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Life is worth much more than gold.   {Bob Marley - Jamming}


Lundi 13 avril 2009{par Vincent}

Pâques, Pessa’h, FĂŞte du Renouveau
& AĂŻd el-Kebir

Paques_toutes langues

Pâques. VoilĂ  une tradition vĂ©ritablement ancrĂ©e dans notre civilisation, dans notre histoire. Mais quel est le cheminement de cette tradition, que signifie-t-elle aujourd’hui ? Essayons de comprendre, modestement, comment et pourquoi cette date est fĂŞtĂ©e non seulement par les chrĂ©tiens, par les juifs, par les musulmans d’une manière assez similaire, mais Ă©galement par les familles non versĂ©es dans la religion.

Pâques est prĂ©cĂ©dĂ© du vendredi saint, jour qui commĂ©more la passion du christ, c’est Ă  dire les supplices et l’exĂ©cution de ce dernier. Dans la tradition chrĂ©tienne, pâques est la commĂ©moration de la rĂ©surrection du christ, 3 jours après sa crucifixion. C’est Ă©galement la fin du jeun des 40 jours du carĂŞmes, pĂ©riode de prĂ©paration rituelle de cette fĂŞte. Le mot carĂŞme vient d’ailleurs du latin « quadragesima » qui signifie quarantième. PrĂ©cision importante tout de mĂŞme, les dimanches ne faisant pas partie du carĂŞme, la pĂ©riode s’Ă©tale sur 46 jours. C’est pendant la pâque juive, Pessa’h ou « passage », qui commĂ©more l’exode de terre d’Égypte par les esclaves, emmenĂ© par MoĂŻse vers la terre promise ainsi que la traversĂ©e de la mer rouge, qu’eut lieu selon les Ă©vangiles la rĂ©surrection de JĂ©sus. Pour les chrĂ©tiens, cette fĂŞte revĂŞt la symbolique de la vie après la mort.

Les dates de pâques varient selon le calendrier GrĂ©gorien qui suit le mouvement des saisons, lui mĂŞme basĂ© sur un calendrier lunaire. Elles s’Ă©talent du 22 mars au 25 avril.

Pâques Ă©taient Ă©galement cĂ©lĂ©brĂ© en rĂ©gime paĂŻen comme la cĂ©lĂ©bration de l’arrivĂ©e du printemps et donc du renouveau. On peut d’ailleurs faire le lien entre le renouveau paĂŻen, la renaissance du christ ainsi que la libĂ©ration du peuple d’Égypte, tous trois symboliquement le recommencement d’un nouveau cycle.

Bien évidemment, on peut poser la question suivante :

Qu’est ce que le chocolat, l’agneau, les cloches, les Ĺ“ufs ou le lapin ont a voir avec la genèse de cette tradition ?

Après ces quelques précisions, intéressons nous donc à quelques traditions de pâques, à savoir :

Les œufs.

La tradition de s’offrir des Ĺ“ufs pour pâques remonterait Ă  l’antiquitĂ©, puisque les Ă©gyptiens dĂ©jĂ  et les romains ensuite, s’offraient des Ĺ“ufs au printemps, symbole de vie et de renaissance.

Au IVème siècle, l’Église interdit de consommer des Ĺ“ufs pendant le carĂŞme. Seulement, les poules, elles, continuent de pondre… Les Ĺ“ufs n’ayant pas Ă©tĂ© consommĂ© sont alors offerts dĂ©corĂ©s Ă  la fin du carĂŞme, c’est Ă  dire pour pâques. Aujourd’hui le jeun n’est plus aussi respectĂ© globalement mais la tradition d’offrir des Ĺ“ufs est restĂ©e. On comprend le lien Ă©vident avec la poule, qui souvent s’invite Ă©galement Ă  nos tables lors de cette fĂŞte.

L’agneau

ensuite, possède une très riche symbolique, dans toutes les grandes religions monothĂ©istes. Dans la bible, il est sacrifiĂ© en lieu et place du fils d’Abraham. En rĂ©gime chrĂ©tien, l’agneau est l’une des reprĂ©sentation symbolique du christ lui mĂŞme, l’agneau Pascal reprĂ©sentant parfaitement les notions d’innocence et d’obĂ©issance. L’histoire raconte que Dieu demanda Ă  Abraham de sacrifier son fils, que celui-ci s’exĂ©cuta et que Dieu le remplaça au dernier moment par un agneau. L’agneau est depuis invitĂ© Ă  la table de pâques, puisqu’il reprĂ©sente l’obĂ©issance et la soumission de l’homme Ă  la volontĂ© divine.

