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"Après vous" : cette formule de politesse devrait être la plus belle définition de notre civilisation.    {Emmanuel Levinas}

Dimanche 29 mars 2009{par Sonia & Vincent}

Slumdog millionnaire : qui veut gagner des millions ?

Écrire une critique sur un film qui vient de remporter 4 golden globes et 8 oscars, dont celui du meilleur film rend la tache difficile. De nombreux blogs commentent 2 points de vue : j’aime ou je n’aime pas. Avec 8 oscars la nuance dans la critique se fait plus rare. Slumdog Millionaire est l’adaptation britannique d’un roman indien de Vikas Swarup : « Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire ».

Le rĂ©sumĂ© du film semblait donner de grandes indications sur le scĂ©nario, Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l’Ă©mission Qui veut gagner des millions ? Il n’est plus qu’Ă  une question de la victoire lorsque la police l’arrĂȘte sur un soupçon de tricherie.
SommĂ© de justifier ses bonnes rĂ©ponses, Jamal explique d’oĂč lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et mĂȘme celle de cette fille dont il est tombĂ© amoureux et qu’il a perdue. Mais comment un jeune de la rue, sans parents ni Ă©ducation, est capable de rĂ©pondre Ă  des questions aussi difficiles ?

La question posĂ©e donnait plein d’espoir sur ce film, et l’attente se faisait dĂ©sireuse de «dit moi ce que tu as vĂ©cu et je te dirai ce que tu connais ?» ou comment notre parcours va influencer ce que l’on devient, et l’hĂ©ritage culturel qu’on a pu en tirer.

Malheureusement en dĂ©calage avec nos attentes. Le fait d’esthĂ©tiser la pauvretĂ©, donne une vision superficielle et artificielle et nous renvoi au principe d’émission tĂ©lĂ©visĂ© (volontaire, involontaire, ou seulement mercantile ?). La pauvretĂ©, la mort, se veulent belles par l’utilisation de couleurs accentuĂ©es, un montage au rythme effrĂ©nĂ©, une bande son oppressante et omniprĂ©sente. Loin du film documentaire, les acteurs sont choisis comme dans une publicitĂ© pour lessive, le but n’Ă©tant pas de prĂ©senter la rĂ©alitĂ© du bidonville mais une simple vision touristique de l’inde d’une fenĂȘtre de son hĂŽtel 4 Ă©toiles.

Avant de passer pour les grands super intello, aux grandes lunettes abonnĂ©es Ă  TĂ©lĂ©rama ou au Inrocks (voir l’article trĂšs critiquĂ© de Vincent Ostria blog les inrocks : « l’arnaque de slumdog millionnaire ? » et aussi l’article « je n’aime pas slumdog » paru dans courrier international, de Arundhati Roy, essayiste et militante elle Ɠuvre pour les droits des plus dĂ©favorisĂ©s).

La critique se fait par rapport aux nombres importants de prix reçu, pour un film qui Ă  notre avis est bien… mais pas top. Une expĂ©rience intĂ©ressante sur le parcours de vie du jeune homme, une belle histoire d’amour qui fait d’avantage penser Ă  un conte idĂ©aliste Ă  la morale absurde (contradiction entre les valeurs proposĂ©es et la fin du film).

En comparaison avec les meilleurs films oscarisés des années précédentes, un sentiment de légÚreté prend le dessus. Pour ne citer que :

No country for old man

Concernant l’oscar de la photographie nous pouvons faire un parallĂšle avec « la citĂ© de dieu » qui nous semble proche sur le traitĂ© et sur le thĂšme abordĂ©. Dans slumdog, la misĂšre et la laideur sont enveloppĂ©es dans un dĂ©guisement rutilant et aseptisĂ© ; dans la citĂ© de dieu, un voile esthĂ©tise mais conserve la rĂ©alitĂ©.

D’ailleurs le travail photographique de Slumdog nous fait aussi Ă©trangement penser Ă  celui d’Anthony Kurz, qui a rĂ©cemment fait un reportage sur la misĂšre en Inde en utilisant un traitĂ© trĂšs saturĂ© et contrastĂ©…

?
La question qu’on pourrait se poser, c’est pourquoi le film fait l’objet de toutes les critiques en Inde? Raisons historiques coloniales Danny Boyle Ă©tant britannique? quelle morale faut il retirer de ce film? Pourquoi a-t-il eu 8 oscars?

