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L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes.   {Friedrich Hegel}

Dimanche 1 novembre 2009{par Vincent}

Né dans la rue – Graffiti | Doit-on craindre ou encourager la muséification du hip-hop ?

Du 7 juillet au 7 janvier 2010, la fondation Cartier propose une exposition sur l’aspect graphique de la mouvance Hip-hop par l’exposition « Né dans la rue ». Murs d’expression, vidéos, affiches, les supports ne manquent pas et la démarche s’enracine dans l’air du temps. Après « TAG » au grand palais, le projet « 28 mm » de J.R pour la nuit blanche, « 400 ml » à la maison des métallos, « Art urbain » au pavillon carré de Baudouin l’art de la rue s’ouvre à la culture grand public et envahit les musées et autres lieux d’exposition contemporains. Faut-il y voir par là un danger, un non-sens ou une consécration ?

En entrant dans la fondation, disons le tout de suite, l’atmosphère ne respire pas l’art de rue, et ce pour une raison toute simple : Mur blanc, sol aseptisé, hôtesses en tailleur, logistique dernier cri et minimalisme dans la présentation. Le décalage, s’il n’est pas inintéressant est tout de même assez dérangeant. On sent bien que la structure dessinée par Jean Nouvel est un écrin qui ne sacrifierait pour rien au monde sa neutralité et son détachement. Il accueille une culture de la rue, par définition brute, rugueuse, explosive et subversive, qui se réapproprie, réinterprête, questionne les supports qu’elle anime. Ici, les supports sont circonscrits, le débordement maitrisé, la fougue et l’énergie contenues. Pourtant, on sent l’intention d’inscrire l’exposition dans la réalité du mouvement, mais le rez-de chaussé est décevant. Les créations urbaines sont déracinées de leur origine et partant, de leur sens profond. La fondation a pourtant permis aux graffeurs et autres tagueurs de venir s’exprimer à divers endroits (murs extérieurs, murs de la fondation elle-même, couloirs des toilettes au sous-sol) et l’intention était bonne. Mais pour ma part, j’ai eu le sentiment que les commissaires et le scénographe ne s’engageaient pas réellement et gardaient une certaine retenue par rapport à leur démarche. Dommage ! Mais dès lors se pose une vraie question : comment rendre compte dans un musée ou une exposition d’un travail artistique dont l’interaction avec le contexte est originellement primordiale et totalement libérée de toutes contraintes limitatives ?

Difficile de répondre de but en blanc. D’autant qu’il faudrait scruter par là le rôle des expositions et se demander comment et pourquoi une œuvre d’art peut être coupée de l’enveloppe originelle qui l’accueille et être transposée dans une nouvelle, qui échappe au contrôle de l’auteur.
Se pose en fait la question du contexte de l’œuvre d’art, qu’il soit relatif aux sens (optique, acoustique, olfactif, gustatif – ce qui est quand même un peu plus rare ! -, haptique – relatif au toucher -) historique ainsi que de l’intention originelle de l’artiste. Je vous invite d’ailleurs à vous exprimer sur ce sujet.


6 murs immenses trônent au milieu de la salle principale, fixant de grandes fresques : Vitché, JonOne et d’autres grands noms du mouvement…
Dehors, on retrouve deux immenses œuvres de Shepard Fairey (Obey Giant) et YZ. Saluons quand même l’ouverture d’esprit de la fondation, qui a permis à l’un des artistes de casser la cimaise qui accueille son œuvre à coup de masse. La fondation a donné à cet art de la rue l’autorisation de venir empiéter sur le sérieux et la rigueur habituelle des musées contemporains sans, je le répète, aller au bout de sa démarche.

En bas, on retrouve une explication sur les origines de l’art de la rue avec des affiches, des vidéos et un grand nombre d’autres supports.
Né dans l’illégalité, d’abord sur les trains de banlieues New-Yorkais puis sur les murs dans les années 70, ce mouvement de contestation passive s’est ensuite développé et s’est répandu comme une trainée de poudre à l’ensemble du globe. Il est indispensable pour bien comprendre l’expression graphique, de la relier à la mouvance hip-hop, mouvance née elle-aussi à New-york, mais dont les expressions artistiques que sont le rap, le break et le graff s’ancrent dans une tradition beaucoup plus ancienne noire-américaine, à l’époque où les esclaves travaillaient dans les champs de coton. Pour approfondir l’étude de cette mouvance, je vous recommande un livre : Tribus musicales, spiritualité et fait religieux de Jean-Louis Bischoff.
L’historique présenté par la fondation est fouillé, précis, et agréablement agencé. Une partie est consacrée à Keith Harring et Jean-Michel Basquiat, artistes extrêmement célèbres et qui ont grandement contribué au développement d’une « expression de rue » et à sa reconnaissance en mouvance artistique à part entière.

