Cinéma

La Vague | par Rougenoirblanc

Autocratie : « qui tire son pouvoir (cratie) de lui-même (auto) »

L’Allemagne pourra-t-elle voir apparaitre ou subir un jour une nouvelle dictature ?

Voici une des première questions que pose M. Rainer Wenger à ses étudiants, participant à un workshop sur l’autocratie. Dans le but de leur enseigner certaines valeurs, ce professeur (ancien anarchiste) au sein d’un lycée allemand soumet ses étudiants à une expérience murement réfléchie.
Tout d’abord, il leur demande de réfléchir sur le principe d’autocratie, sous sa forme dictatoriale. Les termes « 3ème Reich », « Fuhrer » surgissent. Un débat est lancé. L’idée de nationalisme extrême brûle les lèvres des étudiants. Le refus d’acceptation du passé allemand soumet au malaise. Et pourtant…
Étape par étape, il leur impose des règles, faisant basculer progressivement une classe d’adolescents en un mouvement s’étendant peu à peu dans la ville. Le nom de « La vague » est voté. Peu à peu, la solidarité se transforme en réelle communauté. Des liens improbables se tissent. Les étudiants ne s’en rendent pas compte. Ils sont englués dans la marche du mouvement, de l’expérience. Certains néanmoins s’y refusent, et sont immédiatement traités en paria. Situation et sentiment rapidement renforcés par l’adoption d’un uniforme : jeans et chemise blanche. Une forme de salut apparait : mime d’une vague avec le bras droit, se terminant en une posture très militaire. Certains étudiants n’y voient qu’un sujet d’étude. D’autres, plus faibles d’esprit y adhèrent, ne possédant pas de repères propres solides. D’autres enfin, seuls dans la vie, s’y attachent, y entrevoyant la possibilité d’une nouvelle « famille ».
La solidarité entre les partisans de « La Vague » se renforce. Cela s’accompagne du rejet d’autrui, ceux qui refusent de s’y soumettre, comme les parias du groupe originel.

Le mouvement gagne la ville, « l’emblème » est graffé et stické partout. Certains, voulant se démarquer, risquent leur vie pour prouver leur valeur avec fierté.
Rainer, le professeur, est prévenu par différentes personnes (sa femme, une étudiante…) que tout cela va trop loin. Mais dans sa logique pédagogique, il continue. Intérêt scolaire,  curiosité humaine malsaine, ou perte de contrôle ? Jusqu’où iront ses étudiants ?
Les quelques « parias du groupe, conscients du danger apporté par cette expérience, tentent de prévenir la conscience publique. Mais les partisans de La Vague sont enfermés dans leur nouvelle idéologie, et les contraignent au silence.

C’est l’idée de conformisme qui est mise en avant. La mise en place d’un système de pensée unique, appuyé par un uniforme, par un signe de reconnaissance, par un comportement de troupe. Les différences s’effacent parmi les membres du mouvement. C’est d’ailleurs le seul point positif, mais à quel prix ? Le professeur perd peu à peu le contrôle de son expérience, qui s’achève bien tragiquement.

Malgré tout, La Vague est aux premiers abords un peu trop « simpliste ». Il n’y a pas vraiment de réel point d’accroche. Il se regarde de bout en bout, sans réelle saveur, passivement. Tout est trop convenu. On s’étonne de la facilité avec laquelle les étudiants acceptent et s’attachent aux idées qui leurs sont imposées. Il y a certes cette notion d’acceptation par le groupe, mais ce n’est plus juste un jeu pour les différents adolescents. On retrouve d’ailleurs différents stéréotypes parmi eux (la hippie, le sportif, le solitaire, le marginal…), comme pour montrer que tous peuvent être atteints par une montée du fascisme sans s’en rendre compte.

Au final, on se retrouve devant un film montrant comment cela a lieu, et non pas pourquoi. Ce n’est qu’en faisant bien attention durant le film, aux relations entre les personnages (surtout pour M.Reiner), et en réfléchissant ultérieurement que l’on peut trouver un contenu plus profond. Certainement que le roman de Todd Strasser s’affranchit de la limite de durée du cinéma et approfondit un peu la chose. Sachant que l’histoire est inspirée d’un fait réel survenu en Californie à la fin des années 60, il serait dommage de ne pas en tirer un enseignement destiné à ne pas répéter les erreurs du passé.

Je vous invite néanmoins à voir ce film (la langue germanique ne m’aura en rien rébuté, bien au contraire) afin de découvrir jusqu’où peut aller une telle expérience.
Mais dépêchez vous, il est sorti depuis 2 mois, mais est encore à l’affiche dans quelques dizaines de salles françaises.

La Vague (Die Welle) 2009

https://www.youtube.com/watch?v=xYF232vStQ4

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1 Commentaire

  • J’ai beaucoup aimé ce film. Même si le final reste prévisible et sans surprise et qu’il manque selon moi un réel travail de profondeur dans la globalité, ce "petit film" sans prétentions ne soulève pas moins autant de questions et de remises en question.

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