Pensée & société

Interdire les minarets en France ?

Écrit par Emeric

Après le vote Suisse qui a secoué la France, le débat se propage aux plus hautes sphères dans notre pays. Quel mauvais timing pour cette polémique qui apparaît au plus mauvais moment, en plein « débat sur l’identité nationale » (ou en pleine crise de débat ?).

La France est depuis très longtemps, et pour diverses raisons une terre d’accueil de peuples aux origines diverses, et au religions diverses. Ne nous voilons pas la face : une « couleur » nous fait peur, celle qui n’est pas la notre. Et c’est valable pour tous les pays, France, Angleterre, Etats-unis, Irak, Iran, Chine, Indonésie, Afrique du sud.
Nous sommes ici dans une peur inféconde de « l’autre », de ce qui n’est pas comme nous.
Cela va au-delà de la couleur de peau évidemment, l’homme éprouve généralement tout au moins de la réticence à partager avec ce qui ne lui ressemble pas. A l’heure de la mondialisation on devrait tous se ressembler, donc. Sauf que ce n’est pas si simple de vouloir faire se mélanger les peuples pour réer une cohésion mondiale.

Foutaises ! Balivernes !

Après le voile, voilà un autre bourrage de crâne ; on essaye de nous faire croire qu’être Français c’est être blanc, bien élevé, et chrétien. Je ne pense pas que les pères de la République (si souvent citée lors de ces débats) avaient derrière la tête de fonder une nation intolérante et fondée sur la peur de l’autre. C’est même plutôt l’inverse, nous avons fondé la France comme une terre d’accueil, de compréhension et d’ouverture. Ce genre d’idée nous permet par exemple de dire au monde entier « non, nous ne participerons pas à la guerre en Irak ». Sous entendu « nous acceptons les différences des autres et n’intervenons pas dans leurs affaires, nous laissons les peuples souverains ».

« Liberté, Égalité, Fraternité » est écrit comme devise de notre pays. Nous n’allons certainement pas remettre cela en cause maintenant, mais chercher à l’appliquer, à le concrétiser chaque jour serait à mon sens un bien meilleur objectif. Ce qui est bien avec cette devise c’est qu’elle s’applique à tous les domaines de la vie courante, et encore plus à la religion. N’oublions pas que la religion est une des préoccupation majeure, et le questionnement sur notre existence est en nette progression dans les pays Européens. Il existe parallèlement une forte volonté d’appartenance à un groupe, n’en déplaise à ceux qui nous rabâchent sans cesses qu’ils luttent contre le communautarisme : « Commence par lutter contre l’hérédité de ton pouvoir » pourrait-on répondre.

Liberté de choisir et de pratiquer sa religion, Égalité dans les moyens d’accès à cette religion, Fraternité des peuples par la religion.
C’est certes une interprétation possible, parmi d’autres, mais je ne pense pas qu’elle s’applique à la négation de son prochain.
Pour ouvrir le débat, je citerais les propos de Franck Fregosi, directeur de recherche au CNRS :
« Le minaret participe à la vision que l’on a de la mosquée, il permet d’identifier un lieu de culte. La présence d’une minaret favorise, à mon sens, une pratique apaisée du culte musulman et rassure les fidèles: ils font partie du paysage urbain. Souvent installé en périphérie des villes, l’Islam semble, à tort, relégué à une « religion de marge ». »

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Emeric

Commentaires

  • Aujourd’hui le racisme et le sentiment d’insécurité constituent le fond de commerce de la politique française et du reste du monde. Inquiétant non ? Un article que j’ai trouvé intéressant sur rue89.

    http://www.rue89.com/2009/12/03/identite-nationale-sarkozy-piege-par-le-gros-rouge-qui-tache-128595

    Pour citer un passage de Badiou « De quoi Sarkozy est-il le nom ? »

