Cinéma

« COCO » comme figure de la modernité

Écrit par Emeric

Gad Elmaleh joue et réalise le film COCO. Sous l’apparence d’une « comédie familiale » nous avons en fait ici un film qui aurait pu être utilisé lors du festival des 36 heures pour illustrer l’Homme « moderne ». Attachons-nous à faire jaillir brièvement le sens caché de ce film.

Coco, c’est l’histoire d’un père, puissant industriel, qui veut organiser la « BM » (bar mitzvah) de son fils. Partit de rien, immigré en France il y a 15 ans, Simon Ben Soussan a une idée de génie, qui va révolutionner la manière dont nous consommons notre eau. Il est l’inventeur de « l’eau frétillante », concept marketing puissant, sur lequel il a bâtit sa fortune. On remarque tout de suite la banalité navrante de l’objet, bien que dans la symbolique l’eau soit source de toute vie, elle purifie, lave les pêchés, etc. Coco lui, en bon archétype de la Modernité, en fait commerce.
Le film s’ouvre donc sur la remise par un membre du gouvernement de la récompense la plus haute de l’Etat français, la Légion d’Honneur. Ainsi c’est l’occasion de découvrir le personnage et son univers fait d’excentricités notoires et de ce qu’on appel communément maintenant show-off. Le but de la soirée qui s’en-suit : nous « éclater ». L’histoire s’installe après avoir découvert l’univers (impitoyable) dans lequel évolue Coco, et on survole pendant tout le film le sujet, à savoir l’organisation de la « BM » de Samuel, le fils de Coco. On note qu’en hébreu « Samuel » peut se traduire par « celui qui vient de dieu ». Etonnante coïncidence ou volonté assumée de la part des scénaristes ?
La vision d’une photo de lui et son défunt père (là d’où il vient) va provoquer un choc émotionnel si fort que Coco va vouloir avancer la BM de son fils, et lui offrir la plus grande BM que le monde ait jamais connu. A partir de là les choses s’accélèrent et Coco décide de tout, si bien qu’il ne fait  même plus attention à sa famille, à son fils et à ses envies. En fait cette bar mitzvah représente l’occasion de concrétiser le sacre de « Coco » Ben Soussan.

"COCO" comme figure de la modernité

« COCO » comme figure de la modernité

 

S’en suivent des dégoulinantes scènes de mégalomanie pathologiques plus extravagantes les unes que les autres. Le personnage a beau être un tant soit peu attachant (heureusement), il suinte la non-modestie, et veut à tout prix montrer (avant de mourir ?) qu’il est le plus grand, la meilleure personne que la Terre ait porté, qu’il peut faire ce qu’il veut. Bref, il incarne parfaitement bien les travers de l’Homme moderne, à savoir une mégalomanie latente, un non-respect des origines des choses, une extravagance insolente et des actes de toute façon jugés inconséquents.
C’est seulement lorsqu’il a épuisé tous ses moyens d’actions, tout son « savoir », toute sa « richesse », et qu’il n’a pas trouvé de solution miracle qu’il va enfin comprendre. Une seule chose à faire pour exister aux yeux et dans le cœur de ceux qui lui sont chers/chair : écouter son fils. C’est pourtant simple, mais Coco est un « self-made man », il s’auto-construit, croyant que lui seul peut résoudre ses problèmes et mener sa vie. Il n’a pas besoin d’autre sanction que sa propre pensée. Mais peut-on vraiment mener une vraie vie sans s’ouvrir à l’altérité ? sans prendre en compte le fait qu’il existe autre chose que notre personne, et que peut-être, éventuellement, être à l’écoute peut nous amener plus loin que nous même ?
Comment en effet exister aux yeux des autres si on ne s’y confronte pas ? Coco ne s’en rend malheureusement compte que brièvement, mais il est déjà sur le chemin, et ce qui importe c’est bien la route, et non le but.

Si vous avez vu ce film n’hésitez pas à réagir et à débattre sur cette modernité érotique.

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Emeric

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