Pensée & société

Entre faits divers et recherche de la peur : les légendes parisiennes

Écrit par Sonia

Les légendes font partie intégrante de l’histoire de la ville de Paris. Ruelle, impasse, quartier, catacombe,  monument… Un Paris mystique, mythique, mystérieux qui a traversé le temps nous offrant sous le mode littéraire ou oral son lot de légende et de mystère. xulux est parti à la rencontre du manoir de Paris, un concept inédit en France, un site d’animation qui veut faire revivre treize légendes parisiennes. Vous pensez connaitre Paris ? Les lignes suivantes vous démontreront, sans doute, le contraire !

Légendes ou mythes, quelles différences ?

Issu du latin legenda (ce qui doit être lu), legere (lire) la légende peut être définie comme un récit imaginaire, élaborée à partir de faits historiques réels et destinée à magnifier un personnage ou un événement passé. La légende mélange donc, le vrai et le faux en entretenant un rapport privilégié avec un ou plusieurs faits réels.

Le terme s’appliquait aux récits lus pendant les services religieux, des récits édifiants la vie des saints et des martyrs. Il se modifia au cours des siècles dans le langage courant et on en vint à appeler légendes tous les récits fabuleux d’un événement passé. La légende puise souvent ses inspirations aux sources traditionnelles, populaires et folkloriques, elle peut aussi être la création originale d’un conteur, poète ou publicitaire imprégnée des formes d’imagination et de diffusion de son temps.

Le mythe est un récit fondateur de l’histoire des hommes, enraciné hors de l’histoire, dans des origines indistinctes où les dieux, les êtres et le monde cherchaient à établir leurs places respectives.

Dans le langage courant, le mot mythe relève d’une relation équivoque avec la réalité. Il est comparable au rêve. Il dénonce une illusion, évoque l’image idéalisée, exaltée d’une personne, d’une situation ou d’un événement.

À la différence, le mythe est donc représenté dans l’atemporel. Même lorsqu’il raconte des événements précis, il se place toujours dans un temps mythique qui est toujours au-delà de celui des hommes, tandis que la légende se place toujours dans un temps qui est à l’échelle de celui des hommes. (Larousse.fr)

Les récits légendaires ont une double détermination. Événementielle et mythique. L’événement procure un point d’ancrage dans le réel, et le modèle mythique impose une structure.

© Photos : le manoir de Paris

Pourquoi aime-t-on avoir peur ?

Il s’agirait d’une forme de jeu. On se trouve devant un péril,  en sachant pertinemment qu’il ne s’agit que d’une apparence. (Maison hantée, film d’horreur). On prend un risque engageant sa personne tout en ayant l’assurance que notre vie n’est pas en jeu. On se raconte, on modifie des histoires pour se sentir plus vivant que jamais. Un reflet de nos peurs et inquiétudes, qui touchent à des éléments du quotidien derrière lesquels le danger viendrait se cacher. Les peurs sont culturelles, elles se basent sur des valeurs communes ou des stéréotypes partagés par l’ensemble de la communauté qu’elles réunissent. Beaucoup d’entre elles ont des issues morales et dépendent de la manière dont on nous a appris à voir le monde.

Les légendes parisiennes et le manoir de Paris

Hébergé rue du paradis, dans une demeure classée monument historique, le manoir de Paris veut ressusciter 13 légendes parisiennes dans un décor qui s’inspire du réel. Sur près de 1 000 m2, à travers 23 salles entre histoires souterraines et récits terrestres,  il entend faire revivre le Paris mystérieux, celui où l’histoire croise les légendes comme celui où les légendes croisent l’histoire. Le manoir de Paris transpose le concept des maisons hantées que l’on trouve aux États-Unis avec la volonté de l’adapter à la culture et à la sensibilité française entre musée et attraction.

Nous sommes partis à la rencontre du manoir de Paris mû d’une double curiosité. Découvrir ce nouveau concept parisien et plonger dans 13 légendes parisiennes. Dans le hall d’accueil, l’ambiance se fait rapidement sentir. Deux comédiens grimés en personnages effrayants évoluent autour du visiteur. Les cris se font entendre et la peur monte progressivement. Dès le début du parcours, le visiteur est plongé dans l’obscurité. Comédiens, monstres automates, bruits effrayants la nouvelle attraction joue avec les sentiments de ses visiteurs. Les effets sont réussis et efficaces, malgré le jeu des comédiens sur un registre un peu trop unique.