commentaires : 8Commentaire

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8 réponses


  1. Tout Ă  fait d’accord avec votre point de vue. Pour reprendre la comparaison avec La citĂ© de dieu (et La citĂ© des Hommes), on assiste ici Ă  un complet retour au pure cinĂ©ma Hollywoodien, mais pouvait-on attendre autre chose de la part de Boyle qui, ne l’oublions pas, depuis Trainspotting, s’est converti au spectaculaire rentable.Le scĂ©nario n’Ă©tant pas exceptionnel en soi (du spectacle Bollywoodien au spectacle hollywoodien il n’y a qu’un pas, alors du rĂȘve amĂ©ricain au rĂȘve indien…). La morale Ă©tant quelque peu rĂ©duite ("c’Ă©tait Ă©crit"), ne reste plus que l’esthĂ©tique. Or, et c’est justement lĂ  que la critique doit, je pense, se porter, c’est beau. Pas Beau dans le sens philosophique, non, beau dans le sens spectaculaire. C’est esthĂ©tisant, c’est "post-productionnĂ©", ça transpire d’effets de lumiĂšre, ça dĂ©gouline de mouvements de camĂ©ra, ça suppure d’effet de montage. Non, comme vous le dites trĂšs bien, Slumdog est une esthĂ©tisation hollywoodienne de plus de la misĂšre du monde. Larmoyant quand il le faut mais toujours avec le casting et les dĂ©cors adĂ©quates, stylisĂ© Ă  souhait tel une belle publicitĂ© de parrainage pour bourgeois en mal de charitĂ©.Plus qu’une poursuite du cinĂ©ma hollywoodien, ces multiples oscars sont lĂ  pour encourager "le rĂȘve indien". Celui-lĂ  mĂȘme que les films des annĂ©es 50 promouvaient Ă  la vieille Europe pas encore convertie Ă  l’idĂ©ologie amĂ©ricaine faite de gloire, de richesse et d’opulence. Ces valeurs Ă©goĂŻstes toujours compensĂ©s par une giclĂ©e de pseudo-romantisme faussement affectif. En temps de crise, le cinĂ©ma industriel est toujours lĂ  pour remettre la population dans le chemin de la servitude volontaire divertissante. Heureusement, en France, il n’y pas que des multiplex vendus Ă  la solde des grands studios de productions, il existe encore de petites salles, anonymes, souvent recluses, flanquĂ©es d’une pancarte "Art et Essai" comme pour les musĂ©ĂŻfier. Ces petites salles qui continuent, malgrĂ© l’Ă©poque, malgrĂ© les modes, malgrĂ© les box-offices, Ă  projeter du cinĂ©ma, celui respecte et honore son appellation de 7Ăšme art, celui qui n’usurpe pas sa fonction : questionner, analyser et ĂȘtre un tĂ©moin de son Ă©poque.Les CĂ©sars, malgrĂ© les controverses, tentent de garder cet esprit artistique pour ne pas succomber aux chantres de l’industrie, mais pour combien de temps encore ?

  2. J’ai vu ce film rĂ©cemment, et c’est vrai que je m’attendais Ă  mieux.
    J’avais vu les prĂ©cĂ©dents Oscars, tels que Million dollar baby, la citĂ© de Dieu, Collision, ou le trĂšs cĂ©lĂšbre Forrest Gump. c’est vrai qu’Ă  chaque fois j’avais ressenti quelque chose.
    Quelle magnifique tranche de vie que celle de Forrest, quel portrait de la misĂšre et de la grandeur cachĂ©e des favellas de la citĂ© de Dieu, quels moments envoutant et haletant dans Collision, et que dire du scĂ©nario et de la maĂźtrise de Eastwood dans Million dollar baby…

    Pour tous ces films j’ai Ă©tĂ© remuĂ©, questionnĂ©, interpellĂ©, Ă  la fois par l’histoire, et sur moi-mĂȘme. Mais lĂ … Ce Slumdog Millionaire est Ă  mon goĂ»t dĂ©cevant. Il ne tient pas les promesse des oscarisĂ©s prĂ©cĂ©dents, ce n’est pas Ă  mon goĂ»t la mĂȘme continuitĂ©.
    L’un des seuls point TRÈS positif est l’esthĂ©tique de ce film, les cadrages sont bons et la photo est vraiment trĂšs bien gĂ©rĂ©e. Mis Ă  part ce point, meilleur film, meilleur rĂ©alisateur, meilleure adaptation, meilleure musique, meilleure chanson originale, meilleur
    montage sonore, meilleur montag… Pourquoi pas, mais je pense que dans les autres nommĂ©s (ou nominĂ©s) il y avait quand mĂȘme du haut niveau…

    Je pense que d’autres films auraient mĂ©ritĂ© certains de ces oscars. Enfin c’est vrai que depuis quelques temps dĂ©jĂ  je trouve que tous ces prix, oscars, cĂ©sars, etc sont quand mĂȘme bien "politisĂ©s". En tout cas cela ressemble bien Ă  un prix pour rĂ©compenser l’Inde et ses efforts dans tous les domaines, la culture Indienne, etc.
    Reste Ă  voir; on nous disait "le jour oĂč la Chine s’Ă©veillera, le monde tremblera". Qu’en est-il de l’Inde ?

