Cinéma

Home – Yann Arthus Bertrand

Écrit par Emeric

Hier soir nous étions à la projection de « home« , le film événement de Yann Arthus Bertrand (produit par Luc Besson) sur le Champ de Mars. Après un peu plus d’une heure trente, le film/documentaire se termine sur une note d’optimisme. Vraiment ?


La bande annonce. Pour voir le film intégralement rendez-vous ici : http://www.youtube.com/homeprojectfr.

Yann Arthus Bertrand nous livre depuis pas mal de temps déjà de magnifiques images de la Terre, notre planète. Il s’est surtout fait connaître par le livre « la terre vue du ciel », qui a connu un succès planétaire. Depuis peu il nous inondait d’images magnifiques en réalisant une série de documentaires sur l’état de la planète, l’état de ses ressources, ce que nous en faisons, le climat… Là il pousse le projet encore plus loin, puisque le film a été diffusé mondialement le 5 Juin, à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement. Il est diffusé gratuitement sur internet, et sur un format plus long (2h) sur DVD et dans les cinémas. Les bénéfices sont intégralement reversés à l’association Good Planet, fondée par Yann Arthus Bertrand.

20h30
21h50
Le film commence…

Après ce petit constat, parlons du contenu de ce film : Sans révolutionner quoi que ce soit, le film nous propose de belles images, de très beaux paysages, et de grandes erreurs humaines. La voix off est celle de Jacques Gamblin, et il nous tutoie. Certains trouvent cela dérangeant, mais je pense que c’est plus pour « impliquer » le spectateur, plutôt qu’autre chose. Le film nous montre les limites du développement des villes, de l’agriculture, la déforestation, la pauvreté, mais surtout, il nous fait comprendre comment, en quelques années, l’Homme a BOULEVERSÉ son habitat naturel. Le discours est légèrement accusateur, mais il faut bien comprendre que tout le monde à joué un rôle pour que nous arrivions là où nous en sommes.
Au cours du documentaire, l’espoir semble s’évanouir, et il ne reste qu’environ 20 minutes lorsque Yann Arthus Bertrand nous dit que tout n’est pas perdu, et nous parle des solutions mises en places, et des acteurs « engagés ». Et c’est là où à mon avis le bas blesse : la solution ne semble pas entre les mains des peuples.
La fin du film est consacrée à ce que font les gouvernements, les industriels, les pays divers concernant ces changements climatiques, de modes de vie, mais le peuple ne semple pas y jouer grand rôle. A quoi cela sert-il alors de manifester ? À quoi cela sert-il que des associations se créent et demandent à tous d’agir pour protéger l’environnement ? Pourquoi faire un film si émouvant alors ? Pour se faire plaisir ? Pour pouvoir continuer à faire des reportages à travers le monde grâce à goodplanet.org ?

À propos de l'auteur

Emeric

Commentaires

  • Le discours des hélicologistes n’est qu’écotartufferie. L’esthétisation et la spéctacularisation de la nature n’ont comme seules conséquences une dépolitisation totale de l’écologie. Le discours induvidualisant induit un fort sentiment de culpabilité à l’égart de la sphère personnellle, ceci pour éviter tout questionnement sur les causes d’ordres économiques ou politiques. Le problème écologique ne peut être compris que dans son contexte politique, économique, géopolitique, géologique et thermodynamique. Mais peut-être que les financiers de ces messieurs (Hulot et compagnie) ne leurs permettent pas de telles réflexions.En attendant, la Crise (de l’) empire.

  • Je ne partage pas l’avis d’Emeric

    Le fait d’avoir programmé un tel événement le même jour dans 120 pays a permis de toucher un maximum de personnes. C’était HISTORIQUE et cela a sensibilisé des millions (milliard) d’habitants aux nombreux risques que la civilisation moderne fait porter sur toute la planète terre.

    Le contenu du film est, à mon avis, bien articulé avec

    – une première partie qui trace l’histoire de humanité et l’importance de l’eau et du soleil sur les équilibres
    – une deuxième partie qui liste les comportements actuels et les conséquences dramatiques sur l’environnement et sur les hommes -> alerte, on va vers une catastrophe …
    – une troisième partie qui présente les nombreuses actions déjà en cours à travers le monde, et la prise de conscience qui se fait progressivement dans les pays. Certains font quelque chose -> on peut sauver le système ….

