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"Après vous" : cette formule de politesse devrait être la plus belle définition de notre civilisation.    {Emmanuel Levinas}

Mardi 1 juin 2010{par Sonia}

Louise BOURGEOIS : l’araignée, la maîtresse, la mandarine

Louise Bourgeois, spider, 1997

Louise Bourgeois - spider, 1997

Au MK2 Beaubourg et au Reflet Médicis est projeté un beau documentaire film-portrait sur Louise Bourgeois, Louise Bourgeois : l’araignée, la maîtresse, la mandarine, de la critique d’art américaine Amei Wallach et de la réalisatrice Marion Cajori.

D’apparence modeste le documentaire est centré sur cette femme de poigne, filmée dans l’intimité silencieuse de son atelier. Mêlant films d’archives et interviews dans un décor chaleureux à son domicile et à la fois angoissant par ses créations dans son atelier. Louise Bourgeois magnétise la caméra par l’intensité de son franc parler et se livre avec franchise, sans jamais trop en dire. Un juste milieu qui permet de cerner et de dessiner un parcours, celui d’une enfant née à la veille de la première Guerre Mondiale et déchirée à jamais par un père revenu transformé du front. Père qui prendra sa gouvernante installée à domicile pour maîtresse.

Louise Bourgeois - Red Room (parents), 1994

Louise Bourgeois - Red Room (parents), 1994

Née en France en 1911 et arrivée à New York en 1938, où elle a suivi son mari, l’historien de l’art américain Robert Goldwater, elle fréquentera les surréalistes en exil. Traversant le Surréalisme, l’Expressionnisme abstrait, le Minimalisme. Sa reconnaissance sera tardive, à l’âge de 60 ans, bien qu’aujourd’hui elle soit devenue l’une des artistes majeures de la seconde moitié du 20e siècle et du début du 21e siècle avec comme figure emblématique l’araignée. Les araignées géantes, ces sculptures métalliques noires monumentales, qu’elle réalise depuis le début des années 1990 que l’on peut retrouver aux quatre coins du monde, de Tokyo à Londres en passant par Paris, Bilbao, New-York…

Louise Bourgeois, Maman, 1999, aux Tuileries

Louise Bourgeois - Maman, 1999, aux Tuileries

Le langage personnel et autobiographique de Louise Bourgeois rejoint les pratiques les plus contemporaines, et exerce son influence sur de nombreux artistes. Son acte créateur est très proche de la psychanalyse, comme le montrent ses travaux qui renvoient en général à la famille, aux relations mère-enfant, père-enfant, et a des scènes à forte charge érotique. Avec ses araignées géantes, l’œuvre d’art a son rôle premier de rejouer les peurs (enfantines et inconscientes) pour les exorciser et transformer l’angoisse en plaisir. Elle associe aussi son propre travail à une toile d’émotions et de souvenirs qu’elle tisse et détisse et retisse. Ou comme elle le dira dans le titre d’une de ses œuvres de 1999-2000 : I do, I undo, I redo, Je fais, je défais, je refais. Qui sera la trame narrative et le découpage du film. I do, I undo, I redo, parcours chronologique pour découvrir des œuvres majeures de l’artiste.

Louise Bourgeois - I do, I undo, I redo, 1999-2000

Louise Bourgeois - I do, I undo, I redo, 1999-2000

Le procédé essentiel à son travail, est l’enchaînement, l’articulation de différents éléments entre eux se nouant, comme les parties d’une longue phrase visuelle, pour produire un sens nouveau et inattendu. L’assemblage, l’assemblage d’éléments hétéroclites et hétérogènes. Comme le disait Freud en parlant de l’inconscient, « il excelle à rassembler pêle-mêle des éléments hétéroclites ». Non comme les surréalistes, ce procédé ne vise pas à l’étonnement, ou la surprise du spectateur, il est au service de l’inconscient de l’artiste qui met en forme ses peurs et ses affects les plus anciens et les plus refoulés. Comme c’est écrit dans la partie supérieure de Precious liquids et je pense que Freud ne l’aurait pas contredit : « l’art est une garantie de santé mentale ».

Louise Bourgeois - Precious Liquids, 1992

Louise Bourgeois - Precious Liquids, 1992

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2 réponses


  1. J’avais déjà vu un reportage sur cette artiste il y a quelques années et déjà à l’époque j’avais été marquée par son travail très pénétrant, dérangeant, sensible. Je reste troublée par le caractère abrasif de Louise Bourgeois mais plus encore par la dialectique qu’elle entretien avec les affects. Elle dégage autour d’elle une telle force ; une énergie directement issue d’une impulsion intérieure destructrice qui se libère en un geste créatif. Ce mouvement est perpétuel. Ainsi ses créations sont d’une véracité troublante et la limite entre l’art et elle trop mince pour être visible « La sculpture est le corps, mon corps est ma sculpture ». Comment rester insensible à ce tourment créateur…

  2. Très beau film que celui-ci qui nous plonge dans l’œuvre tumultueuse de Louise Bourgeois. Ce qui me marque et me pose question, c’est à quel point les artistes qui ont un discours incisif, un univers hypnotique, une véritable énergie créatrice et ravageuse sont souvent tourmentés et habités d’un profond mal-être. L’élan destructeur est indéniablement fécond et créateur. Nous le voyons avec Louise Bourgeois ici, mais le retrouvons aussi avec de artistes tels que Baudelaire, Van Gogh, Beethoven, H.R Giger ou encore Giacometti pour n’en citer que quelques uns…

    Difficile de ne pas se faire aspirer quand on se retrouve face à une telle intensité dans le propos et la forme qui lui sert d’écrin. Je vous invite à vous intéresser de près à Dionysos, qui par sa profonde ambivalence éclaire la dialectique destruction/(re)-création et permet d’approfondir son interprétation. Merci pour ce beau papier, qui rend hommage à l’œuvre exceptionnelle (que l’on aime ou que l’on n’aime pas…) de Louise Bourgeois.

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