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Avoir une opinion ne veut pas dire penser.    {Socrate}

Dimanche 24 avril 2011{par Marielle}

Bon Ă  jeter ?

L’obsolescence programmĂ©e est un fait et un paramètre indissociable de la majoritĂ© de nos sociĂ©tĂ©s actuelles. Pourtant, cela n’a pas toujours Ă©tĂ© le cas. Pour preuve cette ampoule de la caserne des pompiers de Livernmore en Californie qui brille depuis 1901 sans interruption. Hormis son statut de vedette dans le guinness des records, elle symbolise la perfection des ingĂ©nieurs qui concevaient alors des produits « parfaits ». Des produits construit pour durer.

Mais comment sommes-nous arrivĂ©s aujourd’hui Ă  ces sociĂ©tĂ©s du « bon Ă  jeter » ? Aux oubliettes les bons rĂ©parateurs Ă  qui on amenait notre vĂ©lo ou notre chaine hifi. Aujourd’hui, on remplace tout. Tout le temps et partout. Cela reviendrait certainement plus cher de rĂ©parer que de racheter un nouveau produit.

Plus rien ne dure et bien évidemment cela est programmé. Votre machine à laver est prévue pour durer neuf ans, votre téléviseur ? Dix ans.

L’objectif Ă©tant d’entretenir le marchĂ© de la consommation : l’achat, le profit. Mais on oublie aisĂ©ment ce que deviennent les produits jetĂ©s. Aujourd’hui, l’activitĂ© humaine produit 10 milliards de kilos de dĂ©chets (hors agriculture et construction) [source consoGlobe]. D’un cĂ´tĂ©, nous faisons tout notre possible pour vivre de plus en plus longtemps et de l’autre nous fabriquons des produits qui ne perdurent pas et, qui plus est, en utilisant de façon excessive les ressources de notre terre.

Cela pose de vraies questions sur notre façon de consommer. Faisons-nous de rĂ©elles Ă©conomies en jetant tout ce qui ne fonctionne plus sous prĂ©texte que cela coĂ»terait moins cher. Pouvons-nous faire des Ă©conomies sur le dos des gĂ©nĂ©rations futures ? Au-delĂ  de ces questions une autre plus essentielle peut-ĂŞtre se pose : pourquoi avons-nous tant besoin de tout changer tout le temps ? Car, mĂŞme si effectivement on nous pousse Ă  consommer de plus en plus, nous avons aussi notre part de responsabilitĂ©. Il n’y a pas de consommation sans consommateur. Ce qui est intrigant c’est qu’on retrouve les mĂŞmes comportements dans le milieu professionnel ( il n’est pas rare de changer deux ou trois fois de boulot au cours de sa Vie), ou bien encore relationnel (multiplication des relations amoureuses par exemple).

Mais alors, aurions-nous peur de ce qui dure ?


EnvoyĂ© spĂ©cial : TV, hi-fi, Ă©lectromĂ©nager… le grand bluff

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Mardi 12 avril 2011{par Eddie}

Rencontre & Nomadisme #2 | SĂ©bastien Godefroy

SébastienGodefroy© Photos : Sébastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

Sébastien Godefroy, Photographe professionnel à Paris, m’a parlé de sa rencontre avec Nebojsa.

« Le cousin de ma femme, que j’ai rencontré au Kosovo s’appelle « Nebojsa », ce qui signifie « celui qui n’a pas peur » en Serbo-Croate. Il se comporte souvent comme un fier à bras, mais très vite j’ai découvert un personnage profondément gentil, très doux, qui ne rêve que d’une chose, c’est de tomber amoureux. Il m’abreuve, me bourre la tête avec le danger et le risque de sortir, alors j’ai eu un comportement méfiant, je ne sortais pas sans lui, quand on allait en ville je me disais que je me ferais attaquer, mais en fait il ne se passait rien. Pourtant il m’avait rempli de cette énergie là…

À chaque fois que je venais chez lui, je lui disais qu’il fallait que j’aille au Kosovo. J’y étais pourtant, mais je devais aller voir le pays seul, le traverser, aller au nord, au sud, partout…
Durant mon premier voyage j’ai traversé le pays de parts en parts, le deuxième un peu moins, le troisième encore un peu moins, et au quatrième, je suis resté assez statique.