    « Aujourd’hui, il n’y a pas de monde des humains, au sens précis où, derrière la propagande sur la mondialisation, la thèse qui gouverne des politiques de plus en plus violentes et fermées est qu’il y a deux mondes, au moins. […]» « Il est aujourd’hui entre le Nord capitaliste riche et le Sud dévasté et pauvre […]» « La conviction la plus répandue, et que les politiques gouvernementales ne cessent de vouloir renforcer, est que ces gens viennent d’un autre monde. Voilà le problème. Ils sont la preuve vivante que notre monde démocratique et développé n’est pas, pour les tenants de l’ordre capitaliste dominant, le monde unique des femmes et des hommes. Il existe chez nous des femmes et des hommes qui, quoiqu’ils vivent et travaillent ici comme tout un chacun, n’en sont pas moins considérés comme venus d’un autre monde. La monnaie est partout la même, le dollar ou l’euro sont partout les mêmes ; les dollars ou les euros que possède cet étranger venu d’un autre monde, tout le monde les accepte volontiers. Mais lui, ou elle, dans sa personne, sa provenance, sa façon d’exister, on s’efforce de nous faire dire qu’il, ou elle, n’est pas de notre monde. Les autorités de l’État et leurs suivants aveugles le contrôleront, lui interdiront le séjour, critiqueront sans merci ses coutumes, sa façon de s’habiller, ses pratiques familiales ou religieuses. Bien des gens, animés par la peur, et organisés dans cette peur par l’État, se demanderont avec anxiété combien il y en a chez nous, combien de ces gens qui viennent d’un autre monde ? Des dizaines de milliers ? Des millions ? Question horrible, quand on y pense. Question qui prépare forcément la persécution, l’interdiction, l’expulsion en masse. Question qui, dans d’autres circonstances, a préparé des exterminations. […]»

    Je m’arrête là, lol, sinon je pourrais citer tout le livre. Une dernière petite chose. Arrêtez de demander aux personnes que vous jugez différentes de vous, par leurs couleurs de peau, leurs tenues vestimentaires : « hé toi, tu viens d’où ?» Moi j’ai au moins cette question 1 fois par jour… JE SUIS FRANCAISE ! Je suis née ici, je vote, je travaille, je défends les valeurs de mon pays… Arrêtez avec ce débat sur l’identité nationale, qui ne fait qu’exclure encore plus… quand on voit certains commentaires. Il n’y a qu’un monde, celui des humains… liberté, égalité, fraternité.

  • C’est marrant, parce que j’ai justement fini ce livre hier… Très intéressant en tout cas.

    Sarkozy s’est payé une tribune dans le monde sur le sujet, pour « se réapproprier le débat ». Moi je pensais que le FN se réapproprierait ce débat… mais bon, c’est Sarko qui l’a fait!

    J’ai bien aimé ce passage : « Les peuples d’Europe sont accueillants, sont tolérants, c’est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés. et le sentiment de perdre son identité peut être une cause profonde de souffrance. La mondialisation contribue à aviver ce sentiment. »

    Autrement dit on voudrait transformer chaque migrant en lui faisant abandonner tout ce qu’il est. Bonjour l’accueil, bonjour la tolérance, bonjour l’ouverture, bonjour la compréhension, bonjour le dialogue entre les peuples.
    La mondialisation pour « l’homme aux rats » (A. Badiou) n’est que et avant tout libre circulation des biens, marchandises et capitaux. C’est bien plus simple d’accueillir de l’argent : il n’a pas de culture, il n’a pas de tradition, il n’a pas de valeurs, c’est juste un chiffre, un billet, du quantifiable.
    Par contre accueillir une personne dans son unicité, c’est bien plus difficile…

    Je rejoindrais les propos de Badiou : on passe de « liberté, égalité, fraternité » à un retour fracassant du « travail, famille patrie » du gouvernement de Vichy sous Pétain.
    Bien décevante cette tribune en tout cas.

    Au passage j’en profite pour souligner que les athées ne sont pas mentionnés par Sarkozy, ce qui est bien dommage. Je cite « Chrétien, juif ou musulman, homme de foi quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder (…) »

  • Sur ce sujet : j’aime bien la vision (schématique bien sûr) donné par le film « La crise » de Coline Serreau. C’est tout le problème entre ceux qui sont dans l’intellectualisation (la raison, on va dire) et l’émotion (et je ne parle pas d’émotionalisme). Bah oui, moi je suis pour la tolérance, accepter l’autre tel qu’il est avec sa religion, ses coutumes et ses habitudes, mais jusqu’où je suis prêt à changer pour l’accueillir.

    Je propose à tout le monde de faire un exercice à la maison, chez vous. Vivez à 2 et vous allez voir que c’est pas facile d’accepter l’autre tel qu’il est ou de faire des concessions sans oublier ce que l’on est. Alors vous prenez ça, vous multiplier ça par bcp bcp de gens qui en plus ne se sont même pas choisi… bah vous voyez que ce débat n’est pas politique et que ce n’est pas une question de racisme. Je veux bien vivre dans la raison le problème c’est que je vis aussi et surtout dans l’émotion.

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