philosophie, design, philo, arts, art, arts graphiques, photo, photographie, littérature, réflexion, décryptage, pédagogie, vulgarisation, explication, événementiel, analyse, politique, écologie, magazine, pub, publicité, culture, expositions, graphisme, cinéma, spirituel, spiritualité, fait religieux, tribu, tribus, musique, musical, utopie, notion, humanisme, humaniste, engagement, engagé, rencontre, altérité, ifer, artdifer, e-art, e-artsup, concept, spectacle, paris, pop culture, popculture, pop-culture, pop, tendance, postmoderne, postmodernité, ultra moderne, ultramodernité, blog
Choisir, donc exclure.   {Henri Bergson}

Lundi 4 avril 2011{par Vincent}

Black Swan | Qui veut faire l’ange fait la bĂŞte

Black swan - qui veut faire l'ange fait la bĂŞte

Black Swan, film de Darren Aronofsky (PI, Requiem for a dream, The fountain, The wrestler) sorti sur les Ă©crans français le 9 fĂ©vrier 2011 est de ces films marquants, que l’on n’oublie pas. Nina, une jeune danseuse Ă©toile (incarnĂ©e par Nathalie PortmanOscar de la meilleure actrice 2011) du new york city ballet, rĂŞve d’obtenir le rĂ´le très convoitĂ© de la reine des cygnes dans le nouveau ballet Ă  sortir de sa troupe : « le lac des cygnes » (ballet en quatre actes crĂ©Ă© sur une musique de Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (opus 20) et un livret de Vladimir Begichev -Il est basĂ© sur des contes et lĂ©gendes allemandes, et notamment « Voile dĂ©robĂ© » de Johann Karl August Musäu – Ă  la fin du XIXe siècle). Ce ballet marque le renouveau de la troupe pour la rentrĂ©e, l’ancienne danseuse Ă©toile Beth Macintyre (Winona Ryder) ayant raccrochĂ© ses chaussures. Le maĂ®tre de ballet Thomas Leroy (incarnĂ© par un Vincent Cassel très convaincant) veut que celle qui donnera vie Ă  la reine des cygnes soit parfaite. Nina est choisie, Ă  sa grande surprise. Elle s’efforce depuis toute ces annĂ©es de rechercher une perfection technique, mais la reine des cygnes est un rĂ´le ambivalent, bipolaire. D’un cĂ´tĂ©, la face clair, le cygne blanc, gracieux, lĂ©ger, obĂ©issant, doux et Ă©lĂ©gant. De l’autre, le cygne noir, la face sombre, fougueuse, agressive, rebelle, brute et bestiale. Le maĂ®tre n’a aucun doute quant Ă  la capacitĂ© de Nina a incarner le cygne blanc. Mais la cygne noir, lui, semble hors de ses possibilitĂ©s. Il n’est pas question de mesure mais de fougue. Il n’est pas question de maĂ®trise mais d’explosion. Il n’est pas question de perfection technique mais de puissance Ă©vocatrice et de sentiments. Mais Nina en est-t-elle capable ? Une autre danseuse de la troupe, Lilly (Mila Kunis), semble ĂŞtre la face noire parfaite du cygne aux yeux du maĂ®tre, et il en fait la doublure de Nina.

S’amorce alors un compte Ă  rebours jusqu’Ă  la reprĂ©sentation aussi oppressant psychologiquement que physiquement.
Nina se bat contre son double, dans une course Ă  la perfection dont personne ne ressort indemne, surtout pas le spectateur.

Un cinĂ©ma de l’oppression

La filmographie de Darren Aronofsky a de quoi impressionner, alors mĂŞme que sa taille est plutĂ´t rĂ©duite… Jugez plutĂ´t :

5 films en 13 ans :

  • Ď€ en 1998
  • Requiem for a Dream en 2000
  • The Fountain en 2006
  • The Wrestler en 2008
  • Black Swan en 2010