Au bout de quatre voyages quand je suis rentré à Paris, je me suis dit qu’en fait je voulais y retourner encore une fois, c’est apparu comme une évidence car mon sujet au final, c’est lui, c’est mon cousin Nebojsa. C’est ce gars ; car c’est un peu mon pendant, on a à peu près le même âge, on a des vies complètement différentes. Je vais y retourner une cinquième fois car j’ai déjà beaucoup de photos prises de lui, et je vais en refaire d’autres. C’est lui mon histoire, c’est mon cousin qui est gelé au Kosovo, avocat diplômé mais qui se retrouve à être gardien dans une poste. C’est une vie partiellement gâchée, remplie de fantasmes, il est complètement noyé sous ses délires. Il m’a conditionné et mon travail photographique sur ce pays s’en est trouvé complètement changé pour devenir l’histoire d’un homme dans son univers ».

Rencontre & Nomadisme / Sebastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

« En 1999, bien avant de rencontrer ma femme, j’avais dĂ©jĂ  des amis serbes, qui me racontaient un peu le conflit, ça ne voulait pas toujours dire grand chose vu d’ici, l’Otan s’était dĂ©jĂ  positionnĂ© en estimant que les albanais Ă©taient opprimĂ©s, que les serbes Ă©taient des bourreaux. Ça me semblait un peu simpliste comme vision, comme dans beaucoup de guerres finalement… J’entendais dans les mĂ©dias les bombardements, les soi-disant frappes chirurgicales, et quand j’y suis allĂ© la première fois en 2002, annĂ©e oĂą j’y ai rencontrĂ© mon Ă©pouse, j’ai eu une sensation totalement diffĂ©rente, la Serbie c’était un pays avec des gens qui nous ressemblaient Ă©normĂ©ment, certes marquĂ©s par la guerre encore rĂ©cente, la manière dont ils ont Ă©tĂ© traitĂ©s. Au dĂ©but j’avais un petit a priori sur ce que je voulais raconter, mais rien de très prĂ©cis, je voulais juste parler du Kosovo. Je ne savais pas du tout Ă  quoi ça ressemblait. »

Rencontre & Nomadisme / Sebastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

10 ans de maraudes avec EmmaĂĽs
Après des études entamées à l’école Louis Lumière, Sébastien Godefroy se retrouve un peu par hasard dans l’association Emmaüs, à s’occuper des sans-domicile en tant qu’assistant éducateur. En 1999 l’association se lance dans les « maraudes » de nuit, puis de jour, et Sébastien va les suivre pendant près de dix ans à travers une centaine de sorties.

Rencontre & Nomadisme / SĂ©bastien Godefroy© Photos : SĂ©bastien Godefroy / Cliquez pour l’image en grand

Il s’est pris de sympathie pour ces gens et a eu une approche très simple et honnête avec eux. Il s’est aperçu qu’il adorait les photographier car lui même vient d’une famille très modeste, un renvoi a ce que son père aurait pu devenir si l’alcool ou le désespoir s’étaient mêlés de sa vie. Sébastien a eu la chance d’accompagner Emmaüs pour avoir une légitimité vis à vis de ses sujets, en affirmant son approche de photographe, l’appareil autour du cou : « …cela générait de grandes discussions, parfois abruptes. Certains se ferment, d’autres sont tellement cassés qu’ils restent silencieux, tu braques l’appareil sur eux et ils ne comprennent même pas ce qui se passe. Dans ce cas tu en abuses en quelques sorte, espérant que la photo de ce mec complètement perdu servira à la cause des autres… ».

Un livre est sorti de ces dix ans avec les sans-domicile, « La maraude ».
Le prochain travail de Sébastien Godefroy sur le même sujet, « 100 photos pour la fondation Abbé Pierre ».