    La fin est un magnifique catalogue des pays visités, qui montre la diversité, la beauté des peuples et des paysages. Chacun peut se dire qu’il peut agir : individuellement (déchets, usage des transports, énergie, …), collectivement (habitation, entreprise, quartier, …) -> on est tous concernés, on peut tous agir à son petit niveau, les petites contributions pour servir une grande cause : notre survie …

    La musique a une part importante dans l’exposé et elle contribue à l’émotion. La terre est belle, il faut la sauver …

    En résumé, je ne pense pas que la finalité du projet soit pour les auteurs de se faire plaisir ou de faire un coup pour en vivre et voyager. Je crois plus à l’honnêteté, à la motivation, à l’énergie des réalisateurs et producteurs qui souhaitent mobiliser les peuples avec pédagogie. Depuis vendredi, on en parle beaucoup, on échange, on disserte, on lance des idées, on élabore des solutions, on réagit au film, … c’est un premier pas et c’est déjà beaucoup. A nous de jouer : le destin de la maison Home est dans la main des Hommes qui la peuplent.

  • merci du fond du coeur pour ce documentaire qui apporte des réponses à l’homme qui a tout bouleversé, où tout va trop vite, de magnifique vues aériennes du monde entier, notre planète est en danger et chacun a le devoir de la respecter

  • Voyant que le plus grand coup de propagande de l’histoire moderne (diffusé dans tous les pays, dans tous les formats, sur tous les supports avec l’aide des Etats des multinationales, des principaux acteurs politiques et économiques de la planète, etc.), a été plus qu’efficace, je ne continuerai pas un argumentaire qui, de toute façon, risque à peine d’égratigner votre béatitude symptomatique d’un tel événement. Je vous laisserai simplement un lien vers une émission de radio, Là-bas si j’y-suis, consacré à cet événement. http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1719
    En espérant que votre esprit critique et votre intégrité aient gardé un minimum vital de scepticisme, et se posera au moins cette question : Pourquoi ne cherchent-ils jamais les causes ?

  • Mais Mickaël, on sait tous quelles sont les causes: nous.

    Depuis tout temps l’Homme n’a de cesse de transformer son environnement, pour le rendre meilleur, l’améliorer… Et cela passe parfois par le pire, avant d’atteindre le meilleur.
    Je rappel quand même que depuis toujours nous faisons la guerre, nous détruisons les autres en cherchant à nous protéger, et nous détruisons notre planète.
    Ce n’est peut être qu’une période, avant un âge meilleur ?

    La question que je pose ici est « peut-on connaître ce qu’est la liberté sans en avoir jamais été privé ? »
    Autrement dit, la thèse est que peut être que l’homme doit détruire son environnement, et se détruire lui même pour accéder à une autre conscience de son environnement, d’où il vient, et jusqu’où il peut aller. En restant humble.

    Hormis la question très anarcho-révolutionnaire visant à criminaliser toutes les entreprises, je pense qu’il vaut mieux prendre sur nous et ne pas participer à des achats qui contiennent trop de plastiques, à des voitures qui consomment trop…
    Mais après on arrive vite à se mordre la queue : comment fait-on pour sortir d’un mode de vie qui nous régit à 99,9% ? Surtout en période de crise, comment fait-on pour rester fidèle à ses principes de vie sans dépenser une énorme somme pour une voiture non polluante, ou bien des produits bio/équitable… plus chers ?
    Que propose-tu Mickaël ? Parce que c’est bien de critiquer, mais quelles sont tes solutions (réalistes et réalisables)?