Darren Aronofsky nous a habituĂ© par le passĂ© Ă  cette manière de filmer si caractĂ©ristique (notamment avec Ď€, Requiem for a Dream et the wrestler). Enchainements rapides de plans, effets de ralenti, soin apportĂ© aux bruitages, bande-son envoutante (qui ne se souvient du thème de Requiem for a dream crĂ©Ă© par Clint Mansell ?), enchevĂŞtrement de rĂ©alitĂ© et de fantastique, ambiance sombre etc. Black Swan ne dĂ©roge pas Ă  ces codes, et toute la salle est parcourue d’un frisson Ă  la vu d’un coupe ongle ou d’un miroir. L’ambiance oppressante du combat de Nathalie Portman contre elle-mĂŞme s’appuie sur des codes cinĂ©matographique issu du thriller (de l’anglais « thrill », frissonner) dont Hitchcock Ă©tait l’un des maitres incontestĂ©s. Le spectateur regarde le film la peur au ventre, se demandant sans cesse ce qui va advenir du hĂ©ros. Cette interprĂ©tation outrancière du stress, des nĂ©vroses et autres psychoses ne sĂ©duit pas tout le monde, mais il ne faut pas perdre de vue le caractère dĂ©libĂ©rĂ©ment exagĂ©rĂ© de la narration. Ainsi, les ressorts utilisĂ©s par le rĂ©alisateur maintiennent le spectateur dans un tension exacerbĂ© qui dĂ©cuple les Ă©motions, et notamment l’angoisse. On peut y voir une surenchère Ă©motionnalisante. Je prĂ©fère y voir une arme redoutable pour nous plonger au cĹ“ur du rĂ©cit et de l’action.

Le culte de la perfection chez Kant

« La beautĂ© n’ajoute rien Ă  la perfection.
La perfection n’ajoute rien Ă  la beautĂ©.
 »

Telle est la formule d’Emmanuel Kant. Pour la comprendre, il convient d’examiner une notion : la distinction entre la beautĂ© libre (pulchritudo vaga) et la beautĂ© simplement adhĂ©rente (pulchritudo adhaerens). Cette notion est dĂ©veloppĂ©e dans la « Critique de la facultĂ© de juger« , publiĂ© en 1790. La beautĂ© libre ne prĂ©suppose d’aucun concept de ce que l’objet doit ĂŞtre. Personne ne sait ce qu’une fleur ou le soleil doivent ĂŞtre. Lorsque nous jugeons de leur beautĂ©, nous ne le faisons pas au travers du prisme de la perfection (atteinte ou non), puisque l’objet ne prĂ©sente aucune finalitĂ© interne. Pour le dire plus simplement, la fleur ou le soleil sont des objets qui n’ont pas de fin en soi, dĂ©terminĂ©e par des concepts. »Est beau, ce qui plait universellement, sans concept », nous explique Kant. Ce qui est parfait l’est nĂ©cessairement conformĂ©ment Ă  un prĂ©supposĂ© donnĂ© d’une fin Ă  atteindre (perfection technique par exemple).

Il existe donc bien un concept de perfection dès lors que l’on parle de beautĂ© adhĂ©rente mais il convient de ne pas confondre les 2 beautĂ©s. En quoi cette distinction nous intĂ©resse ici ? PrĂ©cisĂ©ment parce qu’elle explique l’ambivalence de la reine des cygnes dans le film Black Swan. Nina s’efforce d’ĂŞtre parfaite, et donc de se rapprocher de cette beautĂ© adhĂ©rente. Or, il est question d’une beautĂ© tout autre pour le maitre, la beautĂ© libre du cygne noir. Une beautĂ© qui ne s’enracine pas dans une perfection et une maĂ®trise technique mais dans une satisfaction esthĂ©tique issue du « libre jeu » des facultĂ©s cognitives telles que l’imagination, l’entendement ou la perception etc.

Faut-il pour autant faire travailler cette conception esthĂ©tique avec la dialectique de l’obĂ©issance et de l’insoumission ? Black Swan saute allĂ©grement le pas.

Black swan - qui veut faire l'ange fait la bĂŞte

Une ambivalence toute humaine.