La Nationale 7
Ma rencontre avec Sébastien s’est faite simplement grâce au vélo. Comme moi, il a chargé son deux-roues avec son matériel photo pour partir sur les routes, entre autre pour effectuer un projet qui lui tient à cœur, la « Nationale 7 » entre Paris et Avignon. Il a voulu montrer la fin d’une route qu’il a fantasmée comme abandonnée de la vie et de ses gens. Cette nationale mise de côté après la création de l’autoroute A7 est considérée, dans l’inconscient collectif des français, comme la route 66 américaine, sorte de voie mythique et chargée d’histoire.

« Les voyages à vélo j’en ai fait plusieurs, d’abord l’Estonie, le sud de la France, la Serbie… longtemps j’ai pensé qu’il fallait distinguer le déplacement à vélo et le sujet, mais je me suis aperçu que ça faisait parti d’un tout important. Pour ce projet il y a eu deux évènements déclencheurs, il y a deux ans je suis passé sur cette nationale en voiture, et j’ai vu dans un virage une ancienne fabrique de poteries aux allures de station service. C’était un décor incroyable et j’avais envie de faire un travail à la chambre, très formel, pour raconter les vestiges de cette route. Par la suite, j’ai rencontré un gars un peu fou, qui avait l’habitude de traverser cette nationale dans des voitures de collection. En lui parlant de cette fabrique de poterie, il m’a annoncé que ce bâtiment est maintenant écroulé… en y retournant j’ai en effet constaté qu’il n’y avait plus aucune trace de vie de l’époque, et c’est très intéressant pour moi car c’était une partie du patrimoine français qui s’effaçait. J’ai ensuite cherché un moyen de locomotion et le vélo est apparu comme évident, c’est un moyen fabuleux qui permet de tout voir, de s’arrêter, de faire corps avec l’environnement. La fatigue, l’angoisse de laisser ma femme enceinte seule, se ressent, ainsi que le rapport au sol, regarder le bitume coulant quand on roule des heures sous le soleil. Ces moments de réflexion impriment une marque sur l’ambiance du sujet ».

SĂ©bastien Godefroy / Nationale 7© SĂ©bastien Godefroy / Nationale 7 – Cliquez sur l’image pour voir la galerie

Sébastien Godefroy travaille pour diverses commandes et aménage son temps libre pour des projets personnels. Sa curiosité et sa sensibilité ressortent fortement dans son travail. Son site internet à jour sera en ligne prochainement.

 

 

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Samedi 9 avril 2011{par Sonia}

La I-citĂ© « The Goutte d’Or » par Martin Parr

the goutte d'or par Martin Parr© Photos : Martin Parr – « Musulmans en prière : produits exotiques »

L’exposition « The Goutte d’Or ! – L’Institut des Cultures d’Islam invite Martin Parr » est une immersion photographique dans un quartier assez méconnu et stigmatisé : le quartier de la goutte d’or. Dans un contexte difficile, miné par le débat sur la laïcité et l’islam le pari paraissait risqué. Il fallait à Véronique Rieffel (directrice de l’Institut des Cultures d’Islam) beaucoup d’audace pour ne pas craindre l’œil parfois sans concession du photographe Martin Parr.

Pendant 4 journées, en janvier, Martin Parr a fait sien le quartier. Il saisit avec humour et décalage des images qui contrastent avec les clichés habituels ; le visage de la majorité silencieuse que l’on montre rarement dans les médias. Il offre un regard spontané, osé, intelligent, et pourtant si simple dans un contexte tendu ou parler d’islam est complexe. Un souffle d’air frais dans un débat souvent rendu étouffant par la politique.

the goutte d'or par Martin Parr© Photos : Martin Parr – « Eric, charcutier au « Cochon d’Or », depuis 17 ans »

« Je voulais sortir de la crispation actuelle, avec un projet artistique qui ait du sens. Faire photographier la Goutte-d’Or par Martin Parr, c’est aussi montrer qu’il n’y a pas de sujet tabou. On peut avoir un point de vue dĂ©complexĂ© sur le sujet. » VĂ©ronique Rieffel, directrice de l’Institut des Cultures d’Islam

Château Rouge, le marché Dejean, le café « Mon village », la mosquée Khalid Ibn Walid, l’association « Accueil Laghouat », la charcuterie « au cochon d’or »… Les 35 photos de l’exposition dévoilent un multiculturalisme qui fait toute la richesse de la goutte d’or à contre-courant de toutes les peurs ambiantes. Une exposition toute en simplicité, conviviale, ouverte au partage et à la rencontre,  à l’image de son lieu et du titre d’une série de photographie : La I-cité.

