à ses cheveux duveteux et raides un reflet doré, presque sacré. Des larmes sèches collent ses yeux, sa bouche ronde est comprimée et il me regarde enfin, me fait son sourire habituel, comme si tout ses soucis étaient si vite oubliés.

« Regarde, je vais t’apprendre à faire l’empreinte de pas de l’émeu… », me dit-il. Il rejoint ses mains et fait ressortir ses deux auriculaires vers le bas pour imprimer deux petites traces allongées sur le sable. Sans un mot je l’imite, suis exactement ses instructions et réussi presque aussi bien que lui les empreintes de l’étrange oiseau sans ailes. Mes félicitations l’encouragent à continuer avec le kangourou, deux traces parallèles et allongées, puis par la dinde sauvage, le serpent et le dingo, chien sauvage du désert australien. Des animaux pour la plupart totémiques qui font partie de son patrimoine spirituel, de sa vie. Plus tard et grâce à ses connaissances déjà précoces il les chassera lui-même pour manger, faire perdurer et transmettre à son tour cet héritage riche et fragile, oralement transmis par les anciens.

On se regarde, il se confie à moi comme à un ami. Nous avons 25 ans d’écart et une culture aux antipodes, mais nous nous comprenons, il sait qu’il a ma protection. Je sais que j’ai sa confiance. Demain matin je devrai charger mon vélo à nouveau et repartir vers le nord, sur cette piste rouge qui n’en fini pas à travers ce pays désertique. Je devrai laisser mon jeune ami à sa vie pour continuer la mienne.
Nous revenons vers le groupe, tout le monde s’installe Ă  l’arrière du 4×4 pour rentrer. Le soleil est maintenant très bas, les derniers rayons percent Ă  travers les vitres sales. Il grimpe sur la banquette pour se blottir contre moi et dans un Ă©lan de vengeance espiègle, jure en direction des moqueurs, le visage cachĂ© derrière mon bras, tĂ©mĂ©raire et fort de ma protection. Il lève les yeux vers moi et un lĂ©ger sourire se dessine Ă  la commissure de ses lèvres assĂ©chĂ©es.

Rencontre & Nomadisme / Joshia© Photos : Eddie Mittelette / Cliquez sur l’image en grand

La première fois que j’ai croisé le regard de Joshia, c’est au moment du petit déjeuné. Je lui ai dit bonjour, il m’a répondu d’un oeil curieux et lointain. Je lui ai servi son jus de carotte et rempli son assiette de pâtes bolognaises accompagnée de son petit pain bio. Il a dû se demander ce que ce blanc faisait là. Il s’est éloigné en me regardant de temps à autres du coin de l’oeil. Ce régime, c’est pour lui, pour son bien, car dans sa famille il est un peu livré à lui même pour son équilibre nutritionnel. Son univers est rouge, poussiéreux et chaud. Il partage une grande maison en préfabriqué avec ses frères, ses cousins et cousines, sa mère. Pourtant tous les soirs, il prend place autour du feu pour prendre son dîner et s’endort sous les étoiles.
Du haut de ses 6 ans, Joshia est un petit nomade Aborigène d’Australie Occidentale, un « Martu », et il vit actuellement dans la communauté de « Karntimarta », dans la région du Pilbara. Il parle le Martu, le Nyangumarta et l’anglais. Son groupe de peau est « Panaka ».

© Photos : Eddie Mittelette

C’est pour Joshia, Glenisha, Little Clarrie, Kimarl et les autres… c’est pour vivre ça que trois mois plus tôt je suis arrivé à Karntimarta sur mon vélo, à 3200 km de Perth, aux portes du « Grand désert de sable ».
Ces enfants sont fascinants.

commentaires : 3Commentaire

Partagez cet article

  • Twitter
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Delicious
  • MySpace

3 réponses


  1. Ce billet est tellement joli, les photos si belles, que j’ai  eu le sentiment d’ĂŞtre transportĂ©e lĂ -bas et de ressentir immĂ©diatement  de l’attachement pour ces enfants du bout du monde.
    Merci Eddie de nous offrir ta rencontre avec Joshia: un moment d’intimitĂ© touchant par sa simplicitĂ©,  sa pudeur et  sa poĂ©sie.
    Ce petit Prince n’a  pas appris  Ă  dessiner un mouton mais il t’a montrĂ© comment reproduire l’empreinte de l’Ă©meu, du kangourou…..c’est fascinant!
    J’attends la suite du voyage avec grande impatience.

  2. Merci Michèle,
    En effet ces enfants sont vraiment attachants et si diffĂ©rents. Joshia est l’un des quelques enfants dont j’ai eu Ă  m’occuper pendant mon volontariat. Il y aurait tellement Ă  raconter sur eux et leur famille…
    En parallèle Ă  d’autres sujets, je vais continuer Ă  parler des aborigènes et de leur culture.
    A bientĂ´t.

  3. Photos ma-gn-fi-ques
    Merci Eddie ! 

Réagir au sujet