Dans la religion juive, chaque famille avait sacrifiĂ© un agneau prĂ©cĂ©demment Ă  la traversĂ©e de la Mer rouge. Mais l’histoire complète mĂ©rite d’ĂŞtre contĂ©e : La dernière des dix plaies d’Égypte (châtiment infligĂ© par Dieu au peuple d’Égypte dans la tradition judĂ©o-chrĂ©tienne) dont parle la bible, prĂ©disait que tous les premier nĂ©s seraient exĂ©cutĂ©s par l’ange exterminateur dans la nuit du 15 Nissan (premier jour de Pessa’h). Dieu ordonna alors Ă  MoĂŻse de faire immoler un agneau mâle par famille dont le sang Ă©viterait la mort. Avec une branche d’hysope, les hĂ©breux marquèrent du sang recueilli sur les agneaux les linteaux de leur porte de maison. L’ange exterminateur Ă©pargna les nouveaux nĂ©s hĂ©breux. Faisons ici un lien avec le film de M. Night Shyamalan : « Le village ». En effet, les crĂ©atures dont on ne parle pas inscrivent de longues trainĂ©es rouges sur la porte des habitants. Le mythe ressurgit donc ici avec une Ă©tonnante similitude.

On retrouve Ă©galement chez les musulmans, une cĂ©lĂ©bration similaire en l’Ă©vĂ©nement de l’AĂŻd el-Kebir (fĂŞte du sacrifice), cĂ©lĂ©bration que fait suite Ă  une longue pĂ©riode de jeun (le ramadan). La date se dĂ©place tous les ans, en fonction de la lune. Cette fĂŞte commĂ©more la soumission d’Ibrahim Ă  Dieu. Le patriarche acceptait de tuer son fils IsmaĂ«l sur l’ordre d’Allah, et celui-ci envoyait au dernier moment un mouton pour remplacer l’enfant. En souvenir de cette soumission totale d’Ibrahim Ă  Dieu, les familles musulmanes sacrifient un mouton ou un bĂ©lier a cette date. Étonnante similitude, une fois encore…

Les cloches

Essayons de comprendre maintenant ce que viennent faire les cloches dans cette histoire. L’origine des cloches de Pâques remonte VIIème siècle, date Ă  partir de laquelle l’Ă©glise interdit de sonner les cloches en signe de deuil entre le jeudi Saint et le dimanche de Pâques. On remplace d’ailleurs la clochette par une crĂ©celle dans les offices. Une lĂ©gende s’est construite autours de ce fait avĂ©rĂ© : Les cloches, pendant cette pĂ©riode, partaient Ă  Rome oĂą elles Ă©taient bĂ©nis par le pape pour revenir le matin de Pâques en carillonnant, afin de fĂŞter la joie de la rĂ©surrection du Christ. Elle se chargeait Ă©galement d’Ĺ“uf de pâques, qu’elles rĂ©pandaient dans tous les jardins Ă  leur retour.

La symbolique de la cloche dans nos civilisation est très riche, et il convient de donner quelques clĂ©s pour bien comprendre ce qu’une telle lĂ©gende implique. La cloche a des usages très variĂ©s :

• Appeler les moines aux offices
• Informer la population rapidement (construction de beffrois)
• Annoncer l’heure Ă  tous (heure du « salve », c’est Ă  dire de la fin de journĂ©e, du couvre-feu, etc… donc grande praticitĂ© Ă  une Ă©poque ou les montres n’Ă©taient pas très très rĂ©pandues…)
• Rassembler la population lors de sinistres, d’invasions ou tout sorte de pĂ©ril (tocsin).
• Avertir la population du passage de troupes, de fĂŞtes, des assemblĂ©es de Magistrat…
• Guider les voyageurs Ă©garĂ©s dans la neige ou le brouillard, lors de soirĂ©es de tourmente l’hiver.
• Accompagner un Ă©vĂ©nement exceptionnel comme la venue d’une haute personnalitĂ©. Il n’y a pas si longtemps, le 2 octobre 1990 Ă  minuit, lors de la rĂ©unification de l’Allemagne, toutes les cloches de Berlin ont retenti Ă  l’unisson.
• Sonner le glas. « La cloche des morts », permettait d’annoncer Ă  tous les membres d’une communautĂ© la mort de l’un des leurs. Le nombre de coups frappĂ©s permettait de connaitre le sexe du dĂ©funt (3 fois 3 coups puis la grosse cloche pour les hommes, 2 fois 3 coups et la « grande » volĂ©e pour les femmes).

Le lièvre

quant Ă  lui, vient Ă  la base d’une tradition germanique et nordique. Il est l’animal emblĂ©matique de la dĂ©esse Astre, que les saxons honoraient au printemps ainsi que de la dĂ©esse « Ost Ara » (fertilitĂ© et printemps) en pays germanique. Ost Ara a d’ailleurs donnĂ© son nom Ă  Pâques en anglais « Easter ». Dans la tradition celtique et scandinave, le lièvre Ă©tait le symbole de la dĂ©esse mère. La lièvre a une grande fĂ©conditĂ© et symbolise abondance, prolifĂ©ration, vie, renouveau. La symbolique se retrouve en rĂ©gime chrĂ©tien : le Christ y est parfois reprĂ©sentĂ© par un lièvre aux grandes oreilles afin d’Ă©couter la parole divine.
?

Lorsque que l’on met en lien les symboliques de toutes les traditions, qu’apprend on d’important sur Pâques et sa signification ?