L’Institut des Cultures d’Islam© Photos : Sonia pour xulux : L’Institut des Cultures d’Islam – Cliquez sur l’image pour voir la galerie

Altérité, humanité, solidarité dans un quartier typique, unique et attachant en font une exposition à visiter absolument.

« La photographie n’est jamais le rĂ©el mais un point de vue, un regard sur ce qui est lĂ . Tout est dans cet interstice, sinon, tout le monde prendrait les mĂŞmes clichĂ©s. » Martin Parr

Informations pratiques :
Exposition photographique du 6 avril au 2 juillet 2011 Ă  L’Institut des Cultures d’Islam 19-23 rue LĂ©on, 75018 Paris. EntrĂ©e gratuite

 

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Lundi 4 avril 2011{par Vincent}

Black Swan | Qui veut faire l’ange fait la bĂŞte

Black swan - qui veut faire l'ange fait la bĂŞte

Black Swan, film de Darren Aronofsky (PI, Requiem for a dream, The fountain, The wrestler) sorti sur les Ă©crans français le 9 fĂ©vrier 2011 est de ces films marquants, que l’on n’oublie pas. Nina, une jeune danseuse Ă©toile (incarnĂ©e par Nathalie PortmanOscar de la meilleure actrice 2011) du new york city ballet, rĂŞve d’obtenir le rĂ´le très convoitĂ© de la reine des cygnes dans le nouveau ballet Ă  sortir de sa troupe : « le lac des cygnes » (ballet en quatre actes crĂ©Ă© sur une musique de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (opus 20) et un livret de Vladimir Begichev -Il est basĂ© sur des contes et lĂ©gendes allemandes, et notamment « Voile dĂ©robĂ© » de Johann Karl August Musäu – Ă  la fin du XIXe siècle). Ce ballet marque le renouveau de la troupe pour la rentrĂ©e, l’ancienne danseuse Ă©toile Beth Macintyre (Winona Ryder) ayant raccrochĂ© ses chaussures. Le maĂ®tre de ballet Thomas Leroy (incarnĂ© par un Vincent Cassel très convaincant) veut que celle qui donnera vie Ă  la reine des cygnes soit parfaite. Nina est choisie, Ă  sa grande surprise. Elle s’efforce depuis toute ces annĂ©es de rechercher une perfection technique, mais la reine des cygnes est un rĂ´le ambivalent, bipolaire. D’un cĂ´tĂ©, la face clair, le cygne blanc, gracieux, lĂ©ger, obĂ©issant, doux et Ă©lĂ©gant. De l’autre, le cygne noir, la face sombre, fougueuse, agressive, rebelle, brute et bestiale. Le maĂ®tre n’a aucun doute quant Ă  la capacitĂ© de Nina a incarner le cygne blanc. Mais la cygne noir, lui, semble hors de ses possibilitĂ©s. Il n’est pas question de mesure mais de fougue. Il n’est pas question de maĂ®trise mais d’explosion. Il n’est pas question de perfection technique mais de puissance Ă©vocatrice et de sentiments. Mais Nina en est-t-elle capable ? Une autre danseuse de la troupe, Lilly (Mila Kunis), semble ĂŞtre la face noire parfaite du cygne aux yeux du maĂ®tre, et il en fait la doublure de Nina.

S’amorce alors un compte Ă  rebours jusqu’Ă  la reprĂ©sentation aussi oppressant psychologiquement que physiquement.
Nina se bat contre son double, dans une course Ă  la perfection dont personne ne ressort indemne, surtout pas le spectateur.

