La lecture ExpĂ©rience – ExpĂ©rience de la lecture et lecture de l ‘expĂ©rience par Jean-Louis Bischoff
 Cet extrait de texte est tirĂ© d ‘une confĂ©rence donnĂ©e Ă l ‘Institut de Formation pour l’Etude et l’Enseignement des religions (IFER de Dijon) en novembre 2003. (Seizième session de formation).
Le terme expĂ©rience vient du latin experiri, Ă©prouver. Le radical est periri oĂą l’on trouve la racine indo-europĂ©enne per qui s’actualise en latin dans le mot periculum (danger). Etymologiquement, l’épreuve, l’expĂ©rience noue des liens avec l’idĂ©e de danger. L’allemand retrouve la liaison : dans le mot Gefahr (pĂ©ril) on a la racine « FAR » prĂ©sente dans le mot Erfahrung (expĂ©rience) ; mais il y ajoute un supplĂ©ment de sens ; dans le mot Erfahrung est en effet Ă©galement prĂ©sente l’idĂ©e de traversĂ©e, faran en ancien allemand, d’oĂą est issu fahren (transport). Ce faisceau de significations n’est pas aussi disparate qu’il semble l’être ; en effet dans une traversĂ©e, ne fait-on pas irrĂ©mĂ©diablement l’épreuve du danger ? Fort de notre brève enquĂŞte on comprend que pour Heidegger faire une expĂ©rience signifie d’abord faire une traversĂ©e pĂ©rilleuse, ĂŞtre mis Ă l’épreuve. De quelle nature est donc le pĂ©ril ? La suite du fragment Heideggerien rĂ©pond Ă la question : il consiste « Ă se laisser atteindre par quelqu’un ou quelque chose qui va nous Ă©branler, nous transformer ». Faire une expĂ©rience (Erfahrung machen) ne signifie plus dès lors avoir (Erfahrung haben) une expĂ©rience. « Avoir » renvoie Ă la possession, au connaĂ®tre, Ă la confiance que procure l’acquis. Dans le faire expĂ©rience, si l’on suit Heidegger, ce qui prime ce n’est pas l’idĂ©e d’acquis, mais au contraire celle d’Ă©preuve dangereuse et Ă©branlante. L’expression faire dans cette tournure, ne signifie plus que nous soyons nous-mĂŞmes les opĂ©rateurs de l’expĂ©rience. En effet on pourrait dire que l’expĂ©rience me fait plus que je ne la fais puisqu’elle n’est rien d’autre que le risque d’une exposition Ă une altĂ©ritĂ© qui m’atteint en plein cĹ“ur. En d’autres termes, l’expĂ©rience apparaĂ®t bel et bien comme une Ă©preuve de l’altĂ©ritĂ©. Le propre de l’altĂ©ritĂ© (du latin alter, autre) est en effet prĂ©cisĂ©ment ce qui nous altère, nous transforme. Puisqu’elle convoque au changement, Ă la mise en mouvement, l’altĂ©ritĂ© nous fait courir le danger de la perturbation, de l’égarement, de la vulnĂ©rabilitĂ©. Elle nous donne Ă comprendre que la vie, notre vie n’est pas un long fleuve tranquille.

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