Musée ou attraction ? Le visiteur se voit remettre lors de l’achat de son billet, une brochure résumant les légendes. Un prix de billet jugé excessif, réservant l’attraction à une certaine catégorie de personne (Entrée : 20 euros,  Tarif réduit : 18 euros (jeunes de moins de 18 ans, étudiants, chômeurs…) Tarif enfant : 15 euros (jeunes entre 10 – 15 ans)). Un prix expliqué par les décors poussés et le nombre de comédiens présent dans chaque salle. Malheureusement, le passage est un peu trop rapide pour goûter aux légendes parisiennes et le manque de salle réservé à la découverte des légendes se fait sentir. Documents d’époques, textes de témoignages, photographies auraient permis de rajouter une dimension de musée à cette attraction.

Frisson garanti ! L’attraction est très bien réalisée et vous fera passer un bon moment. Une visite peu ordinaire, qui vous donnera peut-être l’envie d’effectuer des recherches et de découvrir un Paris mystique.

© Photos : le manoir de Paris

Zoom sur les treize légendes

I. Les catacombes de Paris. Philibert Aspairt

Le 3 novembre 1793, Philibert Aspairt s’aventure dans les carrières situées sous le couvent du Val de Grâce dans l’espoir, rapporte la légende, de trouver quelques bouteilles de la liqueur réputée des moines : la Chartreuse. Il ne revient jamais de son expédition. Les recherches cessent rapidement en cette période de Terreur. Onze ans plus tard, son corps est découvert par des ouvriers de l’inspection générale des carrières sous la rue de l’Abbé de l’Épée. Un trousseau de clés permet d’identifier le squelette de celui qui fut portier du Val de Grâce. Devenue lieu de pèlerinage des cataphiles, une stèle érigée à la mémoire de ce personnage légendaire porte l’inscription suivante : “A la mémoire de Philibert Aspairt perdu dans cette carrière le 3 novembre 1793, retrouvé onze ans après et inhumé en la même place le 30 avril 1804”.

II. Le crocodile des égouts de Paris

En mars 1984, les égoutiers qui travaillent sous le Pont Neuf découvrent un animal d’1m de long, tapi dans un coin, à quelques mètres d’eux. Il s’agit d’un crocodile du Nil. Les pompiers capturent l’animal au lasso et le confient au zoo de Vannes. Baptisée Eléanore, ce crocodile femelle mesure aujourd’hui 3 m de long et pèse 250 kg.

Crocodiles et autres monstres des égouts : Si la légende court que de nombreux crocodiles peuplent les égouts de New York, il est aussi rapporté que certains d’entre eux auraient élu résidence sous le boulevard Saint-Marcel à Paris. Victor Hugo évoque quant à lui, dans Les Misérables, la découverte d’un squelette d’orang-outang échappé du Jardin des Plantes sous l’Empire. Les égouts de Paris hébergeraient aujourd’hui 5 millions de rats, soit plus de 2 rats par habitant…

III. Le fantôme de l’Opéra

La légende veut qu’un monstre défiguré hante l’opéra Garnier. De mystérieux événements surviennent à la fin du XIXe siècle accréditant cette rumeur: le 20 mai 1986, le grand lustre de la salle se décroche faisant une victime au cours d’une représentation du Faust de Gounod. L’ironie du sort veut que ce spectateur ait été assis à la place N° 13. Un petit rat chute mortellement d’une galerie sur la 13ème marche du grand escalier. Un machiniste est retrouvé pendu au bout d’une corde. Une chanteuse nommée Christine Daaé aurait rencontré ce fantôme et noué une relation amoureuse avec lui… Serait-ce parce que l’opéra Garnier est la 13e salle d’opéra construite à Paris ?

La légende d’un lac souterrain dans lequel seraient élevés des poissons pour servir de nourriture au fantôme court toujours.