Un cinĂ©ma de l’oppression

La filmographie de Darren Aronofsky a de quoi impressionner, alors mĂŞme que sa taille est plutĂ´t rĂ©duite… Jugez plutĂ´t :

5 films en 13 ans :

  • Ď€ en 1998
  • Requiem for a Dream en 2000
  • The Fountain en 2006
  • The Wrestler en 2008
  • Black Swan en 2010

Darren Aronofsky nous a habituĂ© par le passĂ© Ă  cette manière de filmer si caractĂ©ristique (notamment avec Ď€, Requiem for a Dream et the wrestler). Enchainements rapides de plans, effets de ralenti, soin apportĂ© aux bruitages, bande-son envoutante (qui ne se souvient du thème de Requiem for a dream crĂ©Ă© par Clint Mansell ?), enchevĂŞtrement de rĂ©alitĂ© et de fantastique, ambiance sombre etc. Black Swan ne dĂ©roge pas Ă  ces codes, et toute la salle est parcourue d’un frisson Ă  la vu d’un coupe ongle ou d’un miroir. L’ambiance oppressante du combat de Nathalie Portman contre elle-mĂŞme s’appuie sur des codes cinĂ©matographique issu du thriller (de l’anglais « thrill », frissonner) dont Hitchcock Ă©tait l’un des maitres incontestĂ©s. Le spectateur regarde le film la peur au ventre, se demandant sans cesse ce qui va advenir du hĂ©ros. Cette interprĂ©tation outrancière du stress, des nĂ©vroses et autres psychoses ne sĂ©duit pas tout le monde, mais il ne faut pas perdre de vue le caractère dĂ©libĂ©rĂ©ment exagĂ©rĂ© de la narration. Ainsi, les ressorts utilisĂ©s par le rĂ©alisateur maintiennent le spectateur dans un tension exacerbĂ© qui dĂ©cuple les Ă©motions, et notamment l’angoisse. On peut y voir une surenchère Ă©motionnalisante. Je prĂ©fère y voir une arme redoutable pour nous plonger au cĹ“ur du rĂ©cit et de l’action.

Le culte de la perfection chez Kant

« La beautĂ© n’ajoute rien Ă  la perfection.
La perfection n’ajoute rien Ă  la beautĂ©.
 »

Telle est la formule d’Emmanuel Kant. Pour la comprendre, il convient d’examiner une notion : la distinction entre la beautĂ© libre (pulchritudo vaga) et la beautĂ© simplement adhĂ©rente (pulchritudo adhaerens). Cette notion est dĂ©veloppĂ©e dans la « Critique de la facultĂ© de juger« , publiĂ© en 1790. La beautĂ© libre ne prĂ©suppose d’aucun concept de ce que l’objet doit ĂŞtre. Personne ne sait ce qu’une fleur ou le soleil doivent ĂŞtre. Lorsque nous jugeons de leur beautĂ©, nous ne le faisons pas au travers du prisme de la perfection (atteinte ou non), puisque l’objet ne prĂ©sente aucune finalitĂ© interne. Pour le dire plus simplement, la fleur ou le soleil sont des objets qui n’ont pas de fin en soi, dĂ©terminĂ©e par des concepts. »Est beau, ce qui plait universellement, sans concept », nous explique Kant. Ce qui est parfait l’est nĂ©cessairement conformĂ©ment Ă  un prĂ©supposĂ© donnĂ© d’une fin Ă  atteindre (perfection technique par exemple).

Il existe donc bien un concept de perfection dès lors que l’on parle de beautĂ© adhĂ©rente mais il convient de ne pas confondre les 2 beautĂ©s. En quoi cette distinction nous intĂ©resse ici ? PrĂ©cisĂ©ment parce qu’elle explique l’ambivalence de la reine des cygnes dans le film Black Swan. Nina s’efforce d’ĂŞtre parfaite, et donc de se rapprocher de cette beautĂ© adhĂ©rente. Or, il est question d’une beautĂ© tout autre pour le maitre, la beautĂ© libre du cygne noir. Une beautĂ© qui ne s’enracine pas dans une perfection et une maĂ®trise technique mais dans une satisfaction esthĂ©tique issue du « libre jeu » des facultĂ©s cognitives telles que l’imagination, l’entendement ou la perception etc.

Faut-il pour autant faire travailler cette conception esthĂ©tique avec la dialectique de l’obĂ©issance et de l’insoumission ? Black Swan saute allĂ©grement le pas.

