Pensée & société

iPad ou le culte du gadget

Écrit par Emeric

A moins que vous ne viviez dans une cave au fin fond du Groenland entouré par des ours qui vous empêchent de sortir, vous avez sûrement entendu parler de l’iPad. Cet outil est censé « révolutionner le monde » (rien que ça…). Voyons si l’on peut se rapprocher un tant soit peu du discours commercial d’Apple.

Avant même son lancement aux États-Unis, un grand journal américain titrait : « la tablette la plus attendue depuis 2 000 ans ! », mettant Steve Jobs en qualité de Messie. Bien que légèrement exagérée, cette formule se révèle pourtant  assez juste. Il n’y a qu’à voir les chiffres : 300 000 iPad vendus dès le premier jour, 1 Million en une seule semaine, et une sortie mondiale décalée pour permettre à Apple de mieux se préparer à sa sortie internationale (vraiment ?). Mais l’iPad finalement, qu’est-ce que c’est ?

 

Et bien l’iPad est le dernier gadget (qui sort en France ce vendredi 28 Mai) que la firme de Cupertino veut nous faire acheter. Après les iPod puis la révolution de l’iPhone, voici le prochain produit « à la mode » : l’iPad. Cette tablette tactile bénéficie du même système d’exploitation fermé que l’iPhone ou l’iPod touch, permettant de jouer, travailler, lire ses mails, surfer sur internet… L’avantage du système mis en place par Apple c’est que « pour chaque chose il y a une application ». Certaines sont gratuites et d’autres sont payantes, mais acheter plein de petites applications à 0,99€ revient tout de même vite cher, de même que remplir les 8/16/32 ou 64Go de mémoire avec de la musique, ou récemment des films.
Combiné de toutes les technologies d’Apple, cet appareil répond en creux à un objectif : sauver la presse écrite.
En effet, cet appareil a été développé en secret (comme d’habitude chez apple) et présenté en avant première aux grands quotidiens américains. Ceux-ci se sont empressés de trouver un modèle économique et de refondre leurs portails web respectifs pour se préparer à l’arrivée de l’iPad. On devrait également voir une quantité d’abonnements « payants » aux quotidiens français, permettant d’exploiter tout le potentiel de l’iPad. Car on le sait tous, la presse écrite est en crise, et c’est (en partie) à cause du grand méchant internet. L’iPad est donc vu comme le messie de la presse en ligne, permettant de consulter des articles enrichis n’importe où (et pas que depuis son canapé).

Convoquons ici Jean Baudrillard, sociologue et philosophe décédé récemment, et son ouvrage majeur, La société de consommation (qui date de 1970, je le rappelle).
Il cherche au début à définir ce qu’est le gadget, quels sont ses caractéristiques, comment le reconnaître… est-il partout ? ou bien n’est-il nulle part ?
La phrase qui m’a fait écrire cet article est celle-ci :

… l’objet technique lui-même redevient gadget, lorsque la technique est rendue à une pratique mentale de type magique ou à une pratique sociale du monde.

C’est exactement le positionnement d’Apple pour cette tablette. Dans la vidéo de présentation de cette tablette, on y entend « you know it’s true, when something exceeds your ability to understand how it works , it sort of becomes magical. And that’s exactly what the iPad is. », traduit dans la vidéo par « quand un phénomène dépasse à ce point notre entendement, il en devient magique ». Au diable donc les caractéristique technique, ou (presque) l’esthétique épurée de l’iPad, ce qu’on nous vends ici c’est une manière de faire des choses, d’utiliser des produits. Bref, une manière de vivre. Comme d’habitude chez Apple.

La machine fut l’emblème de la société industrielle. Le gadget est l’emblème de la société post-industrielle.

Et le pire c’est qua ça fonctionne ! Tout le monde va vouloir son iPad. Pour faire quoi ? la même chose qu’avec son iPhone ou son iPod touch (et accessoirement pratiquement n’importe quel smartphone), simplement à une résolution supérieure. En bref, Apple nous propose une fois de plus une machine sois-disant « révolutionnaire », mais qui en fait réutilise les mêmes recettes pour nous vendre le même produit. Le monde attendait l’ordinateur à écran tactile d’Apple, il n’y a eut que le grand iPhone. Outre le prix assez exorbitant pour un gadget de ce type, la pleine utilisation de l’iPad nécessite la souscription d’un forfait (que les opérateurs français n’ont visiblement pas envie de mettre en avant, tant l’iPhone et consœurs saturent déjà leurs réseaux 3G) payant, le téléchargement d’applications payantes, et les mises à jour système seront payantes elles aussi.

Et Jean Baudrillard de conclure « Le gadget se définit en fait par la pratique qu’on en a, qui n’est ni de type utilitaire, ni de type symbolique, mais L U D I Q U E « .
Bref, l’iPad n’est peut-être pas là pour révolutionner le monde une fois de plus, mais peut-être tout simplement pour permettre à Apple de continuer sa progression financière et sa mainmise sur les jeunes trendy/fashion, développant ainsi son mode de pensée à travers le monde.

Et vous, vous pensez en acheter un ? Participerez vous à la révolution du monde selon apple ?

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Emeric

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