Black Swan, c’est aussi un questionnement sur la bĂŞte qui sommeille en chaque Homme. Aleph et Dam dans Adam. Il convient de rĂ©interroger cette Ă©clairage expliquĂ©e par Guershom Sholem dans « le messianisme juif » afin d’Ă©clairer diffĂ©remment le personnage de la reine des cygnes. Adam, bien connu pour avoir transgressĂ© l’injonction divine et avoir chutĂ© du jardin d’Eden, revĂŞt une signification particulièrement intĂ©ressante lorsque l’on s’attarde quelque peu sur son Ă©tymologie :
ConstituĂ© des lettres hĂ©braĂŻque aleph, daleth et mem, Adam se dĂ©coupe en A(aleph) – Dam (Daleth & Mem). Dam, c’est le sang, la part animale de l’Homme pourrait on dire autrement, celle poussĂ©e par l’instinct de survie et les pulsions, asservie Ă  ses besoins primaires : manger, se protĂ©ger, procrĂ©er. Aleph, c’est le souffle spirituel, Dieu diront certain, le rapport Ă  l’infini des possibles diront d’autres, qui Ă©lève l’Homme et le pousse Ă  changer, Ă  rĂ©inventer le dĂ©jĂ -lĂ  du monde. « Nous avons un instinct qui nous Ă©lève, que nous ne pouvons rĂ©primer » disait Pascal. A-Dam, c’est une unitĂ© rĂ©alisĂ©e dans l’effort constant d’union avec Dieu, qui fait de l’Homme une utopie (de a-topos, sans lieu) dĂ©sirante, ou une volontĂ© utopique pour parler comme Ernst Bloch. Pour le dire autrement, l’Homme seul, et contrairement Ă  l’animal, est toujours lĂ  oĂą on ne l’attend pas et se projette en permanence dans un monde autre. VoilĂ  pourquoi l’espĂ©rance ou la croyance sont des sentiments profondĂ©ment humain.

Pour un poétique voyage avec Aleph, je vous recommande ce lien :
>> De la parole au silence Rachel Fra. sur lézardes et murmures

Black Swan, c’est aussi le questionnement de l’identitĂ© et de la personnalitĂ©. Il est une notion que j’aime tout particulièrement chez Jung : la persona. Je l’ai dĂ©jĂ  dĂ©cryptĂ© longuement dans d’autres billets (rendez-vous en terre inconnue ou make the girl dance) mais je voudrais y associer quelques rĂ©fĂ©rences : Le double, la rivalitĂ©, nous mĂŞme comme le pire adversaire de notre succès : voilĂ  qui entre en rĂ©sonance avec ce que nous montre Black Swan. Une Nina qui se dĂ©bat avec elle mĂŞme, avec ses propres angoisses et ses propres limites pour rĂ©ussir. Impossible de ne pas faire le lien avec Fight club de David Fincher, ou Tyler Durden vient hanter Edward Norton, incarnant de façon aussi sĂ©duisante qu’effrayante les psychoses de ce dernier. Dans les deux film, le conflit entre les deux masques va se faire dans la violence autant que dans la sĂ©duction. Notons que cette opposition entre le cygne blanc et le cygne noir fait Ă©cho Ă  l’histoire du ballet lui-mĂŞme, puisque la princesse cygne (cygne blanc) affronte son sosie noir, qui fait perdre la tĂŞte au prince et sème la confusion. Plusieurs fins closent le ballet, l’une est heureuse et voit le prince et la princesse cygne s’aimer Ă  tout jamais, l’autre est tragique avec la disparition du prince et la mort de la princesse cygne dans le chagrin. Chacun interprĂ©tera la fin de Black Swan avec sa propre grille…

TchaĂŻkovski et le lac des cygnes

Pour conclure ce long papier, intéressons nous à la genèse du lac des cygnes et a Tchaïkovski. Après un mariage motivé par les convenances mais à la mauvaise issue certaine, le compositeur entretient une relation épistolaire et platonique avec Nadejda von Meck. Cette dernière, finira par lui écrire : « Piotr Illyich, avez vous aimé ? Il me semble que non. Vous aimez trop la musique pour aimer une femme. »
- « J’aime trop les hommes pour aimer les femmes »aurait pu rĂ©pondre TchaĂŻkovski, qui avait pris peu Ă  peu conscience de l’implacabilitĂ© de ses attirances sexuelles.

Le lac des cygnes restitue cela avec une troublante force. Comme pour Siegfried, le personnage du prince du lac des cygnes, les amoures fĂ©minines sont interdites au compositeur. Toute relation charnelle avec le cygne blanc serait contraire aux lois humaines, toutes celles de TchaĂŻkovski avec une femme serait contraire Ă  la loi du cĹ“ur. Le ballet du lac des cygnes et les reprĂ©sentations qui arrivèrent ne tardèrent pas Ă  ĂŞtre perçu par le compositeur comme une humiliation puis une malĂ©diction. Le ballet fut retirĂ© de l’affiche et sombra dans l’oubli pendant 18 ans… Jusqu’Ă  ce qu’un homme lui redonne le statut d’œuvre majeur qui Ă©tait le sien : Marius Petipa, un prĂ©curseur de Darren Aronofsky qui livre Ă  son tour une rĂ©interprĂ©tation magistrale.

