Mercredi 11 mars 2009{par Emeric}
Quand Aristophane vends des chips

L‘un des site promotionnel de la marque Lay’s, qui fabrique et distribue des chips (entre autres) est assez intéressant.
Ce site internet nous propose un univers que je serais tenté de qualifier d’ultramoderne, car il invite au voyage, à la découverte de l’autre, et à l’exploration d’un monde bien particulier, réenchanteur. Le but ici est de se balader dans cet univers afin d’aider les différents composants à trouver leur moitié, l’autre part qui fait qu’ils seront « heureux ».
En gros le but du site est de nous vendre une sauce qui va bien avec chaque catégorie de chips.
Mais ne serait-ce pas une redite du mythe androgyne d’Aristophane énoncé dans le banquet de Platon ?
Dans cet Å“uvre Platon nous donne une compilation des différentes interprétations de l’Amour. C’est interprétations sont faites par des poètes, philosophes, metteurs en scène de l’époque (Agathon, Aristophane, Pausanias, Phèdre…). Chacun délivrant une histoire, cela nous permet de mieux comprendre la vision de la relation amoureuse à l’époque de la Grèce Antique.
Concernant Aristophane, il nous raconte qu’il y avait autrefois 3 catégories d’êtres humains; les hommes, les femmes, et les androgynes, êtres composés de 4 bras et 4 jambes, 2 visages, 4 oreilles… La force et l’orgueil de ces derniers étaient immenses, et Zeus les divisa en deux pour les affaiblir, mais pas les tuer. Depuis, chaque moitié recherche sa complémentaire. En tentant de se recomposer en UN, ils s’enlacaient en désirant se confondre, et mourraient ainsi de faim et d’inaction.
Au fil des âges, cette relation s’est atténuée, mais Aristophane nous dit que c’est bien ce sentiment qui caractérise le « coup de foudre », le fait que deux aimants veulent passer leur vie ensemble. Eros est la force qui nous pousse à rechercher notre moitié, et l’Amour est la concrétisation de cette recherche. Eros c’est cette pulsion, cette chose en nous que l’on perçoit, mais que l’on ne sait définir concrètement. Eros c’est cette simultanéité du « déjà là » de cette pulsion, et du « pas encore là » de sa réalisation.
Ainsi, vouloir rapprocher deux moitiés qui vont bien ensemble, qui sont faites pour être ensemble est une noble cause, reste à savoir si elle peut être exploitée par une marque pour vendre ses produits de manière pertinente et intelligible par tous. Nombreux sont ceux qui dans mon entourage m’ont dit qu’ils ne comprenaient rien au site.
Ce qui est sûr c’est que l’on pourra au moins déguster le banquet de Platon avec des chips !






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Vendredi 13 mars 2009 à 17 h 38 min Vincent à répondu:
Le fait de baser une communication sur un mythe peut-être une réelle force et en l’occurrence, je trouve le site assez bien fait de ce point de vu la. Le monde crée est assez poétique, et l’idée d’associer des petits personnages entre eux est assez maligne.
Reste quand même que le mythe des androgynes pour vendre des chips est en gros décalage, pour ne pas dire plus avec la nature même du produit. On parle de relation entre humain, de dynamique qui nous pousse à chercher le mystère de l’autre toujours et encore sans jamais réussir à le trouver pour vendre des chips. Alors ok a chaque chips sa sauce, ok a a chaque sauce sa chips et en ce sens on est pleinement au cÅ“ur du mythe d’Aristophane sur les deux moitiés qui formeraient un tout, mais n’est-ce pas aller un tout petit peu trop loin dans la métaphore pour mettre en scène le bénéfice produit ? Je ne suis pas très étonné que plusieurs personnes t’aient dit qu’elles n’avaient rien compris. En fait, ce qui me chagrine quand même un petit peu avec la pub, c’est tout le mal qu’on se donne (conception sur un mythe, avec tout le potentiel questionnant et signifiant que cela implique; travail d’illustration très frais et détaillé; animation de tous les personnages; développement du site; etc…) pour finalement pas grand chose : vendre des produits ou des services…
Quand j’y songe, je me dis qu’un tel potentiel de talent dans un monde autre pourrait vraiment être au service du développement de l’humain et du rapport entre les humains plutôt qu’à celui d’un monde basé sur la consommation et l’individualisme.