  3. C’est vrai qu’il est un peu en rupture  avec les prĂ©cedents oscarisĂ©s, peut-ĂȘtre  n’aurait-il pas dĂ» se trouver lĂ , mais pour moi la lĂ©gĂšretĂ© du film est justement son point fort, elle nous permet de rompre avec la dure rĂ©alitĂ© des bidonvilles et de la pauvretĂ©. La tendance esthĂ©tisante et le rythme dĂ©chaĂźnĂ© accentuĂ© par la musique nous permet lĂ  aussi de nous dĂ©tacher du sĂ©rieux de la situation, rythme qui me fait penser Ă  ceux des films d’Emir Kusturica, qui ne sont certes pas les plus extraordinaires, mais apprĂ©ciables pour leur fraĂźcheur.
    MĂȘme si ce ne sont pas les plus marquants, je pense que les films spectaculaires, quand bien mĂȘme ils le sont, sont aussi du cinĂ©ma. Peut ĂȘtre pas du grand CinĂ©ma (artistiquement/philosophiquement parlant). 

  4. Je suis d’accord sur le fait que le film est lĂ©ger justement. Et c’est dans ce sens que nous avons Ă©crit le billet. MĂ©rite-t-il rĂ©ellement ses 8 oscars ?… 8 oscars, cela veut dire que si l’on juge d’aprĂšs cette rĂ©compense (ce qui est Ă©videment un peu court pour juger d’un film mais quand mĂȘme, les oscars comme le prix Goncourt en littĂ©rature, sont censĂ©s fixer un certain indice de qualitĂ©…), il est le 5Ăšme film le plus primĂ© de l’histoire du cinĂ©ma… VoilĂ  de quoi mettre un petit peu en perspective le billet. Ce n’est pas la lĂ©gĂšretĂ© du film que nous blĂąmons mais bien la surenchĂšre esthĂ©tisante et le sens tout de mĂȘme un petit peu simpliste du film. Alors certes, Ă  la base il s’agit d’un conte, le titre en atteste (Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire – de Vikas Swarup). Certes, l’esthĂ©tique n’est pas inintĂ©ressante (encore qu’on soit quand mĂȘme un brin dans l’excĂšs Ă  mon goĂ»t…) mais que dire de 8 oscars quand on connaĂźt les challengers qu’Ă©taient Benjamin Button & Harvey Milk… 

  5. je suis sans doute un mauvais critique mais j’ai souvent raison et je suis cohĂ©rent. Je n’ai aimĂ© aucun film de Danny Boyle et je traitais dĂ©jĂ  son premier film, « Petits meurtres entre amis » de film de dĂ©corateur (dans Les Cahiers du cinĂ©ma). Pourquoi s’acharner Ă  parler de ce navet anglo-saxon qui n’a RIEN compris Ă  l’Inde, alors qu’il y a des tonnes de chefs d’Ɠuvre indiens qui restent inĂ©dits ou n’ont aucun spectateurs. Je mets au dĂ©fi ceux qui critiquent ma critique aille voir un seul film de Ritwik Ghatak – ou mĂȘme le sublime film sri-lankais sorti cette annĂ©e : « Gamperaliya, Changement au village », de Lester James Peries. Les gros sabots dickensiens de Danny Boyle, le beauf du cinĂ©ma Ă©cossais, font un bruit assourdissant.

  6. Désolé je me suis mal relu. Mais évidemment je ne retire rien.

  7. Je prĂ©cise juste que le Vincent co-auteur de ce billet n’est pas Vincent Ostria. Nous avons lu votre article et l’avons trouvĂ© fort intĂ©ressant. De lĂ  a nous accuser de vous reprendre mot pour mot… et mĂȘme de conclure par « je me suis mal relu », comme si notre billet constituait un simple copiĂ©/collĂ© de votre point de vue, il y a quand mĂȘme un grand pas… Et ce n’est pas ce que nous avons fait ici. Vous n’avez pas le monopole de cette critique, et mĂȘme si nous ne prĂ©tendons pas connaĂźtre le cinĂ©ma sur le bout des ongles, ni mĂȘme les conditions de vie en Inde, nous avons notre avis. Ce n’est pas parce que nous vous citons, et que nous sommes (Ă©tions…) Ă©tudiants que nous plagions des billets pour faire de l’audience sur notre blog. C’est un tout petit peu rĂ©ducteur, et mĂȘme si ce que vous avez pensĂ© du film est proche de ce que nous en avons nous-mĂȘme pensĂ©, je trouve dommage que vous ayez pris ce ton. Mais peut-ĂȘtre Ă©tait-il hostile parce que vous pensiez que nous critiquions votre maniĂšre de voir les choses ? Ce n’est pas le cas rassurez vous ! Par contre, Ă  l’avenir si vous revenez sur xulux (ce que je souhaite vĂ©ritablement) pas la peine de hausser le ton. Nous partageons points de vue et idĂ©es en essayant, autant que faire se peut, de ne pas agresser l’autre et de respecter sa vision et son ressenti.

  8. Inde : un vrai « Slumdog Millionnaire » a fait mieux que dans le film : http://www.rtbf.be/info/societe/detail_inde-un-vrai-slumdog-millionnaire-a-fait-mieux-que-dans-le-film?id=7001573

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