  • Cette conception de l’Homme destructeur de la nature me semble terriblement occidentalo-centriste. Que dire des milliers de peuples qui vivent en harmonie avec la nature depuis des millénaires ? Sont-ils également responsable ? Arrêtons l’hypocrisie, la cause n’est certainement pas l’Homme, mais la conception qu’en véhicule la pensée occidentale depuis Descartes. « L’Homme maître et possesseur de la nature », voilà la cause. Mais attention, je ne prône pas une soumission à la nature où à un quelconque ordre supérieur sous lequel nous devrions nous plier. Non, ce que je veux exprimer c’est simplement l’idée qu’il ne faut plus penser l’Homme en dehors de la nature. Nous devons comprendre que nous en faisons partie, que notre vie est d’abord biologique et s’inscrit donc dans des cycles thermodynamiques définis. La réflexion écologique doit absolument repenser l’Homme et ce qui le caractérise, la civilisation. Or, pour sauvegarder la liberté, nous devons nous interroger sur une anthropologie écologique qui se concrétise par des actes politiques ! Quand j’utilise ce terme ce n’est pas dans une optique politicienne et encore mais dans le cadre d’un système parlementariste. Je l’utilise en son sens étymologique et dans une perspective de démocratie radicale. Le changement salutaire n’arrivera ni d’en haut ni d’en bas si nous restons dans le cadre actuel, c’est pourquoi notre civilisation sera écologique que lorsqu’elle aura rompu avec le capitalisme et le libéralisme. L’écologie est incompatible avec une logique croissanciste alimentée par la compétition et le profit. La priorité est donc de faire émerger une pensée en rupture avec cette logique destructrice ayant pour base l’égalité politique réelle entre les citoyens au travers d’une conception humaniste (où l’Homme passe avant sa fonction). A partir de là, nous devons avoir confiance en sa capacité à inventer pour qu’il puisse se rapproprier sa vie (sa situation dirait Benasayag – après Guy Debord) selon ces nouvelles valeurs et pour ainsi éviter tout dogmatisme ou programme préconçu qui risquerait de perpétrer les erreurs passée.
    C’est donc en ce sens que je récuse toute forme de développement durable, capitalisme vert et autre oxymore qui n’ont pour but que de « polluer moins pour polluer plus longtemps » (Paul Ariès). Nous ne pouvons agir qu’en tant que citoyen car en tant que consommateur nous ne sommes que des sujets du Marché sans liberté et sans égalité. Il ne s’agit pas de choisir, il s’agit de faire le choix du choix, celui qui nous caractérise en tant qu’être Humain. Le choix de ne pas participer à cette mascarade aveuglante qui veut nous faire croire que les profiteurs du système veulent en changer. Notre unique voix de sortie est celle de l’indifférence face au système, pour reconstruire à côté à partir de nos valeurs celles qui valent la peine d’être vécues.
    Bien entendu, tu penses que tout ceci n’est pas « réaliste », que ce ne sont que des errements d' »anarcho-révolutionnaire » comme tu te plais à le dire. Il n’empêche que la crise (écologique, économique, etc.) que nous vivons ne se résume pas à un problème d’ajustement structurels, la crise est intrinsèque à la structure, elle en est l’ultime événement. Et pour éviter le pire, il ne suffira pas d’en modifier l’architecture, ni même de la détruire, il nous faudra en construire une autre, mais avant de le faire, nous devons en concevoir l’Idée directrice ; et je pense que ce blog en est une des prémices.

  • Les exemples choisis sur les peuples sont édifiants ; comment faire alors, on revient à une communion avec la nature ? que faire de nos villes ? de nos « envies » de shopping ? de nos Iphone ? de la médecine ? des transports en commun ? des énergies ? des voyages dans l’espace ?
    On ne peux pas casser radicalement nos modes de vie. Il faut un changement dans le temps, et c’est ce qu’essayent de faire ce genre de reportages. La meilleure faon de changer le monde est d’éduquer les enfants/les gens.

    Les financiers n’arrêterons probablement jamais leurs logiques croissanciste, alors plutôt que d’appeler à casser le système, c’est à dire l’arrêter brutalement, changeons le, progressivement. Je suis d’accord pour dire que le libéralisme croissanciste ACTUEL n’est pas viable, car il ne tiens pas compte des ressources limitées de la planète. Mais il est encore trop tôt pour que l’on en tienne compte de manière viable. Arrêter toute forme de croissance serait anti-naturel et anti-progrès ; l’humanité ferait du sur-place.
    De toute façon il est et il sera trop tard. Les changements nous les subirons. Il faut juste que l’Homme s’adapte à ce qu’il a fait subir à la Terre.

    Je suis d’accord avec la pensée utopiste que tu développe. Seulement tu fait partie des quelques personnes qui peuvent percevoir et anticiper sur ce que sera peut être l’humain… dans quelques décennies si tout va bien, pour l’instant je ne l’estime pas prêt. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut rien faire.

    Et je te rassure, les « profiteurs du système » veulent changer, c’est juste qu’il faut qu’ils le fassent ensemble pour que cela fonctionne. Mais ils ne l’ont pas encore compris car ils sont en concurrence. Ils peuvent nous imposer des emballages non polluants ou je ne sais quoi d’autre. mais ils doivent le faire ensemble et en même temps pour éviter une perte de clients trop important, et donc un effondrement de leur entreprise. C’est typiquement Français que de croire que tout est « green painting ».