IV. La prison du masque de fer

Le 19 novembre 1703, décède à La Bastille, après 34 années de détention, l’un des prisonniers les plus fameux de l’histoire française : l’homme au masque de fer. La légende s’empare alors de l’histoire. Quelle était l’identité de ce mystérieux prisonnier “toujours masqué d’un masque de velours noir” selon le registre d’écrou de la prison ? Tout d’abord incarcéré à la forteresse de Pignerol, puis à la prison Sainte-Marguerite de Lérins et à La Bastille, il est placé sous la garde vigilante d’un ancien mousquetaire, le marquis de Saint-Mars. La rumeur prétend qu’il pouvait s’agir du frère jumeau de Louis XIV, du surintendant Nicolas Fouquet, de Henri II de Guise, voire de Molière ou de d’Artagnan… Si certaines sources, dont le registre paroissial Saint Paul, consignent le nom de Marchioly, le mystère de l’identité de l’homme au masque de fer n’est toujours pas élucidé.

V. La cave aux vampires

Si les Carpates sont la terre originelle des vampires, de nombreux récits ont élu Paris pour scène. Au nombre des plus connus figurent les “Chroniques de Vampires” de l’écrivain américain Anne Rice avec pour personnage principal Lestat de Lioncourt, un noble français transformé en vampire au cours du XVIIIème siècle. Avant de quitter Paris, il lègue le théâtre dans lequel il jouait sous le nom de Lestat de Valois au doyen des vampires sur terre, Armand. Rebaptisé Théâtre des vampires, cet édifice, alors situé boulevard du Temple, abrite dans ses sous-sols une troupe de vampires qui donnent des spectacles pour un public de mortels. Il sera incendié avec tous ses occupants par le vampire Louis de Pointe-du-Lac.

VI. Le métro de Paris

Le dimanche 16 mai 1937, à 18H30, une jeune femme en robe verte et chapeau blanc est retrouvée poignardée sur la ligne 8. Laetitia Toureaux, seule passagère du wagon de 1ère classe, s’écroule à terre lorsque la rame 382 s’arrête à la station de La Porte Dorée, un laguiole planté dans le cou. Une minute et 20 secondes se sont tout juste écoulées depuis que le train a quitté à 18H27 le terminus de la Porte de Charenton. Aucun des témoins interrogés n’a vu monter ni descendre personne de la rame de même que passer d’une rame à l’autre. L’enquête met à jour la personnalité trouble de la victime, ouvrière le jour, employée au vestiaire d’une guinguette le soir et les week-ends, détective à ses heures. Le meurtre et ses mobiles n’ont jamais été élucidés. Un crime parfait !

Niveau terrestre

VII. Le cimetière du Père-Lachaise

Le cimetière du Père-Lachaise ouvre le le 21 mai 1804 sur l’ancienne propriété du père François de La Chaise d’Aix, confesseur de 1675 jusqu’à sa mort en 1609 du roi Louis XIV. Réputé pour abriter la sépulture de gens célèbres, le cimetière du Père-Lachaise l’est aussi pour ses mystères. La rumeur veut que des messes noires y soient régulièrement célébrées, que certaines tombes donnent accès aux catacombes, qu’un ossuaire secret soit enfoui sous le monument aux morts de Bartholomé… À la fin des années 40, des tombes profanées et des corps, de jeunes filles mutilées sont retrouvées dans différents cimetières de Paris, dont celui du Père-Lachaise. Ces faits qui sont l’oeuvre d’un sergent nécrophile, François Bertrand, inspirent notamment la légende du loup-garou de Paris.

VIII. Le fantôme ensanglanté du jardin des Tuileries

L’histoire du jardin des Tuileries s’inscrit au XVIème siècle sous le règne de Catherine de Médicis. En 1564, la reine décide d’acquérir un terrain à proximité du Louvre pour faire construire le palais des Tuileries. Y résident, outre deux tuiliers, un boucher surnommé, Jean l’Ecorcheur. La reine charge un noble du nom de Neuville de l’assassiner au motif qu’il connaissait trop bien ses secrets. Au moment de mourir, Jean l’Ecorcheur lance une sombre prédiction : “Je reviendrai”. Son fantôme ensanglanté apparaît à Neuville qui retournant sur le lieu du crime après son rapport, constate la disparition du corps. L’astrologue de la reine, Cosme Ruggieri, confirme la prédiction. Quelques jours plus tard, Catherine de Médicis rencontre le spectre de l’homme rouge et quitte le palais pour une nouvelle résidence. Il apparaît ensuite successivement : en 1792, à Marie-Antoinette, prisonnière des lieux pendant la Révolution; en 1815, à la veille de Waterloo, à Napoléon Bonaparte ; en 1824, quelques jours avant sa mort, à Louis XVIII ; en 1870, à l’impératrice Eugénie. En mai 1871, sous la commune, le palais des Tuileries est détruit par un gigantesque incendie. Le spectre de l’homme rouge aurait été aperçu au milieu des flammes. Chemine-t-il toujours dans les allées de son jardin ?

