philosophie, design, philo, arts, art, arts graphiques, photo, photographie, littérature, réflexion, décryptage, pédagogie, vulgarisation, explication, événementiel, analyse, politique, écologie, magazine, pub, publicité, culture, expositions, graphisme, cinéma, spirituel, spiritualité, fait religieux, tribu, tribus, musique, musical, utopie, notion, humanisme, humaniste, engagement, engagé, rencontre, altérité, ifer, artdifer, e-art, e-artsup, concept, spectacle, paris, pop culture, popculture, pop-culture, pop, tendance, postmoderne, postmodernité, ultra moderne, ultramodernité, blog
Je méprise ceux qui marchent au pas.   {Albert Einstein}

Mardi 22 juin 2010{par Autres contributeurs}

La déterritorialisation et la culture pop | par Arthur

La Déterritorialisation est un concept phare de la philosophie deleuzienne qui illustre à merveille le processus créatif pop. Deleuze et Guattari utilisaient la métaphore zoologique pour en souligner la logique :

“Chez les animaux nous savons l’importance de ces activitĂ©s qui consistent Ă  former des territoires, Ă  les abandonner ou Ă  en sortir, et mĂŞme Ă  refaire territoire sur quelque chose d’une autre nature (l’éthologue dit que le partenaire ou l’ami d’un animal « vaut un chez soi », ou que la famille est un « territoire mobile »).” Gilles Deleuze, FĂ©lix Guattari : « Qu’est ce que la philosophie ? »

Mais avant d’en approfondir le fonctionnement, étudions d’abord sa genèse.

Le surréalisme constitue un bon point de départ avec ses agencements improbables, ses scènes oniriques, et ses jeux symboliques. A partir de ce moment l’art ne chercha plus à représenter exactement la nature, ou même la mythologie, mais à peindre de nouveaux mondes, les mondes intérieurs. Dali, acteur fétiche de ce mouvement, peignit selon le processus de déterritorialisation qu’il justifia de la façon suivante :

«Quand, dans l’histoire de la culture humaine, un peuple Ă©prouve la nĂ©cessitĂ© de dĂ©truire les liens intellectuels qui l’unissaient aux systèmes logiques du passĂ© afin de crĂ©er pour son propre usage une mythologie originale, mythologie qui, correspondant parfaitement Ă  l’essence et Ă  la pression totale de sa rĂ©alitĂ© biologique, est reconnue par les esprits d’Ă©lite des autres peuples, alors l’opinion publique de la sociĂ©tĂ© pragmatique exige par Ă©gard pour elle que soient exposĂ©s les motifs de la rupture avec les formules traditionnelles Ă©culĂ©es ». Salvador Dali, « DĂ©claration de l’imagination et des droits de l’homme Ă  sa propre folie »

Dali, Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil, 1931

Dali, déjà, définissait en partie ce concept en évoquant la rupture avec la logique du passé. La cohérence d’un contexte étaient des notions essentielles dans l’art, son non respect valut par exemple à certains de recevoir des condamnations strictes de l’église, comme Véronèse, peintre du 16ème siècle, qui osa introduire des éléments profanes dans une Cène. Mais le 20ème siècle fit table rase de cette obligation et s’amusa à piocher les symboles de son art à la fois dans la culture populaire et classique, comme le fait l’inconscient avec le rêve, alors que la psychanalyse prenait son essor et dévoilait l’existence de l’inconscient. Ce dernier devint le modèle de cette culture, véritable usine à produire de nouveaux mondes et de nouvelles narrations modulables à l’infini. Le capitalisme, en se développant, rompit la cohérence que l’homme introduisit dans la nature avec les “grands récits” religieux et politiques. De cette façon, il devint soudain aisé de désarticuler ce qui à l’époque s’encastrait dans un grand tout inattaquable car fortifié. Mais la déconstruction agit comme un virus sur ces citadelles qui se démembrèrent progressivement et perdirent de leur nature sacrée. Les signes se libéraient enfin de leur enclos.

Car déterritorialiser un symbole c’est l’arracher de son milieu d’origine pour le reterritorialiser dans un environnement différent, et le faire ainsi cohabiter avec d’autres qui, réellement, ne possèdent pas de liens spatiaux ni temporels entre eux. Exposer un urinoir dans un musée c’est l’arracher de son contexte (les toilettes) pour le replacer dans un autre afin de créer une œuvre originale et un symbole nouveau.

La déterritorialisation trouve ainsi son expression musicale dans le sampling, procédé consistant à extraire un son de sa partition d’origine pour l’incorporer dans une nouvelle. Par exemple le titre de Dr Dre sample l’intro de “The edge” (1967) de David Axelrod qui figure sur l’album de David McCallum.



Le collage en illustre également à merveille le procédé, favorisée d’autant plus avec des outils comme Photoshop qui permettent de sélectionner facilement n’importe quel élément d’une photo pour le replacer sur un autre calque (un nouveau territoire). Erró et Warhol incarnent à merveille l’artiste pop.

ErrĂł, Rock and Role, 1996


Selon cette logique le peintre se transformera lentement en graphiste, comme le dj tendra à remplacer le musicien, sous l’influence d’une technique favorisant toujours plus la déterritorialisation. L’artiste évoluera donc en sémiologue à la recherche de la bonne association, du bon agencement. De là à le considérer comme un pirate du symbolique, il n’y a qu’un pas à faire…

commentaire : aucunCommentaire

Partagez cet article

  • Twitter
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Delicious
  • MySpace

Réagir au sujet