Black swan - qui veut faire l'ange fait la bĂŞte

Une ambivalence toute humaine.

Black Swan, c’est aussi un questionnement sur la bĂŞte qui sommeille en chaque Homme. Aleph et Dam dans Adam. Il convient de rĂ©interroger cette Ă©clairage expliquĂ©e par Guershom Sholem dans « le messianisme juif » afin d’Ă©clairer diffĂ©remment le personnage de la reine des cygnes. Adam, bien connu pour avoir transgressĂ© l’injonction divine et avoir chutĂ© du jardin d’Eden, revĂŞt une signification particulièrement intĂ©ressante lorsque l’on s’attarde quelque peu sur son Ă©tymologie :
ConstituĂ© des lettres hĂ©braĂŻque aleph, daleth et mem, Adam se dĂ©coupe en A(aleph) – Dam (Daleth & Mem). Dam, c’est le sang, la part animale de l’Homme pourrait on dire autrement, celle poussĂ©e par l’instinct de survie et les pulsions, asservie Ă  ses besoins primaires : manger, se protĂ©ger, procrĂ©er. Aleph, c’est le souffle spirituel, Dieu diront certain, le rapport Ă  l’infini des possibles diront d’autres, qui Ă©lève l’Homme et le pousse Ă  changer, Ă  rĂ©inventer le dĂ©jĂ -lĂ  du monde. « Nous avons un instinct qui nous Ă©lève, que nous ne pouvons rĂ©primer » disait Pascal. A-Dam, c’est une unitĂ© rĂ©alisĂ©e dans l’effort constant d’union avec Dieu, qui fait de l’Homme une utopie (de a-topos, sans lieu) dĂ©sirante, ou une volontĂ© utopique pour parler comme Ernst Bloch. Pour le dire autrement, l’Homme seul, et contrairement Ă  l’animal, est toujours lĂ  oĂą on ne l’attend pas et se projette en permanence dans un monde autre. VoilĂ  pourquoi l’espĂ©rance ou la croyance sont des sentiments profondĂ©ment humain.

Pour un poétique voyage avec Aleph, je vous recommande ce lien :
>> De la parole au silence Rachel Fra. sur lézardes et murmures

Black Swan, c’est aussi le questionnement de l’identitĂ© et de la personnalitĂ©. Il est une notion que j’aime tout particulièrement chez Jung : la persona. Je l’ai dĂ©jĂ  dĂ©cryptĂ© longuement dans d’autres billets (rendez-vous en terre inconnue ou make the girl dance) mais je voudrais y associer quelques rĂ©fĂ©rences : Le double, la rivalitĂ©, nous mĂŞme comme le pire adversaire de notre succès : voilĂ  qui entre en rĂ©sonance avec ce que nous montre Black Swan. Une Nina qui se dĂ©bat avec elle mĂŞme, avec ses propres angoisses et ses propres limites pour rĂ©ussir. Impossible de ne pas faire le lien avec Fight club de David Fincher, ou Tyler Durden vient hanter Edward Norton, incarnant de façon aussi sĂ©duisante qu’effrayante les psychoses de ce dernier. Dans les deux film, le conflit entre les deux masques va se faire dans la violence autant que dans la sĂ©duction. Notons que cette opposition entre le cygne blanc et le cygne noir fait Ă©cho Ă  l’histoire du ballet lui-mĂŞme, puisque la princesse cygne (cygne blanc) affronte son sosie noir, qui fait perdre la tĂŞte au prince et sème la confusion. Plusieurs fins closent le ballet, l’une est heureuse et voit le prince et la princesse cygne s’aimer Ă  tout jamais, l’autre est tragique avec la disparition du prince et la mort de la princesse cygne dans le chagrin. Chacun interprĂ©tera la fin de Black Swan avec sa propre grille…

TchaĂŻkovski et le lac des cygnes

Pour conclure ce long papier, intéressons nous à la genèse du lac des cygnes et a Tchaïkovski. Après un mariage motivé par les convenances mais à la mauvaise issue certaine, le compositeur entretient une relation épistolaire et platonique avec Nadejda von Meck. Cette dernière, finira par lui écrire : « Piotr Illyich, avez vous aimé ? Il me semble que non. Vous aimez trop la musique pour aimer une femme. »
- « J’aime trop les hommes pour aimer les femmes »aurait pu rĂ©pondre TchaĂŻkovski, qui avait pris peu Ă  peu conscience de l’implacabilitĂ© de ses attirances sexuelles.