IX. La bibliothèque de l’alchimiste

Les livres sont un puits de savoir et la bibliothèque l’antre de l’alchimiste à la recherche de la Pierre Philosophale. L’un des plus célèbres d’entre eux, Nicolas Flamel (1330 env. – 1418), était libraire rue des Escrivains à Paris. Fulcanelli, le mystérieux auteur du “Mystère des cathédrales”, aurait découvert le Grand Œuvre au XIXème siècle. Quant à l’alchimiste d’Aloysius Bertrand dans Gaspard de la Nuit, il feuillette en vain les “les livres hermétiques de Raymond Lulle”.

La bibliothèque regorge de traités d’alchimie et de grimoires de magie. On y trouve des ouvrages aussi célèbres que “La table d’émeraude” d’Hermès Trismégiste, “Le Miroir d’alchimie” de Roger Bacon, le “Livre des secrets d’Albert le Grand sur les vertus des herbes, des pierres et de certains animaux”. L’auteur (1200 env. – 1280) vécut un temps dans le Quartier Latin à Paris. Mais aussi des livres plus récents comme “L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar”.

X. Le pâtissier sanguinaire

En 1387, une série d’étudiants étrangers disparaissent à Paris. Ils sont victimes d’un barbier fou qui leur tranche la gorge pour le compte d’un pâtissier voisin. Ce dernier, après avoir haché menu leurs corps, réalise dans son laboratoire de succulents pâtés “à la chair délicate” qu’il vend dans son commerce. L’échoppe se situe rue des Marmousets (aujourd’hui rue Chanoinesse) sur l’île de la Cité. L’affaire est éventée grâce au chien d’un client allemand qui hurle à mort plusieurs jours consécutifs en attendant toujours le retour de son maître. Les noms des victimes seraient gravés sur des dalles au fond d’une cour d’un immeuble voisin.

XI. Le cabaret des assassins

Fréquenté par des artistes célèbres tels que Picasso, Debussy ou Maupassant, Le Lapin Agile est l’un des plus vieux cabarets de Paris. Cette auberge de Montmartre, dénommée en 1860 “Au rendez-vous des voleurs” fut un temps connu sous le nom de “Cabaret des Assassins”. À ses murs, de nombreux dessins représentent les figures de meurtriers célèbres : Ravaillac, Troppmann…

XII. Les gargouilles et chimères

La légende raconte que les gargouilles et les chimères de Notre-Dame de Paris s’animent la nuit pour faire peur aux mauvais esprits. Monstres hybrides, mi-bêtes ou mi-hommes, ces animaux fantastiques sculptés dans la pierre sont les gardiens du Bien. La rumeur dit qu’elles hurlent l’approche du Mal.

XIII. Le bossu de Notre-Dame de Paris

Quasimodo est le personnage principal du célèbre roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. Ce personnage effrayant, défiguré, vivait dans les tours de la cathédrale. À la fois applaudi et hué par la foule, celui qui fut surnommé le bossu de Notre-Dame fascine le peuple comme un monstre. Il semblerait que son portrait ait été inspiré par un véritable bossu, tailleur de pierre sur la cathédrale, à l’époque où Victor Hugo écrit son roman…

À propos de l'auteur

Sonia

Cinéphile aguerri et amoureuse des Belles-Lettres, Sonia aime analyser et comprendre le monde qui l'entoure et bien au-delà. À la fois perfectionniste et curieuse, sa créativité lui permet de développer des créations personnelles et professionnelles, alliant outils artistiques traditionnels et outils numériques.

Graphiste freelance depuis plus de dix ans, elle a pu offrir ses services à de grandes entreprises, mais également servir des start-up innovantes, auxquelles elle offre un regard résolument moderne, technique et créatif.

Étudiante en Philosophie, elle a pour ambition de créer un pont entre la pop-culture et l’univers philosophique. Ainsi, Sonia, réussis le pari d’un syncrétisme audacieux, et promets de nous faire entrer dans son univers.

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