  • Je pense que notre point de désaccord se situe dans notre conception du changement. Il me semble clair que la situation actuelle nécessite une rupture paradigmatique (« la structure des révolutions scientifiques », Khun), c’est à dire une profonde transformation de notre conception anthropologique de l’Homme. Et ceci ne peut être fait par en haut. C’est un travail personnel, intérieur, spirituel qui ne peut être initié que par le dialogue, le conflit et le débat dans un contexte Politique. « Les gens de ce reportage » n’essayent pas d’éduquer la population à ce genre de changement, ils essayent de lui faire comprendre qu’il faut faire confiance aux dirigeants (politiques et économiques) et attendre que ceux-ci nous proposent des lois, des produits que nous pourront choisir. L’éducation que je propose est populaire, elle doit venir d’en bas, elle doit se construire entre les personnes, elle doit être créatrice de curiosité et d’inventivité. Ce n’est pas en faisant des constats alarmistes et en déblatérant des solutions pour con-sommateurs que l’on avancera.
    Je n’appelle pas à casser le système, j’appelle à le laisser s’effondrer car il est irréformable, ses bases philosophiques (Descartes, Hobbes, Smith, etc.), cristallisent les ingrédients de la crise actuelle. Nous devons construire sur d’autres bases, comme lors de la chute de l’empire romain ou pendant la révolution française.
    Si tu considères que l’arrêt de la croissance serait anti-naturel et anti-prorgès, je suppose alors que tu penses que l’idéologie qui la sous-tend est d’ordre naturel. Cette conception typiquement libérale (je revois à mon article sur Facebook), fait partie des logiques à déconstruire. Le progrès, tel qu’il a été pensé par les Lumières, ne se réduit pas à l’accumulation et encore moins à celle du profit, de la marchandise ou de la technique ! La décroissance (telle que pensée par Ariès, Latouche, etc.), est au contraire le moyen de repenser le progrès pour reconfigurer nos envies dans une logique non-destructrice qui reposerait sur un nouveau paradigme. Le bonheur (ce à quoi tend le progrès), n’est pas synonyme de propriété, d’avancée technologique, d’Iphone ! Toi qui t’intéresse aux philosophies orientales, regarde le Bouthan ! Ils ont remplacé le PIB par le BNB (bonheur national brut). Voilà une démarche intéressante et révolutionnaire ! Il faut rompre avec l’idéologie ambiante pour repenser nos vies sur d’autres bases et d’autres conceptions. Ceci ne peut se faire dans le cadre du système ; il ne s’agit pas de s’adapter, il s’agit de commencer autre chose sans attendre nos dirigeants qui de toute façon sont tellement englué dans un pragmatisme vide de sens qu’ils sont incapable de penser différemment. Et nous y gagneront car en construisons ensemble nous comprendrons que l’échange Humain est extrêmement fécond, que de la coopération et de la gestion commune égalitaire peut émerger une multitude d’expériences politiques intensément riches et créatives d’où nous pourront penser un nouveau vivre-ensemble. Si les profiteurs veulent changer, ce n’est que pour garder leur statut de profiteur, et n’oublions pas que nous en faisons partie. Si nous voulons défendre une conception humaniste et égalitaire de la Vie nous devrons nécessairement baisser notre production et donc notre consommation, ce sont les lois thermodynamiques (4ème loi de l’entropie) qui nous l’apprennent et ce n’est pas une mauvaise nouvelle, au contraire, cela nous désaliénera du matérialisme et nous laissera le temps au spirituel.

  • C’est une belle utopie. Il y a des choses avec lesquelles je suis d’accord, et d’autres moins.
    Je ne suis pas sûr qu’il faille un désastre tel que la chute de l’empire romain ou autre pour que nous changions.
    De plus, le changement ne peut se faire à mon avis « qu’ensemble », c’est-à-dire par le bas, et aussi par le haut comme tu dis.
    Les politiques anticiperont et utiliseront les mouvements à leur avantage. Ils ne seront donc pas largués (donc réélus) mais entre temps le monde et les gens auront changés (je l’espère).
    Le problème est de savoir quand et en combien de temps cela va se passer.