Galerie d’images

Black swan de Darren AronofskyCliquez sur l’image pour voir la galerie

commentaires : 6Commentaire

Partagez cet article

  • Twitter
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Delicious
  • MySpace

6 réponses


  1. On peut aussi s’interroger sur le cĂ´tĂ© complètement Schizophrène de Nathalie Portman et voir que finalement le cĂ´tĂ© le plus noir fini par l’emporter sur l’autre cĂ´tĂ© (en tout cas dans mon analyse du film), mĂŞme quand on fait tout pour y Ă©chapper. Ou alors se dire que la danse et particulièrement interprĂŞter le lac des cygnes permet Ă  Nathalie Portman de se transformer, d’ĂŞtre confrontĂ©e Ă  tous ses dĂ©mons, de se libĂ©rer de l’emprise Maternelle et finalement de mourir apaisĂ©e en ayant accomplie tout ce qu’elle voulait faire et en ayant dĂ©couvert qui elle Ă©tait vraiment. Quoi qu’il en soit il est vrai que c’est un film qui ne laisse absolument pas indiffĂ©rent, qui nous fait passer par toute sorte d’Ă©motions et qui nous amène Ă  nous poser beaucoup de questions. En tout cas pour ma part, j’ai adorĂ© !!!!

  2. Très bon papier vincent ! Moi aussi j’ai adorĂ© le film. Comme le dit Sophie, ce film fait vraiment passer par plusieurs Ă©motions ! Je suis tout Ă  fait d’accord, et je vois bien aussi le cotĂ© noir prendre le dessus. Mais je vois surtout aussi  la volontĂ© de le faire disparaitre.

    Je vais essayer de ne pas spoiler le film lol ce qui n’est pas évident pouour moi et de faire court. Sans rentrer dans les détails, je vois aussi la volonté de mort du cygne noir. (Une scène de fin du film me renvoi à ça)

    Tout le long du film on a une forte image de l’empêchement d’être une femme (mère castratrice), une adolescente qui entame son émancipation. Elle devient femme (elle jette ses affaires qui renvoi à l’adolescence… peluches…) Le maitre de ballet, lui fait remarquer très souvent qu’elle est parfaite pour le cygne blanc, mais pas pour le cygne noir. Pour atteindre la perfection, Nina doit trouver la parfaite balance entre le noir et le blanc. Un peu à l’image du Yin et du Yang propre à la pensée orientale qui pense la dualité sous forme de complémentarité. Mais la dualité n’est pas pensée ici sous forme de complémentarité, le cygne noir veut prendre le dessus après tant de frustration et éclipser le cygne blanc (Pendant la représentation, elle chute en tant que cygne blanc, alors que la représentation du cygne noir sera parfaite). Étant à l’origine le cygne blanc, elle ne peut pas vivre en étant seulement un cygne noir. Je vois dans la symbolique du ventre une façon de se débarrasser de son double, mais surtout une façon de faire disparaître le personnage naissant du cygne noir.

  3. Très bon billet Vincent, très intĂ©ressant, riche et profond. Pourtant je n’ai pas aimĂ© le film, trop caricatural, trop littĂ©ral, utilisant selon moi, les poncifs de la dualitĂ©. Le sujet Ă©tait pourtant intĂ©ressant et offrait un boulevard d’expĂ©rimentations et d’innovation. Preuve en est : l’affiche du film, plutĂ´t pauvre dans sa recherche symbolique (la peau craquelĂ©e d’une perfection qui s’effrite… bof).
    Ma dĂ©ception tient au fait que je n’ai pas Ă©tĂ© surprise, ni Ă©tonnĂ©e, ni bousculĂ©e. Tout s’enchaĂ®nait avec un air de dĂ©jĂ  vu. Pas d’imprĂ©vu en somme, contrairement Ă  Fight Club, auquel tu fais rĂ©fĂ©rence dans ton article, qui me semble bien plus onirique et inattendu.
    Mais je conçois que l’on ait pu aimer Black Swan, ne serait-ce que pour l’engagement physique de Natalie Portman dans ce rĂ´le. Chapeau !

