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Je ne peux rien apprendre à personne, je ne peux que faire en sorte qu'ils réfléchissent.   {Socrates}

Jeudi 25 juin 2009{par Vincent}

Vassily Kandinsky | Quand l’art se recharge de spirituel et renoue le dialogue avec l’âme humaine

Vassily Kandinsky | Peintre Russe et thĂ©oricien de l’art.
NĂ© Ă  Moscou le 4 septembre 1866
Mort à Neuilly-sur-Seine le 13 décembre 1944.

Grande expostion Ă  Baubourg en ce moment, Kandinsky retrace par un circuit parmi une centaine de toiles l’Ă©volution du peintre tout au long de sa vie. Grand artiste, thĂ©oricien et prĂ©curseur d’un style nouveau, l’art abstrait, Vassily Kandinsky est considĂ©rĂ© comme le premier peintre d’une Ĺ“uvre non figurative et de l’abstraction lyrique.

« CrĂ©er une Ĺ“uvre c’est crĂ©er un monde »

Mais l’abstraction chez Kandinsky a Ă©tĂ© l’aboutissement d’une longue maturation, d’un long cheminement artistique, sous le fouet d’une profonde rĂ©flexion thĂ©orique basĂ©e sur son expĂ©rience personnelle, son ressenti et ses Ă©motions. « la raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses. » Écrit Pascal dans les pensĂ©es (frag 44). Ce Ă  quoi fait allusion Pascal et qui dynamise l’homme est le cĹ“ur, cet « instinct qui nous Ă©lève et que nous ne pouvons rĂ©primer ». Pour autant, Pascal prĂ©cise tout de suite qu’il y a « Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison« . La dĂ©marche de Vassily Kandinsky peut aisĂ©ment se mettre en lien avec cette pensĂ©e Pascalienne. Le peintre a thĂ©orisĂ© Ă  partir d’une saisie intuitionnelle, c’est Ă  dire une saisie immĂ©diate et instinctive de l’intĂ©rioritĂ© d’une situation, d’une expĂ©rience ou d’une personne, dont on passe ensuite sa vie Ă  Ă©laborer l’intelligence – de inter-ligare: relier. l’intelligence peut ainsi s’interprĂ©ter comme l’art de lier les choses – avec l’esprit. Et cette relation au spirituel, au souffle qui affole et subvertit le dĂ©jĂ -lĂ  du monde, Kandinsky y a, Ă  la vue et Ă  la lecture de ses Ĺ“uvres, accordĂ© la primautĂ© dans sa dĂ©marche d’artiste et a mĂŞme dĂ©veloppĂ© une notion pour la thĂ©oriser : la nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure.

La nécessité intérieure repose sur trois principes :

1) L’artiste est un créateur qui doit exprimer ce qui est propre à son envie personnelle d’exprimer ou de ne pas exprimer.
2) Il doit exprimer et s’exprimer par rapport à son époque et selon les valeurs du langage de son époque.
3) Il doit exprimer au travers ce langage, les éléments de ce qui est propre à l’art, comme valeur universelle, hors des contraintes de l’espace, du temps ou de la forme.

Ce qui est premier chez Kandinsky, c’est la place qu’il accorde au dialogue avec l’âme dans l’art. Au delĂ  d’une approche intelligible ou mĂŞme sensible, c’est une approche spirituelle qu’il expose magistralement dans son Ĺ“uvre littĂ©raire majeure : « du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier ».

« la couleur est la touche, l’Ĺ“il, le marteau, l’âme, le piano, : l’artiste est la main qui par le bon choix des touches met l’âme du spectateur en vibration« . Si elle ne parle pas Ă  l’âme, son expression est vaine. Il dĂ©clare d’ailleurs : « Quiconque ne sera pas atteint par la rĂ©sonance intĂ©rieure de la forme (corporelle et surtout abstraite) considèrera toujours une telle composition comme parfaitement arbitraire« . La nĂ©cessite intĂ©rieure qui dynamise une crĂ©ation, est pour le peintre russe le principe de l’art, par le fondement mĂŞme de l’harmonie des formes et des couleurs. Le dialogue est supra-sensible, en cela qu’il dĂ©passe le cadre des sensations, pour toucher aux affects, Ă  l’Ă©motion, au cĹ“ur. La nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure d’oĂą naĂ®t la crĂ©ation de l’Ĺ“uvre et qui se dĂ©ploie de manière mystĂ©rieuse, mystique, acquiert ensuite sa propre autonomie pour se charger d’un souffle spirituel et se mettre en faire vibrer l’âme humaine.