    Soit cela se passe « vite » et « par le bas » comme tu dis, donc là c’est la chute, la révolution, le chaos…
    Ou alors cela se passe en s’étalant dans le temps, progressivement, et avec tout le monde.

    C’est bien beau d’annoncer que l’homme va penser différemment. Mais encore faut-il que beaucoup, beaucoup de monde doit penser la même chose au même moment pour que cela se produise. Il y a trop de moyens de « contrôles » afin d’endiguer des mouvements aussi massifs.Regardons ce qui se passe par exemple lors des sommets à Davos, avec les alter-mondialistes… Les mouvements ne prennent pas car ils sont décrédibilisés par les Etats, ils sont provoqués, et du coup ils se radicalisent, sont mieux surveillés… et du coup ils ne prennent pas.

    Et même si cela se passe rapidement, avec par exemple une révolution comme en 1789, je pense que cela ne changera rien, ou pas grand chose, car plus personnne, plus un pays ne peut agir SEUL sans retomber dans une période de crise profonde amenant à un retour en arrière brutal.

    Donc d’accord pour « plus de spirituel », mais chacun à son échelle, et chacun à son rythme.
    Au bout de 2009 ans la religion chrétienne est toujours présente, mais on ne peut pas en dire autant de l’empire ottoman, de l’empire romain, ou de la RDA/RFA.
    Comme quoi l’histoire à besoin de temps pour se faire. Il en est de même pour les Homme je crois.

  • Bien sûr qu’il faille du temps pour entamer un changement aussi radical, je ne le nie pas, ce que je veux simplement dire c’est que cela ne doit pas être un prétexte pour attendre ou pour s’adapter (on voit l’évolution entre Jaurés et Aubry…). Et je suis tout à fait d’accord lorsque tu expliques qu’il faille que l’on soit ensemble pour changer, mais il faudra un événement déclencheur, une révolution. Je ne suis pas entrain de faire l’apologie romantique du grand soir, le terme révolution a été tellement souvent galvaudé qu’il est difficile de l’utiliser, ce que je veux dire en prononçant ce mot c’est qu’il nous faut insuffler un nouvel esprit, une nouvelle pensée qui fasse tâche d’huile en étant rappropriée de façon vernaculaire pour éviter tout dogmatisme. Cette révolution a déjà été tentée, en 1871 à Paris, en 1917 à Kronstadt, en 1936 en Espagne, en 1956 à Budapest, en 1968 en France, en 1994 au Mexique. A chaque fois, il s’agissait de se rapproprier un lieu, une situation par le politique. Il s’agit d’installer un système autogéré émancipateur qui donne les conditions politiques et économiques pour reconstruire une société. Ces événements se sont quasiment tous terminés par un massacre de grande ampleur ordonné par le pouvoir en place. Mais ces hommes et ces femmes, à travers leur lutte, à travers leur révolution, nous ont prouvé au cours de l’Histoire qu’un autre monde est possible (3 millions de personnes pendant 10 mois en Espagne 1936 vivaient en autogestion). Cette tradition doit nous éclairer, par ses réussites et ses échecs, par ses inventions et ses pratiques, à la préparation de la prochaine tentative qui, on l’espère sera durable. Or, ce qu’il nous manque à l’heure actuelle ce n’est pas le courage, ni l’envie, c’est la pensée. Nous sommes dans une période charnière ou nous devons tout repenser fondamentalement, nous devons réfléchir intensément pour rebâtir conceptuellement une nouvelle idéologie (système d’idée) cohérent et praticable. Pour cela nous ne devons pas attendre un génie ou un messie, nous devons tous au quotidien créer les situations favorables à l’émergence de pensées nouvelles qui permettront d’articuler pratiques et concepts dans l’optique d’un monde radicalement nouveau. La révolution n’est donc pas synonyme de violence ou de chaos, elle est simplement un élan qui concilie pratique et théorie (praxis) dans l’espoir de créer une nouvelle situation où l’Homme pourra se rapproprier son quotidien. Il n’est donc pas nécessaire que tout le monde pense de la même façon au même moment, les poches de résistances (je pense à l’Amérique latine en ce moment ou à tous les lieux alternatifs dans le monde) expérimentent en permanence. Les conditions du renversement viendront d’elles-mêmes et ce ne sera pas forcément brutal, car cela sera principalement une révolution éducationnelle . La révolution ce n’est que la désertion du système (idéologique) en place.

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