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Je ne sais pas comment enseigner la philosophie sans devenir un perturbateur pour la religion établie.   {Baruch Spinoza}

Quand on retrouve Evagre le Pontique

Dans son travail intitulé Le Traité pratique, Evagre le Pontique, l’un des pères de l’église du IVème siècle définit une praxis par laquelle l’Homme peut entièrement être orienté et dynamisé par l’esprit, et ainsi laisser libre cours à la capacité de dépassement qui le caractérise.
Il va définir 8 logismoï, ou baisses de l’âme, ou maladies de l’égo, qui sont susceptibles d’empêcher l’Homme d’accéder à son humanitude, à la réconciliation avec Dieu :

Gastrimargia (toutes les formes de pathologies orale : boulimie, anorexie, bavardage, gourmandise, alcoolisme…), la philarguria (avarice), la pornéia (obsession sexuelle), l’orgé (la colère), la lupé (la tristesse), l’acédia (la dépression à tendance suicidaire), la kénodoxia (la vaine gloire, l’inflation de l’égo), et l’upérèphania (le délire schizophrénique).

La philarguria : La philarguria est une sorte d’attachement irrationnel à un bien quelconque (livre, vêtement, voiture…) mais également à l’égard d’une idée pratique ou d’une posture particulière.
On peut ici nouer des liens avec la psychologie contemporaine, et utiliser la notion de stade anal chez Freud : Un enfant peut éprouver une peur indescriptible à la vue de ses excréments, pour lui c’est son corps qui se décompose, et si sa mère n’est pas là pour le rassurer et le remercier de ce cadeau, il va éprouver une certaine crainte qui peut le conduire à se retenir, ou au contraire à se vautrer dans ses excréments.
Ainsi on peut avoir deux modes de manifestation de la philarguria; une rétention forte ou à l’inverse un excès, une théâtralisation, voire une parodie.

La pornéia : La pornéïa noue des liens très étroits avec la philarguria. Chez Evagre le pontique il s’agit d’un mauvais équilibre psychologique qui concentre toute l’énergie et l’attention au niveau génital. Pour libérer cette énergie, il y a une véritable pulsion sexuelle qui en son point culminant arrive à la masturbation. On peut aussi évoquer le fait que son propre corps, mais aussi le corps de l’autre, n’est considéré ici que comme une chose, une matière sans âme, un simple objet de plaisir.

La kénodoxia : C’est une combinaison de la philarguria et de la pornéïa. C’est une inflation démesurée de l’égo. On peut évoquer l’image de la grenouille qui veut être plus gros que le bœuf. Le moi exige une reconnaissance, une admiration de tous, il faut que l’individu soit au centre des attentions et que tous les regards soient dirigés sur lui.
Plus le sentiment d’insécurité est grand, plus on aura besoin d’exploits ou de relationsrelevant de l’importance illusoire.

L’orgé : Comme la colère nous met hors de nous on comprend bien comment l’orgé peut nous éloigner de notre humanité.
Evagre le pontique la définit comme « notre difficulté d’accepter l’autre en tant qu’autre, s’il ne correspond pas à l’image qu’on se fait de lui notre esprit s’irrite et le ressentiment nous ronge ». Il écrit même qu’ « aucun vice ne fait devenir l’intellect démon autant que la colère ». La colère est une forme d’immaturité, c’est un enfant qui veut tout toute de suite par exemple. Evagre remarque d’ailleurs que lorsque l’être est en colère il est à bout de souffle, il perd son souffle, son spiritus capable de donner du volume à notre être.

La lupé : Elle vient souvent du fait de penser la vie en termes de besoins, ici l’être confond les désirs et les besoins, ce qui amène une frustration. Ainsi une relation déçue à l’autre peut conduire à de la tristesse.
La lupé est l’épreuve du vide que l’on fait et que l’on n’est pas prêt à faire, et le premier manque propre à l’Homme et qu’aucun ne peut jamais combler est la mort, cette peur irréfragable de l’inconnu et du vide.
Il est sain d’être insatisfait, mais il faut comprendre pourquoi. Plus on va remplir notre vie et notre être pour combler ce vide, plus on va être confronté au vide et plus il faudra remplir.

L’acĂ©dia : C’est la forme ultime de la lupĂ©, c’est une pulsion de mort, un « a-quoi-bonisme » qui peut donner naissance Ă  des tendances suicidaires.
L’acédia se rapproche fortement de la mélancolie, mais aujourd’hui on utilise plutôt le terme de dépression.

L’upérèphania : C’est le summum de la kénodoxia, de l’égologie. Ici on est dans une satisfaction égologique proche de l’autisme. C’est prendre ses rêves pour la réalité et ne plus se référer au jugement des autres, de la société et du monde. Etre dans l’upérèphania c’est perdre la conscience que l’altérité est validante, et que personne n’y échappe. C’est se déployer et vivre dans son propre monde, avec sa seule personne pour instance validante.
Le lien avec l’altérité est ici complètement coupé.

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