Mais il faut comprendre, pour entrer dans l’intelligence de cette thĂ©orisation, la perception du monde qui Ă©tait la sienne. Kandinsky Ă©tait convaincu que l’art d’une part, et la nature d’autre part, Ă©tait rĂ©git par des lois, des cadres, sĂ©parĂ©s et autonomes. L’art abstrait, Ă  ces yeux, devenait ainsi l’unique moyen de saisir une loi gĂ©nĂ©rale de l’univers, qui lierait ces deux règnes dans un ordre de synthèse Ă  la fois extĂ©rieur et intĂ©rieur, c’est Ă  dire immanent et transcendant. La peinture quitte ainsi sa perspective d’imitation de la nature, telle qu’elle fut depuis des siècles voire des millĂ©naires, sans tomber dans la dĂ©cadence de « l’art pour l’art », c’est Ă  dire privĂ© de son souffle spirituel, pour tenter de mettre l’Homme en mouvement par l’Ă©motion. (du latin emovere : mettre en mouvement, provoquer, faire naĂ®tre).

Essayons maintenant de comprendre la théorie sur les couleurs développée par V. Kandinsky.



Dans sa thĂ©orisation de la couleur, le peintre distingue l’effet physique de l’effet affectif des couleurs sur l’humain.
Le premier concerne le monde sensible, les 5 sens, qui dĂ©coulent d’une rĂ©action strictement physique, rĂ©tinienne et neuronale. Les rĂ©cepteurs rĂ©agissent Ă  des stimuli nerveux, ce qui nous donne la perception de la couleur, ou d’ailleurs de n’importe laquelle des sensations : froid, chaleur, bruit, couleur, odeur etc…

Le second en revanche, est beaucoup moins mĂ©canique ou physique mais totalement subjectif. Il concerne ce que la sensation produit affectivement sur notre intĂ©rioritĂ©, sur nos sentiments et nos Ă©motions. C’est un dialogue avec l’âme, une rĂ©sonance intĂ©rieure qui ne peut se partager puisqu’elle concerne le plus intime de notre intimitĂ© en touchant notre histoire personnelle.

Kandinsky distingue les couleurs par deux axes antagonistes :
- l’axe Chaleur/Froideur : La froideur est selon lui une tendance au bleu, tandis que la chaleur est une tendance au jaune.
Ces deux couleurs crĂ©ent un premier grand contraste le Jaune / Bleu qui est dynamique. Le jaune possède un mouvement excentrique, il « sort du support » pour venir vers le spectateur. Il a une tendance au dĂ©bordement, c’est Ă  dire qu’il donne l’impression de « gonfler » et de s’Ă©tendre sur les zones environnantes.
Kandinsky qualifie le jaune de couleur terrestre, dont la violence peut être pénible voire agressive.

Le bleu quant Ă  lui possède un mouvement concentrique, qui donne l’impression de s’enfoncer dans le support en s’Ă©loignant du spectateur. Il a une tendance au repli, et semble se faire contaminer par les zones environnantes. Kandinsky qualifie le bleu de couleur cĂ©leste, qui Ă©voque un calme profond.
Le mélange des deux donne une couleur parfaitement immobile et calme : le vert.

- l’axe ClartĂ©/ObscuritĂ© :
La clartĂ© est la tendance au blanc, tandis que l’obscuritĂ© est celle au noir. Le Noir/banc est le second grand contraste du peintre Russe, qui, lui, est statique.
Le blanc comme le noir Ă©voque le vide. Mais le blanc est ressenti comme un silence profond, apaisant et plein de possibilitĂ©s tandis que le noir est un nĂ©ant sans possibilitĂ©, il est ressenti comme un silence Ă©ternel et sans espĂ©rance. En un mot, c’est la mort que nous voyons lorsque que l’on nous met face Ă  face avec le noir. Toutes les autres couleurs rĂ©sonnent ainsi avec force, lorsque qu’elle sont voisines avec lui.

Pour terminer ce billet sur l’immense gĂ©nie qu’Ă©tait Kandinsky, je vais maintenant parler du rapport qu’entretient le peintre avec le son.

Les mĂ©taphores sonores dans « du spirituel dans l’art » sont lĂ©gions et donnent des indications extrĂŞmement intĂ©ressantes sur le ressenti qu’avait cet avant-gardiste. Il affirmait que lorsqu’il voyait des couleurs, il entendait des sons. Les peintures de Kandinsky peuvent, ainsi que tout Ĺ“uvre d’art, ĂŞtre vu comme d’immense symphonie capable d’Ă©mouvoir, c’est Ă  dire de mettre en mouvement.

