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Quand 1984, n’est plus un roman de science fiction

Écrit par Sonia

1984 est le titre d’un roman de George Orwell, écrit en 1948. Il décrit une Grande-Bretagne où s’est instauré un régime de type totalitaire fortement inspiré à la fois du stalinisme et de certains éléments du nazisme. Considéré comme référence du roman de science-fiction, 1984 lance un avertissement contre les mécanismes d’une société totalitaire. George Orwell contribua à populariser plusieurs concepts, dont celui de Big Brother. Concept de société de contrôle et de surveillance.

Les « télécrans » dans 1984 sont des systèmes de vidéosurveillance et de télévision qui diffusent et surveillent simultanément. Ils permettent d’entendre et de voir ce qui se fait dans chaque pièce. Au domicile, sur les lieux de travail et dans les lieux publics les membres du Parti peuvent vous contrôler, vous surveiller, vous observer et vous dénoncer. Ainsi, la population, déjà soumise à la surveillance permanente, fait également l’objet d’une surveillance intensive de ses pairs. Pour un contrôle « total » de la population, quoi de mieux que la délation.

George Orwell traduisait son inquiétude face à l’évolution de notre monde, il craignait la perte de liberté des individus, de toute liberté de jugement et de tout sens critique. Il aurait été surpris de voir que la Grande-Bretagne, son pays, est le plus équipé aujourd’hui en réseaux de télésurveillance. On compte une caméra pour 15 habitants. Il aurait été surpris ou accablé par la suite des événements ?!!

Où s’ar­rête la fic­tion et où com­mence la réa­li­té ?

Aujourd’hui un site anglais, «Internet Eyes» propose à des volontaires de regarder des images prises par les caméras de surveillance pour traquer d’éventuels délits. L’internaute surveille en direct des images prises par les caméras de surveillance sans bouger de chez lui. Pour chaque infraction signalée, il touche de l’argent. 1 100 euros par mois à la clé pour dénoncer ses concitoyens. L’expérience est ouverte à tous les citoyens européens, français compris.

Internet Eyes a conçu son système comme un jeu de surveillance. Pour chaque délit signalé, l’internaute reçoit des points. Lorsqu’un fait étrange est rapporté, mais qu’il ne s’agit pas d’infraction, il gagne aussi des points. Les signalements erronés sont sanctionnés par la perte de point, et au bout de trois fausses alertes, le volontaire est banni du jeu. Celui qui a reçu le plus de point perçoit les 1 100 euros à la fin du mois. Le système n’inclut que les caméras de vidéosurveillance des magasins ou entreprises qui en font la demande. Mais d’ici la fin de l’année, Internet Eyes espère pouvoir proposer toutes les caméras du pays, espace publics compris.

Une belle dérive de la société de surveillance

George Orwell avait pris soin de préciser qu’il n’y avait dans cette anticipation du futur qu’une éventualité.

« Je ne crois pas, écrit-il à un syndicaliste américain, que le type de société que je décris surviendra nécessairement, mais je crois que quelque chose de similaire peut survenir ».

On ne peut qu’être frappé par toutes les anticipations prophétiques contenues dans 1984. Les télécrans ne sont justes qu’une sorte de préfiguration des systèmes de vidéosurveillance décrit ci-dessus. Etre contrôlé, surveillé, observé et … même puni ! Est-ce que ce n’est pas tout simplement  une banalité répandue au quotidien entre autre,  par les jeux de téléréalité ?