Le lac des cygnes restitue cela avec une troublante force. Comme pour Siegfried, le personnage du prince du lac des cygnes, les amoures fĂ©minines sont interdites au compositeur. Toute relation charnelle avec le cygne blanc serait contraire aux lois humaines, toutes celles de TchaĂŻkovski avec une femme serait contraire Ă  la loi du cĹ“ur. Le ballet du lac des cygnes et les reprĂ©sentations qui arrivèrent ne tardèrent pas Ă  ĂŞtre perçu par le compositeur comme une humiliation puis une malĂ©diction. Le ballet fut retirĂ© de l’affiche et sombra dans l’oubli pendant 18 ans… Jusqu’Ă  ce qu’un homme lui redonne le statut d’œuvre majeur qui Ă©tait le sien : Marius Petipa, un prĂ©curseur de Darren Aronofsky qui livre Ă  son tour une rĂ©interprĂ©tation magistrale.

Galerie d’images

Black swan de Darren AronofskyCliquez sur l’image pour voir la galerie

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Lundi 28 mars 2011{par Sonia}

Semaine du développement durable – du 1er au 7 avril 2011

Chaque année, le ministère du Développement durable invite les entreprises, les associations, les services publics, les collectivités et les établissements scolaires à promouvoir, du 1er au 7 avril, les principes du développement durable.

Thème de l’Ă©dition 2011 : changeons nos comportements.

La Semaine du développement durable est une occasion de découvrir de manière concrète, ludique et conviviale tout ce qui bouge autour de nous en matière de logement, transport, préservation des espaces et des espèces, énergies renouvelables…

Elle a pour mission, de sensibiliser les Français au dĂ©veloppement durable et d’inciter chacun Ă  adopter des comportements plus responsables. En matière de consommation, l’annĂ©e 2011 sera marquĂ©e par la mise en place de l’affichage environnemental qui permettra de disposer d’une information prĂ©cisant l’impact de nos achats sur l’environnement.

En 2010, la semaine du dĂ©veloppement durable Ă©tait plus riche en communication et en Ă©vĂ©nements. S’essouffle t-elle cette annĂ©e ? EspĂ©rons que  non, et que cette nouvelle semaine apporte une rĂ©elle prise de conscience et une modification des comportements dans toutes les situations de la vie quotidienne. Une prise de conscience autant collective qu’individuelle.

De nombreuses manifestations sont prévues dans le cadre de cette semaine de sensibilisation :

  • L’exposition « des forĂŞts et des hommes », constituĂ©e de 20 posters, sera affichĂ©e du 1er au 7 avril sur le site de GOBELINS Paris et de l’ESIV (73 boulevard Saint-Marcel Paris 13ème), Association GoodPlanet.
  • La prĂ©sence de vĂ©gĂ©taux sur les murs et les terrasses offre de nombreux avantages : isolation thermique et phonique, biodiversitĂ©, esthĂ©tique… rendez-vous Ă  14h30 Ă  la sortie du mĂ©tro Buzenval.
  • La visite de la Maison de l’Air permet de nombreuses dĂ©couvertes sur l’atmosphère qui nous entoure, l’air que nous respirons et mĂŞme le potentiel d’Ă©nergie renouvelable qui existe en milieu urbain rendez-vous : Ă  15h le 1er, 2, 3, 6 et 7 avril Ă  la Maison de l’Air, parc de Belleville, 27 rue Piat (mĂ©tro PyrĂ©nĂ©es ou Couronnes).

Retrouvez l’agenda complet des manifestations prévues en France, Corse, et D.O.M. sur le site www.semainedudeveloppementdurable.gouv.fr

Et aussi des fiches pédagogiques, des conseils pour consommer responsable, protéger les espaces et les espèces, mieux se déplacer…

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