VoilĂ  une manière très poĂ©tique d’expliquer pourquoi les affects entre en jeu, pourquoi le beau sonne avec force et fait vibrer tout notre ĂŞtre lorsque nous sommes touchĂ©s.

Vassily Kandinsky - Cercles dans le cercle (1923)Cliquez sur l’image pour voir la galerie.

Citations

«Le noir est comme un bûcher éteint, consumé, qui a cessé de brûler, immobile et insensible comme un cadavre sur qui tout glisse et que rien ne touche plus.»
[Vassili Kandinsky] – Du spirituel dans l’art

«Il vaut mieux ne pas jouer le rôle du temps, il travaille mieux que nous.»
[Vassili Kandinsky] – Extrait d’une Lettre Ă  Herwarth Walden – Novembre 1913

«Le cheval porte son cavalier avec vigueur et rapiditĂ©. Mais c’est le cavalier qui conduit le cheval. Le talent conduit l’artiste Ă  de hauts sommets avec vigueur et rapiditĂ©. Mais c’est l’artiste qui maĂ®trise son talent.»
[Vassili Kandinsky]

«La peinture est un art et l’art dans son ensemble n’est pas une vaine création d’objets qui se perdent dans le vide, mais une puissance qui a un but et doit servir à l’évolution et à l’affinement de l’âme humaine.»
[Vassili Kandinsky]

«Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.»
[Vassili Kandinsky]

Liens divers

>> Galerie pédagogique sur le site du centre Pompidou
>> Histoire complète et biographie de Kandinsky sur le site du centre Pompidou

commentaires : 3Commentaire

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3 réponses


  1. Très très bon article que celui-ci.
    RĂ©sumer Kandinsky n’est pas une chose facile tant son Ĺ“uvre est complète et inĂ©dite pour l’Ă©poque.
    J’ai lu « du spirituel dans l’art… » et j’ai Ă©tĂ© conquis par sa dĂ©marche et sa vision. Bien qu’ayant une rĂ©elle technique, exploitĂ©e dans le dĂ©but de sa carrière (blaue reiter), il s’est vite rendu compte qu la technique pour la technique ne suffisait pas. elle peut au mieux instituer un mouvement pictural (impressionnisme, pointillisme…), mais ne reste qu’une technique, au mĂŞme titre que la peinture en gĂ©nĂ©ral.
    Ce que je veux dire c’est qu’il ne peut y avoir du sens que si l’on oublie la technique. Le sens qu’il dĂ©gageait/ressentait de ses crĂ©ations ont eut la chance d’avoir une justification par des livres. trop avant-gardiste, il a du se justifiĂ©. et c’est un hĂ©ritage formidable que de pouvoir analyser la « pensĂ©e Kandinskienne » de l’art.

    Lorsqu’il parle de sons qui peuvent procurer des Ă©motions, de mĂŞme que les couleurs, formes etc… c’est, je pense, quelque chose que l’on ne pourra expliquer. Trop multiple, l’ĂŞtre humain ressent diffĂ©remment chaque stimuli, en fonction de son vĂ©cu, de son expĂ©rience… et des visionnaires tels que Mozart, Bach et bien d’autres sont de bons exemples. Et je me demande maintenant Ă  quand un nouvel art majeur, rĂ©unissant image, son, et Ă©motion ?
    Peut-ĂŞtre n’auront nous plus dans un futur (proche ?) que des collectifs multidisciplinaires d’artistes, nous proposant une expĂ©rience complète ?

  2. Que dire après cette analyse fouillĂ©e et très interessante? Je regrette simplement de ne pas l’avoir lue avant d’aller Ă  l’exposition que j’ai trouvĂ©e passionnante et que je vous encourage vivement Ă  dĂ©couvrir Ă  votre tour.

  3. Merci! rĂ©sumer Kandinsky en quelques lignes s’avère ĂŞtre un exercice assez difficile. Je vous recommande en tout cas Ă  tous la lecture de ce qui pour moi est un monument de la thĂ©orisation de l’art : « du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier ». VĂ©ritablement une grande avancĂ©e pour l’art et pour l’Homme Ă  mon sens. Je vous recommande Ă©galement vivement l’exposition au centre Pompidou, très bien rĂ©alisĂ©e comme souvent dans ce lieu très actif !

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