Cinéma Pensée & société

l’espoir mondial 2010 ?

Écrit par Sonia

Bonjour et bienvenue en Afrique du Sud pour la Coupe du Monde 2010 de football ! Un endroit remarquable, un endroit fait de contrastes d’extrêmes inégalités, un endroit où la Coupe du monde privatise les profits en faisant peser les coûts sur la société. La FIFA, quel que soit le coût social, veut faire en sorte que le spectacle et les bénéfices soient une réussite. Le capitalisme n’atténue pas l’héritage douloureux de l’apartheid : racisme, pauvreté et inégalités.

On camoufle tous les conflits à grand coup de panneau publicitaire pour présenter aux yeux du monde l’image d’une nation unie et pour renforcer le prestige et la crédibilité de ses leaders politiques. L’organisation de la Coupe du monde n’a pourtant que très peu amélioré le niveau de vie de la plupart des citoyens et particulièrement des plus pauvres. Incapables de pouvoir se payer un billet pour le Mondial, ils vont être réduits à suivre la compétition parqués dans des « fans parks » approuvés par la FIFA et étroitement surveillés par la police. Il y a aussi les expulsions de milliers de gens qui ont été chassés de leurs foyers vers des bidonvilles, pour faire place aux nouveaux stades et ainsi épargner aux touristes le triste spectacle de la réalité.

Photographies réalisées par Pamela Beukes, secrétaire de la Campagne antiexpulsions de l’ouest du Cap

En déclarant que la Coupe du Monde était un « événement protégé« , le gouvernement, en accord avec les demandes de la FIFA, a adopté des lois qui « énoncent les lieux où les gens peuvent rouler en voiture et se garer, où ils peuvent vendre ou ne pas vendre, et où ils peuvent promener leurs chiens. » Expulsions, Répressions, surveillances… rappellent aux gens le temps de l’Apartheid.

Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche, et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que je veux accomplir. Mais si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. 1962, Nelson Mandela

On pouvait pourtant se laisser rêver à un « Invictus », une recherche de symbole et de solution susceptible d’unifier une nation. Pour ceux qui ont eu le plaisir de le voir, le film « Invictus » de Clint Eastwood raconte comment Nelson Mandela se sert du sport pour tenter d’unifier son pays lors de la Coupe du Monde de Rugby en Afrique du Sud en 1995. Nelson Mandela, alors fraîchement élu à la présidence de la république après avoir été incarcéré 27 ans, veut éviter la guerre civile dans un pays post-apartheid demeurant profondément divisé. Conscient des inégalités économiques et des fêlures raciales, il va essayer d’unifier son pays avec l’aide du capitaine des Springboks.

l’espoir mondial 2010 ? - invictus

Tâche difficile quand on sait que le rugby était presque exclusivement pratiqué par des blancs et que le maillot de l’équipe nationale, représentait jusque-là l’incarnation du régime de l’apartheid.

Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme Extrait de « Invictus », poème de l’écrivain William Ernest Henley de 1875.

Clint Eastwood dès le premier plan installe les fissures ethniques du pays. Il montre un contraste d’inégalité entre les enfants noirs des bidonvilles et les Afrikaners dans leurs beaux uniformes. Dans un déséquilibre qui appelle à la haine, il  bâtit son histoire, ses personnages puis joue avec les clichés pour mieux les détourner. Le mérite en revient au jeu d’acteur : un très grand Morgan Freeman ! (Comme toujours sous la direction de Clint Eastwood) qui est d’ailleurs à l’origine du projet. Une mise en scène, fluide, efficace avec une trajectoire profondément humaniste.

l’espoir mondial 2010 ? - invictus
Même s’il impose deux fois plutôt qu’une ses qualités, le film ne restera pas dans les annales. En effet, les aspects moins reluisants de l’évènement sont soigneusement mis de côté. Les scènes finales concernant le match Afrique du Sud/Nouvelle-Zélande reposent sur certains effets un peu maladroits. Les ralentis utilisés excessivement pour l’image, et surtout le ralenti du son, transforme le souffle des sportifs en brouhaha d’animaux sauvages.

l’espoir mondial 2010 ? - invictus

Aujourd’hui, le coup d’envoi du mondial 2010 sera donné. Alors, pourquoi ne pas se laisser prendre au jeu et rêver à un « Invictus ». Le Président, Jacob Zuma à déclaré :

La coupe du monde est en train d’unir le pays comme jamais avant.

Alors il y a peut être un espoir, l’espoir mondial !

Comme le 12 juillet 1998, ou la coupe du monde devenait l’image d’une France multiethnique et victorieuse. Ou le drapeau français était fier de se dire « black/blanc/beur« . On assistait à un grand déferlement de bons sentiments, une avalanche d’optimisme qui ont changé le climat moral du pays. Même si l’euphorie allait vite retomber, nous rappeler ces valeurs fait du bien.

Tous les quatre ans, un pays est prêt à dépenser des milliards pour organiser la Coupe du Monde. L’Afrique du Sud a dû dépenser 3 milliards d’euros pour ce mondial. Alors que l’on nous parle de déficit, de crise, de réduire les dépenses de santé, d’éducation, on se prépare déjà en France pour l’Euro 2016. Pourquoi ne pas les dépenser pour régler les problèmes économiques, sociaux et améliorer l’éducation dans le pays ? Malheureusement nous vivons dans un monde marchand, alors pourquoi dépenser de l’argent pour régler les problèmes d’un pays puisque cela n’engendre aucun bénéfice…

Mais soyons optimiste, Alors 1 et 2 et 3… zéro !

Un article et des photos réalisées par Pamela Beukes, secrétaire de la Campagne antiexpulsions de l’ouest du Cap.

–> http://www.courrierinternational.com/article/2010/05/06/a-l-ombre-des-stades-fleurit-la-misere

À propos de l'auteur

Sonia

Cinéphile aguerri et amoureuse des Belles-Lettres, Sonia aime analyser et comprendre le monde qui l'entoure et bien au-delà. À la fois perfectionniste et curieuse, sa créativité lui permet de développer des créations personnelles et professionnelles, alliant outils artistiques traditionnels et outils numériques.

Graphiste freelance depuis plus de dix ans, elle a pu offrir ses services à de grandes entreprises, mais également servir des start-up innovantes, auxquelles elle offre un regard résolument moderne, technique et créatif.

Étudiante en Philosophie, elle a pour ambition de créer un pont entre la pop-culture et l’univers philosophique. Ainsi, Sonia, réussis le pari d’un syncrétisme audacieux, et promets de nous faire entrer dans son univers.

Laissez un commentaire