Pensée & société

La lucidité pour tous !

Écrit par Emeric

la france est désormais aux mains d’un clan, celui de l’argent

Cette phrase assassine est issue du livre à paraître de François Bayrou, « Abus de pouvoir ». Notre ancien « troisième homme » que les deux candidats s’arrachaient lors de l’élection présidentielle de 2007 publie un livre, que dis-je, un pamphlet dans lequel il fustige, il dénonce, il flagelle de manière cinglante le « sarkozysme », sa politique, ses idées et ses valeurs, mais non l’homme.

« Pendant la campagne présidentielle, les discours de Nicolas Sarkozy étaient républicains, presque socialistes, il a convoqué Jaurès, Blum et presque Karl Marx pour exalter les attentes de justice mais, en réalité, la politique qu’il a suivie ensuite est une politique, qui au lieu d’aller vers l’égalité, est allée vers l’inégalité ».
C’est un des nombreux passages qui s’en prend directement au chef de l’État. La critique de Mr Bayrou apparaît fondée, réfléchie, et aboutie. J’ai regardé son intervention au journal de 20h de France 2 Mercredi 29 Avril et bien qu’il n’ait pas répondu à beaucoup de questions, il a néanmoins défendu ses idées, et mis en place certaines choses. Parmi elles, il dénonce la main mise sur les médias, les connivences avec les grands patrons, la pipolisation du président, son hyperactivité, mais tout cela, on le savait déjà. Ce que l’on sait moins c’est le sentiment de malaise, que « quelque chose » ne va pas, sans trop savoir quoi, mais que tous les Français ressentent. Et bien François Bayrou nous donne les mots. Pour lui,

Les valeurs de Sarkozy sont incompatible avec la fonction de Président.

L’ex-candidat à la présidence nous parle ensuite du modèle que tente de mettre en place Nicolas Sarkozy, et il n’est pas bien élogieux. Agrégé de Lettre classiques, je pense que Mr Bayrou connait bien la période des fondements de la République, et des penseurs révolutionnaires qui ont fait les grands moments de 1789, et je ne peut qu’aller dans son sens lorsqu’il nous dit que le système mis en place court-circuite toute l’action, l’émotion et la volonté des penseurs des Droits de l’Homme et de la République.

la logique de Sarkozy remet en cause les principes qui sont ceux de notre histoire

Nous avons Trois valeurs fondamentales ; la liberté, l’égalité, et la fraternité.
Nous connaissons tous le terme de liberté, mais peut-on dire aujourd’hui que nous le sommes ? Le serons nous encore demain avec des lois qui nous enferment et nous contrôlent petit à petit (hadopi, interdiction des « bandes » (et leurs extensions)?

L’égalité n’est-elle plus maintenant qu’un simple mot, qu’un principe, au regard de ce qui a été pensé par Rousseau & Montesquieu ? Il y a quand même une dimension sociale dans l’égalité puisqu’elle résulte, selon Robespierre, de l’amour de la Patrie et de la République qui ne tolère pas l’extrême disproportion des richesses. Égalité d’accès à l’éducation, d’accès aux soins, égalité en droit, d’accès au logement ? la seule égalité qui vaille aujourd’hui est celle face à la mort. Quelque soit le nombre de billets que l’on a accumulé.
La fraternité… c’est bien elle la pire… est-ce que le système de répartition, ça vous parle ? la charité ? l’entraide (en temps de crise surtout) ? Et pour reprendre la phrase de Paul Thibaud, « Autant la liberté et l’égalité peuvent être perçues comme des droits, autant la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d’autrui. C’est donc un mot d’ordre moral. »
Le seul mot que l’on entende ces derniers temps, c’est « travail ».
Travail, donc production de richesse. Mais richesse pour qui ?
Pour nous ? Sûrement pas !
Les Français sont parmi les meilleurs élèves Européen en terme de productivité du travail, et on voudrait nous faire « travailler plus pour gagner plus » ? Autant se tuer à la tâche !
Comment peut-on appeler une société « égalitaire » lorsque certains travaillent toute leur vie dans la même entreprise pour un même salaire, se font virer du jour au lendemain, crèvent de faim, et dorment dans la rue, pendant que d’autres restent dans une entreprise pendant 2 mois et partent avec des millions, ou que Monsieur et sa belle vont se pavaner en Espagne, et que l’on n’entende parler que de la robe de Madame, de sa beauté, de son élégance, d’un dîner glamour, et d’un décorum « digne d’un autre siècle » (dixit france 2).

Dans le discours de Saint-Quentin, il y a quelques jours à peine, Nicolas Sarkozy a prononcé une phrase qui est pour moi extraordinairement choquante. Une société égalitaire c’est le contraire d’une société de liberté et de responsabilité, avance-t-il. Et bien cette phrase qui attaque directement le coeur du projet français à savoir la longue marche vers l’égalité au sein de la société française, est une attaque contre ce que nous avons de plus précieux.

Merci donc Monsieur Bayrou pour cette lucidité que plus de personnes devraient avoir.

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Emeric

Commentaires

  • M. Bayrou est donc la preuve que la lucidité peut, malgré la phonétique, rimer avec hypocrisie. Faut-il rappeler que le mouvement qu’il représente vote pour la quasi-totalité des lois de l’union européenne qui représente environ 75% des lois françaises ? Faut-il rappeler que les vingt dernières années, l’ex-UDF à largement participé aux divers gouvernements ? Au-delà des déclarations de principes et de la démagogie inhérente aux partis de gouvernements lorsqu’ils sont dans l’opposition, je pense qu’il est nécessaire d’évaluer et de juger une position politique par sa praxis, c’est à dire par le degré de cohérence entre la pensée et l’action de ses adhérents.

  • C’est difficile de comparer le vote des lois Européennes et le vote les lois françaises. Par exemple l’amendement au paquet télécom visant à faire de l’accès à internet un droit fondamental est accepté par une très large majorité, et pourtant nous faisons l’inverse actuellement en france.
    Je pense qu’effectivement il y a une part importante de "volonté d’exister" de la part des personnes en opposition dans chaque gouvernement. D’autant plus que le MoDem est assez minoritaire. Bayrou peut être tenté d’être juste dans la polémique pour tenter d’exister.
    Donc la praxis… ya que ça de vrai !

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