Mercredi 1 décembre 2010{par Vincent}
Sandy Skoglund – L’art du tableau photographique surrĂ©aliste

Photographe amĂ©ricaine nĂ©e en 1946, Sandy Skoglund enseigne la photographie Ă l’universitĂ© Rutgers dans le New Jersey.
C’est en 1980 que l’artiste se fait connaitre par son Ĺ“uvre « Radioactive Cats« . L’axe du travail de l’artiste est restĂ© Ă peu près le mĂŞme pendant toutes ces annĂ©es, comme nous allons le voir.
L‘invasion et l’Ă©touffement provoquĂ© par la rĂ©pĂ©tition d’Ă©lĂ©ments, une systĂ©matisation presque, interrogent en premier lieu la notion d’espace. L’espace de l’Ĺ“uvre, la notion de limite du format bien sĂ»r, mais aussi celle rĂ©servĂ©e Ă l’Homme. On peut y voir un lien avec « les oiseaux« , d’Hitchcock, qui, lui aussi, joue sur le sentiment d’Ă©touffement et de menace provoquĂ© par la multiplication voire l’omniprĂ©sence d’un Ă©lĂ©ment. On ne peut poser son regard nul part oĂą il n’y a pas un oiseaux, on s’attend presque Ă en trouver un dans sa chaussure ou sortant sa tĂŞte de la manche de notre pull.

L’espace est rĂ©interrogĂ© et la place de choix rĂ©servĂ©e habituellement Ă l’humain est contestĂ©e, voire envahie. Un lien avec le travail des surrĂ©alistes que sont Magritte et Dali s’impose. Un tableau du premier qui joue sur la multiplication n’est d’ailleurs pas sans rappeler le travail de la photographe : « Pluie d’hommes qui s’abat sur la ville« .

Pour les cinĂ©phile, une scène culte du film « le cercle rouge » de Jean-Pierre Melville avec Yves Montand pendant laquelle des animaux sortent d’un placard et envahissent la chambre oĂą se trouve Yves Montand.
En second lieu, l’Ĺ“uvre de Sandy Skoglund ne manque pas d’interroger le temps. La multiplication des poses et attitudes des animaux n’est pas sans rappeler le travail de Peter Jansen : human motions que nous avons dĂ©cryptĂ© sur xulux. La chronophotographie d’Étienne-Jules Marey et d’Eadweard Muybridge (entre autre) rĂ©interprĂ©tĂ©e en sculpture ? Pourquoi pas, mais il faut distinguer le dĂ©coupage continu de Peter Jansen qui cristallise un mouvement en poses sĂ©parĂ©es par des sĂ©quences de temps Ă©gales et celui de Sandy Skoglund dont les poses n’ont pas de continuitĂ© temporelle Ă©gale. Deux façons de reprĂ©senter la relation entre espace et temps. Michel Gondry illustre d’ailleurs magistralement cette explication dans le clip « Come into my world » rĂ©alisĂ© en 2002 pour Kylie Minogue.
Dans un troisième temps, ce qui est a noter est un mĂ©lange des genres : sculpture, maquette, peinture, couture, modèles… le tout figĂ© en une photographies au point de vu unique qui restera comme la trace d’une Ĺ“uvre plastique que l’on pourrait qualifier d’installation. Les critiques photographiques utilisent d’ailleurs souvent l’expression « tableaux photographiques » pour qualifier ses photos. On pense dès lors Ă Georges Rousse ou au Land art de Chrysto (par exemple), dont la photographie n’est que la mĂ©moire d’une installation et d’une mise en scène dont la rĂ©alisation se fait dans l’espace et la conception dans le plan. Pour Georges Rousse et Sandy Skoglund, cela est tellement vrai qu’il y a un point de vue unique pour l’Ĺ“uvre, non seulement pensĂ© et choisi en amont, mais aussi et surtout inĂ©changeable. Sandy Skoglund rĂ©alise elle mĂŞme tous les Ă©lĂ©ments de sa photographie dans son studio de 150m² : objets, animaux, vĂŞtements… tout est confectionnĂ© Ă la main par ses soins, on imagine dès lors l’ampleur du travail, mais aussi le degrĂ© de prĂ©paration et de rĂ©flexion en amont, nĂ©cessaire Ă la rĂ©alisation de l’image finale.

Les thĂ©matiques abordĂ©es sont variĂ©es : la guerre, le lien entre humain & nature, la sociĂ©tĂ© de consommation, le clonage, l’artificiel...
Un univers loufoque et colorĂ©, parfois dĂ©rangeant, qui ne cesse de questionner la place de l’Homme (occidental) dans le monde, ses relations avec les co-habitants de la planète, ses habitudes et attitudes quotidiennes mais se lance Ă©galement dans l’exploration de son intĂ©rioritĂ© : inconscient, rĂŞves et paradoxes cher aux surrĂ©alistes ou au psych/iatre/ologue/analyste, c’est aussi un monde intĂ©rieur qui est dĂ©peint. « Psychologie de l’inconscient » de Carl Gustav Jung pourra, Ă cet Ă©gard, donner des clĂ©s de comprĂ©hension.
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