Cinéma

Gran Torino : quand la rencontre fracasse la forteresse de l’ego

Écrit par Vincent

La dernière chose que je souhaiterais ici serait de vous raconter l’histoire de ce film. Il mérite vraiment d’être vu vierge de tout présupposé, de tout conditionnement, ou du moins en s’efforçant de l’être. Il ne sera question ici que du message, que de l’une des innombrables interprétations possibles. Distillée par Eastwood avec un immense talent, la réflexion sur le sens d’une vie, sur l’importance de l’ouverture à l’autre est faite de manière à la fois extrêmement sobre et mesurée mais aussi profondément bouleversante. Une onde de choc terrible, et qui va remuer l’être en profondeur trouve son origine dans les multiples face-à-face entre Walt Kowalski (Clint Eastwood) et les autres personnages qu’il rencontre tout au long du film. D’abord conflictuelles à l’extrême, engluées dans la haine, la colère et la peur de l’autre, les relations se métamorphosent progressivement en questionnement, en dialogue, en ouverture pour s’achever dans une émouvante mise à nu. Et puis il y a cette incroyable Gran Torino, tellement symbolique aux yeux de Walt et qui revêt un rôle clé : celui du témoin de l’évolution des rapports qu’il entretient avec lui même, les autres et le monde. Il y a beaucoup à dire, tant au plan humain que cinématographique.

Cinématographique d’abord, parce les plans du films sont extrêmement bien composés, que le scénario (Nick Shenk et Dave Johannson) est bien construit et malgré tout arrive à surprendre, que la bande son colle parfaitement aux images qu’elle accompagne, et que le jeu d’acteur est exceptionnel. Le montage est bien dosé, et sert le rythme assez lent du film en distillant de longues séquences qui installent les ambiances et les entrecoupent de scènes fortes et rythmées. Les dialogues enfin, impressionnants de maîtrise tant par leur sonorité que par la qualité de propos, résonnent encore dans la tête après le film.

Humain ensuite, parce que la leçon de vie offerte par le réalisateur est profonde, qu’elle nous donne à penser que chaque être peut sortir de l’impasse du repli sur lui-même grâce à la force de l’altérité. Quand le cœur de pierre se fend, sous l’assaut d’une rencontre et se fait cœur de chair. Quand la personne comprend que la véritable richesse du monde est donnée par l’autre et s’ouvre ainsi au miracle de la vie.

Clint Eastwood, incontestablement un grand bonhomme du cinéma, nous livre ici une œuvre, de mon point de vue, magistrale , transmettant sans tapage inutile et dans la banalité du quotidien un magnifique message d’ouverture à l’autre teinté d’espérance et d’optimiste en l’humain.

À propos de l'auteur

Vincent

Curieux, posé et réflechi Vincent est attaché au travail bien fait. Il suit avec une grande curiosité les évolutions du monde dans tous les grands domaines : écologie, économie, politique, arts, littératures, société, éthique, justice, enseignement, santé, transport, communication.

Il considère qu'un designer doit être ouvert, passionnément curieux du monde dans lequel il vit et engagé pour alimenter sa créativité, être pertinent et éthique. Les enjeux sont grands pour les générations futures et tout le monde a un rôle à jouer et une responsabilité.

Co-créateur de l’atelier de design nun, il s'attache a travailler sur des projets dont la forme est au service du fond, qui sont porteurs de sens et dans les domaines des sciences, du luxe, de la pédagogie, de la culture et des arts.

Enseignant et directeur d'e-artsup Strasbourg, une école de création numérique, la transmission de savoir-faire et de savoir-être aux jeunes générations est centrale à ses yeux.

Commentaires

  • Entièrement d’accord avec cette très belle analyse. Oui, Gran Torino est une magnifique leçon de vie et surtout un vibrant message d’espoir. Le mythe du rêve Américain, né avec les premiers colons du Mayflower en 1620, et symbolisé par cette voiture Ford des années 70, se lézarde, mais il est intéressant de noter qu’il ne disparait pas : il se transforme en " rêve humain". Comme la Gran Torino du début du film, belle, lisse, rutilante mais inutile car simplement exhibée comme une pièce de musée, les notions de famille, travail, patrie ont visiblement atteint leurs limites, comme s’il manquait une autre dimension.La dernière image nous montre la Gran Torino enfin en mouvement mais conduite par un sino-Américain : c’est lui, l’"étranger" qui est désormais en charge de lui donner une vie qui a un sens, en route vers l"’autre", chargée d’un précieux bagage qu’il a désormais pour mission de transmettre: la connaissance de l’être humain, l’ouverture d’esprit , la tolérance sont le chemin vers la liberté et la transcendance.

  • Quel plaisir de lire vote magazine "xulux". En tant qu’ancien étudiant d’e-art (qui voulait continuer dans la section concept d’ailleurs), je suis content de voir que tout ca donne quelque chose.  bien le bonjour à Sonia ! 😀 bybye. Nicolas Gall 

  • Bien le bonjour, quel plaisir de te voir parmi nous !! j’attends avec impatience que tu viennes participer dans les débats. a très bientôt sonia

  • Salut Vincent, ami de Marielle qui m’a donné le lien de votre blog, et moi-même dans les arts graphiques, je suis vraiment ravi de ce que vous faites. Concernant l’article, tu m’a donné envie de voir Gran torino. Très bien écrit. Un autre film que je conseille à tous en ce moment…. Slumdog millionnaire, génialissime. A voir absolument en VO. Bonne continuation à tous.

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