Cinéma

Unthinkable : l’héritage de Milgram dans un conflit moderne

Écrit par Emeric

Le terrorisme est une menace constante pour beaucoup de pays industrialisés. Certaines puissances représentent de meilleurs cibles, et peuvent parfois céder à la paranoïa. Le sujet d’une attaque intérieure préoccupe les Etats-Unis depuis longtemps maintenant, mais il a atteint son paroxysme le 11 Septembre 2001.
Pas besoin de rappeler les faits, je pense que chaque personne au monde se souviendra de ce jour, véritable tournant de l’Histoire moderne.

Unthinkable (No limit en français) propose un scénario similaire : un terroriste a caché 3 bombes nucléaires sur le sol américain. Elles exploseront toutes si ses conditions ne sont pas respectées. De ce point, part une histoire bipolaire : jusqu’où les terroristes sont-ils prêts à aller, mais également de quels moyens « efficaces » disposons nous pour contrer ce genre d’attaque.
La question que pose ce film est double : « la fin justifie-t-elle les moyens ? » et en parallèle, « est-on prêt à mettre en péril sa propre humanité pour assurer des bien plus nobles ? ».

Ces questions me rappellent un autre excellent film sortit en 2008 : Watchmen – les gardiens. Sans trop en dire, le déroulement est long, lent, chaque personnage est fouillé, décortiqué, passé sous tous les angles, mais au final la grande question de ce film est bien « la fin justifie-t-elle les moyens ? ». Dans son sens le plus absolu. Watchmen est brillant, et il est emmené par l’excellemment brillant Zack Snyder.

Certes, « Unthinkable » ne peut pas prétendre arriver à la cheville de ce chef d’œuvre, mais il a la particularité d’emmener le spectateur avec le personnage principal, de plus dans un conflit et une problématique bien réelle et actuelle. Alors certes on peut reprocher la « piètre » performance de Micheal Sheen, pas vraiment crédible en tant que terroriste mais cela est peut être dû (comme souvent) à un mauvais doublage.

Le film n’en reste pas moins haletant, plein d’humanité et d’inhumanité à la fois. Il pose des questions sur le film lui-même, mais également sur notre être profond. En effet, le personnage incarné par Samuel L. Jackson se pose d’emblée comme le « maître de cérémonie », celui en qui toute confiance réside, qui n’a pas le droit à l’erreur… mais qui dispose également de TOUS les moyens nécessaires pour arriver à son but. Son travail est d’utiliser la torture pour faire révéler au terroriste l’emplacement des bombes. Maintenant il reste à savoir s’il peut mettre tout le monde de son côté et si sa confiance est méritée ou non.

Clairement réticente, le personnage joué par Carrie-Anne Moss représente un pont vers notre propre personne. Il est une sorte de « conscience » de l’Humanité.
La mission  de l’interrogateur est comparable à l’expérience de Milgram : Il va progressivement inviter les personnages à dépasser leurs bornes, et renoncer progressivement à leur humanité. Il se révèle comme un manipulateur très doué, faisant grandir le doute de de l’archétype de « l’Humanité ».

A partir du moment où l’humanité doute, se déplace du côté obscur, pour lui le pari est gagné. C’est d’ailleurs le même principe que pour l’expérience de Milgram : une fois que l’on a appuyé sur le bouton, on ne peut que continuer l’expérience. Nous n’y prenons pas de plaisir, c’est même une lutte intérieure qui se déroule, mais l’expérience continue néanmoins. Cependant dans le film, les « décharges électriques » sont bien réelles.

Je vous invite fortement à regarder ce film contemporain et engagé. Il entre parfaitement en écho par rapport aux récentes affaires de tortures perpétrées par l’armée américaine en Irak. C’est en cela que le film est puissant : En Irak on faisait fi de « la loi », mais que peut-on penser de tortures perpétrées à un citoyen Américain perpétrées sur le sol Américain ?

Et vous, seriez-vous également prêt à laisser de côté votre humanité ? Laisseriez-vous le maître de cérémonie vous dicter vos actes et vos paroles ?

À propos de l'auteur

Emeric

Laissez un commentaire