Pâques est incontestablement la cĂ©lĂ©bration d’un renouveau, et ce pour toutes les traditions que nous avons dĂ©taillĂ©es ici. Passage, renaissance, arrivĂ©e de la fertilitĂ© (printemps), abondance… les traditions ne sont pas si Ă©loignĂ©es que ça les unes des autres, et ce pour une raison majeure. Toutes les grandes religions monothĂ©istes sont des syncrĂ©tismes , c’est Ă  dire qu’elles empruntent Ă  plusieurs traditions prĂ©alables qui faisaient signe vers le dĂ©sir de sacrĂ© chez l’homme, et ce depuis la nuit des temps.

En cette date symbolique dans bien des traditions et dans le contexte de crise actuelle, il me reste donc Ă  vous souhaiter une pĂ©riode de renouveau qui j’espère fera ressurgir l’abondance, la communautĂ© entre humains, le partage, la vie…

FrĂ©dĂ©ric Lenoir : Petit traitĂ© d’histoire des religions.

4 réponses


  1. Mon avis lĂ  dessus c’est que, clairement, les religions majeures de notre Ă©poque ne sont que de simples syncrĂ©tismes de traditions, coutumes ou mythes passĂ©s.
    C’est d’ailleurs dommage d’en arriver Ă  manifester de la violence par le non-respect des croyances, et donc des autres. On voit bien que chaque religion puise dans un univers (Ă©toiles, espace ?) commun, que pas grand chose n’est inventĂ© au final, et qu’il n’y a que trop peu d’Ă©volution entre toutes ces religions qui se disent "uniques" chacune Ă  leurs manières.

    De lĂ  Ă  enfermer, rejeter, ou bien tuer pour cela… je trouve cela bien dommage.

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  3. Petite prĂ©cision ^^. Ibrahim et Abraham se ressemble, et c’est normal puisque ce sont les MEME PERSONNES : simplement, la consonnance du nom a changĂ© en fonction de la culture (un peu comme Clovis, qui donna son nom Ă  toute une gĂ©nĂ©ration de roi de France : Louis, par dĂ©formation des lettres ^^). Il s’agit bien du personnage citĂ© par la Bible comme Ă©tant le premier croyant, qui aurait Ă©difiĂ© la première "maison de Dieu" (aujourd’hui communĂ©ment appelĂ© la kahaba par les musulmans).Et pourquoi ces similitudes entres les religions : tout simplement par ce que l’Islam reconnait la Bible comme Ă©tant un livre saint, (beaucoup de passage du coran en font rĂ©fĂ©rence, et un verset entier est consacrĂ© Ă  Maryam, c’est a dire Marie) et comme la Torah est issu en partie de l’ancien testament… Après, les conflits qui les opposent sont dictĂ©s par des sens banalement humains : l’appat du gain, la volontĂ© de puissance et de contrĂ´le que l’homme dĂ©sir sur l’homme, et qu’il dĂ©sirera toujours. Au travers des moyens utilisĂ©s pour bouger les foules, qui sont, eux, bien visibles,  on n’aperçoit pas forcĂ©ment les buts…

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  5. Merci pour toutes ces prĂ©cisions très intĂ©ressantes. Effectivement les conflits qui opposent les religions sont issus des vices de l’Homme et de son interprĂ©tation des textes originels trop catĂ©gorique… quel dommage. Et pourtant la recherche de sacrĂ©, commune a tous les humains, pourrait ĂŞtre un lien magnifique et d’une grande fĂ©conditĂ© … cela dit, elle l’est quand mĂŞme parfois, fort heureusement ! 

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  7. En ce qui concerne les guerres de religions, il me semble que leur motif principal soit plutĂ´t la dĂ©tention de la VĂ©ritĂ©. Dans le sens oĂą celui qui s’approprie la VĂ©ritĂ© dĂ©tient le pouvoir puisqu’elle lui assure Ă  la fois le contrĂ´le sur le savoir, et Ă©galement sur la pensĂ©e des individus au travers du dogme idĂ©ologique (et "phrasĂ©ologique"). Je doute que les prĂ©tendus "vices" de l’Homme ne puissent ĂŞtre mis en cause du fait mĂŞme qu’ils sont inhĂ©rents Ă  un lieu et Ă  un temps donnĂ© (civilisation, pĂ©riode historique, etc.). Dans le cas contraire cela impliquerait l’existence d’une nature humaine caractĂ©risĂ©e par les penchants nĂ©gatifs (tels que nous les concevons moralement aujourd’hui) du comportement humain. Or, et je terminerai la dessus, loin de penser que la morale de l’Homme serait uniquement dĂ©pendante de son environnement (social, religieux, politique, etc.), j’opte plutĂ´t pour ce que G. Orwell appelle une "common decency" (Jean-Claude MichĂ©a, Orwell Anarchiste tory). C’est Ă  dire une dĂ©cence commune Ă  tous les Hommes et qui formerait une base morale inĂ©e vitale Ă  la vie sociale. Cette dĂ©cence serait plus ou moins exprimĂ©e en fonction des rĂ©gimes politiques et constiturait un Ă©lan de solidaritĂ© et de coopĂ©ration nĂ©cessaire Ă  la survie des exploitĂ©es face Ă  leurs exploiteurs.

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