  4. Black  Swan fait partie de ces films qui ne laissent pas indiffĂ©rent: soit on adore, soit on dĂ©teste….je fais partie de la première catĂ©gorie sans vraiment pouvoir analyser le pourquoi du comment. Tout ce que je peux dire est que j’ai Ă©tĂ© transportĂ©e d’un bout Ă  l’autre, tour Ă  tour Ă©tonnĂ©e, touchĂ©e, bouleversĂ©e, submergĂ©e par l’Ă©motion, effrayĂ©e, peinĂ©e…complètement immergĂ©e voire dĂ©stabilisĂ©e par une histoire qui n’est pas du tout la mienne mais a pourtant fait rĂ©sonner de nombreuses cordes sensibles.
    N’est-ce pas lĂ  le but premier d’une oeuvre d’art? Comme le dit Georges Braque « l’art est fait pour troubler. Il n’y a en l’art qu’une chose qui vaille: celle qu’on ne peut expliquer »
    En tout cas, merci à Vincent pour son papier passionnant, documenté, précis et pour son style à la fois subtil et puissant : un grand moment de plaisir!
     
     

  5. Un article très intĂ©ressant qui aborde les diffĂ©rentes facettes qui font que ce film m’a fait forte impression… (Fountain et requiem for a dream m’avait hantĂ© pendant des mois et encore aujourd’hui…..). Les rĂ©fĂ©rences sont riches! bravo!
     

  6. J’ai trouvĂ© le film magnifique mais j’avoue qu’il m’a Ă©galement beaucoup troublĂ©. Je voudrais saluer l’esthĂ©tisme qui donne une force prodigieuse au scĂ©nario. La bande sonore participe Ă©galement pleinement au rendu nostalgique et dramatique de cette beautĂ© noire. Je me souviens particulièrement de cette scène (au dĂ©but et qui est aussi une scène de fin je crois) oĂą elle danse avec le sorcier… tout simplement effrayant, angoissant, troublant.

    Je pense que ni le cĂ´tĂ© noir ni le cĂ´tĂ© blanc l’emporte. C’est un duel constant qui finit par une « mort blanche » (d’ailleurs les couleurs noir et blanc s’opposent, s’entremĂŞlent se confrontent tout le long du film comme dans la scène du bar ou elle revĂŞt un dĂ©bardeur noir pour s’extraire de son cĂ´tĂ© gentillet et rentrer dans le monde de la nuit).

    Ce qui m’a posĂ© question et interpellĂ© c’est aussi le rapport au charnel. Tout d’abord absent il fini par s’amplifier pour trouver l’apogĂ©e Ă  la fin du film. Cela accompagne et joue un roule primordiale dans le processus de rĂ©bellion, brute,  bestiale,  fougueuse et agressive du personnage.

    En ce qui concerner la fin (attention spoilage) pour ma part je trouve que cela ne pouvait pas ĂŞtre autre chose qu’une issue dramatique. L’apothĂ©ose par la mort. Son personnage blanc puis noir puis les deux l’a tellement habitĂ©, au point de devenir viscĂ©ral, que c’Ă©tait pour elle la seule possibilitĂ© de se libĂ©rer. (d’oĂą pour moi une « mort blanche »)

    La danse, ce ballet, ce rĂ´le Ă©tait sa vocation du latin vocare, appeler. Un appel intĂ©rieur qui a fini par la dĂ©passer. La vocation, mot d’origine biblique, pose ici question. Je ressent effectivement cette notion liĂ©e au divin mais plus troublant encore les notions de bien et de mal, de l’amour dans la chaire ou dans l’esprit. Cette danse permanente nous montre combien nous sommes ambivalents et combien le contexte dans le lequel on se trouve peut nous rĂ©vĂ©ler, nous sublimer ou nous terrasser.

    Je finirai par dire que sa vocation est devenu une passion destructrice. Passion dans son sens de dĂ©mesure, d’exagĂ©ration, d’intensitĂ©. Je trouve que la dĂ©finition qui suit retranscrit l’esprit de cette passion meurtrière :
    >> Domaine de l’esprit et des sentiments. Tendance d’origine affective caractĂ©risĂ©e par son intensitĂ© et par l’intĂ©rĂŞt exclusif et impĂ©rieux portĂ© Ă  un seul objet entraĂ®nant la diminution ou la perte du sens moral, de l’esprit critique et pouvant provoquer une rupture de l’Ă©quilibre psychique.

    Finalement Nina ne serait-elle pas le symbole de notre intériorité en mouvement ?

     

Réagir au sujet