Au final, le parcours retracé mérite le coup d’œil mais pose de vraies questions quant à la muséification de l’art de rue, par définition aux antipodes d’une mise en scène dans un tel lieu d’exposition. Quel statut guette le graff et la mouvance hip-hop en général ? Une hyper-exposition dans les lieux de culture contemporaine va-t-elle le décharger de son sens originel ou permettre d’accroitre sa force d’imposition ? S’il est évident que la mouvance est insaisissable, n’y a-t-il pas un risque qu’elle se scinde en deux : l’une sauvage, énergique, insubordonnée, subversive et utopique, l’autre, disciplinée, politiquement correcte, angluée dans la réalité et singeant simplement l’aspect originel en le déchargeant de tout ce qui le constitue symboliquement, historiquement et existentiellement. Une réappropriation par la société de consommation et le marketing, la transformant en une simple mode de passage.

Né dans la rue, Graffiti, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 boulevard Raspail, 75014 Paris, 01-42-18-56-50
Tous les jours sauf lundi, 11h-20h

Tarifs: 6,50 € / 4,50 €
exposition prolongée jusqu’au 11 janvier

commentaires : 7Commentaire

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7 réponses


  1. Effectivement on assiste à une espèce de prise de conscience massive du tag/graff comme une vraie culture.
    Pourquoi pas ? Je veux dire par là que tous les mouvements « underground » ont un jour été plus ou moins exposés aux yeux du monde, et que cela leur a aussi permis d’accéder à une autre forme de notoriété et de compréhension, ce qui n’est pas forcément mauvais.

    Je pense que ce genre d’exposition est en fait complètement dans l’air du temps, à l’heure ou l’on parle « d’identité nationale ». On commence enfin à voir que la « rue » existe, porte des valeurs et sait s’exprimer, inventer, subvertir.
    C’est normal aussi que le personnel de la fondation Cartier (ou autre) soit déstabilisé, ce n’est pas « leur monde », mais c’est un monde que nous devons tous prendre le temps de connaître car il prendra de plus en plus de place je pense. L’affichage sauvage et la réappropriation de nos lieux de vie sont en plein essor, et on ne compte plus le nombre de performances, happening ou autre qui se déroule en plein air, dans la rue.

    c’est une volonté forte d’exister et cette existence doit elle aussi être prise en compte et acceptée.

  2. J’ai vu cette expo, et je me suis posée la même question que toi. En tous cas je ne me suis pas sentie immergée dans une atmosphère particulière, j’ai trouvé ça plutôt froid même.

  3. Oui Laura, j’ai eu vraiment le sentiment d’une certaine froideur dans l’atmosphère présente dans l’exposition aussi. Je pense que cela tient au lieu et au côté très design minimaliste épuré… Mais j’aurais trouvé ça véritablement intéressant que le lieu aille jusqu’à se métamorphoser pour installer une ambiance proche de celle de la rue… En terme de son, en terme de graphisme et de présentation aussi. Ça servirait selon moi le propos, qui est malgré tout instructif et bien conçu, mais la part d’émotion, de ressenti a, elle, été mise un peu de côté…

    En tout cas, ça me fait très plaisir de te retrouver sur xulux. N’hésite pas à parler de ce blog autour de toi car nous souhaitons confronter et partager nos points de vue avec un maximum de lecteurs. A bientôt j’espère !

  4. Ah oui Emeric, je suis tout à fait d’accord avec le fait que l’art de rue devient de plus en plus présent et qu’on ne peut que s’en féliciter… La rue, comme le dit JLB, étymologiquement vient du latin ruga, la ride, un visage de nos sociétés qui dérange et qu’on veut cacher à tout prix. Sauf que la rue maintenant se fait de plus en plus présente et prend la parole dans des lieux ou elle n’avait pas sa place avant. Cela ne remet pas en cause son sens profond ni ses origines. Je dis juste qu’il faut faire attention de ne pas décharger la mouvance de son sens, de ses racines, et partant de tout ce qu’elle représente véritablement. C’est, encore une fois, les actes, la manière dont sont envisagées les choses et les intentions qui éclairent le propos.

  5. [...] Né dans la rue – Graffiti | Doit-on craindre ou encourager la muséification du hip-hop ? [...]

  6. Très beau blog mais rien depuis 2009
    pourquoi ?

    C’est dommage

  7. Si vous retournez sur la home page, ou allez voir dans les archives, vous vous apercevrez que ce blog n’est pas mort mais bien vivant et plus que jamais actif !

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