Aujourd’hui la France n’est pas en reste. L’Assemblée a donné son feu vert avec la LOPPSI2 à un recours accru à la vidéosurveillance. Et  alors que les mentalités demeuraient hostiles à des pratiques de délation qui restaient associées au régime de Vichy ; explicitement les pouvoirs publics en appellent au civisme de la population pour favoriser l’essor de ces pratiques. Un appel au civisme ? Hum, hum… un petit canular pour retrouver le sourire : http://delation-gouv.fr

La délation est une faute, car elle n’est pas fondée sur l’amour de la justice, sur la volonté de protéger les victimes ou les faibles, mais sur l’intérêt personnel. André Comte-Sponville – Henri Leclerc, La délation peut-elle être civique ? propos recueillis par Anne Vidalie

Tous les êtres humains (…) doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.  Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme

Aujourd’hui sous de faux prétexte le gouvernement ne cherche t’il pas simplement à dominer ? En décrétant ce qui est mieux, bon, mauvais pour le peuple, les masses n’ont plus dès lors qu’à obéir docilement à de nouveaux maîtres.

George Orwell malgré tout son pessimisme n’exclut pas l’espoir, si sombre que soit le pronostic,

la morale à tirer de cette situation de cauchemar, conclut-il, est simple : ne vous laissez pas faire. Tout dépend de vous George Orwell, orwell Archive. Cité par B.Crick, op. cit ., p.565-56

À propos de l'auteur

Sonia

Cinéphile aguerri et amoureuse des Belles-Lettres, Sonia aime analyser et comprendre le monde qui l'entoure et bien au-delà. À la fois perfectionniste et curieuse, sa créativité lui permet de développer des créations personnelles et professionnelles, alliant outils artistiques traditionnels et outils numériques.

Graphiste freelance depuis plus de dix ans, elle a pu offrir ses services à de grandes entreprises, mais également servir des start-up innovantes, auxquelles elle offre un regard résolument moderne, technique et créatif.

Étudiante en Philosophie, elle a pour ambition de créer un pont entre la pop-culture et l’univers philosophique. Ainsi, Sonia, réussis le pari d’un syncrétisme audacieux, et promets de nous faire entrer dans son univers.

Commentaires

  • Bonjour,
    Peut être que quand on vit dans le 16eme  ou dans des beaux quartiers où dès qu’une mouche pète la police est là dans les 3 minutes chrono on peut trouvé ça débile,mais à la campagne ou dans des lieux isolés ou les cambriolages et agressions  ne sont quasi  jamais punis là on peut certainement revoir sa bonne morale.
    Mais par contre comparer la délation de personnes au comportement suspects au régime de vichy ou on dénonçais des juifs là à coup sûr c’est vous qui faites forts…absolument rien à voir….
    cordialement

  • Bonjour,

    « La délation est une faute, car elle n’est pas fondée sur l’amour de la justice, sur la volonté de protéger les victimes ou les faibles, mais sur l’intérêt personnel. »( André Comte-Sponville – Henri Leclerc, la délation peut-elle être civique ? propos recueillis par Anne Vidalie)

    La délation est souvent reconnue coupable par définition, comme le confirme le Petit Larousse : «Dénonciation intéressée et méprisable.» En monnayant la vertu et la justice, on encourage les faux témoignages, les dénonciations hors contexte où les intérêts ou inimitiés personnelles prennent le dessus. Un « intérêt personnel » contraire au véritable appel au civisme.  Une société de délation non basée sur la justice et le bien de la communauté, mais favorisant l’expression de la haine. (je parle pour cet article). Car il serait intéressant de répondre à cette question : la délation peut-elle être civique ?

    Dans cet article je ne compare pas « la délation de personnes aux comportements suspects au régime de vichy » Je donne une indication sur les mentalités en France :

    « Et  alors que les mentalités demeuraient hostiles à des pratiques de délation qui restaient associées au régime de Vichy […] »

    Pour signifier que le terme « délation » en France était fortement connoté, car associé au régime de Vichy.

    Bien cordialement

  • D’un autre côté, il me semble qu’Orwell percevait le pouvoir en place comme (légèrement ?) fascisant, cette vision n’est pas exactement optimiste non plus.
    Sinon, bon papier et excellent livre, je l’ai lu il y a quelques mois, et à certains passages je ne peux pas m’empêcher de dire « mais tout est déjà là ! ». Brillante anticipation, je trouve.

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