philosophie, design, philo, arts, art, arts graphiques, photo, photographie, littérature, réflexion, décryptage, pédagogie, vulgarisation, explication, événementiel, analyse, politique, écologie, magazine, pub, publicité, culture, expositions, graphisme, cinéma, spirituel, spiritualité, fait religieux, tribu, tribus, musique, musical, utopie, notion, humanisme, humaniste, engagement, engagé, rencontre, altérité, ifer, artdifer, e-art, e-artsup, concept, spectacle, paris, pop culture, popculture, pop-culture, pop, tendance, postmoderne, postmodernité, ultra moderne, ultramodernité, blog
Choisir, donc exclure.   {Henri Bergson}

Vendredi 8 janvier 2010{par Emeric}

Avatar – La rĂ©volution n’a pas eu lieu en image

PlutĂ´t que de faire un rĂ©sumĂ© je vais commencer par la Bande-annonce, qui a mon avis fait très bien comprendre le sujet. Comme ça il n’y aura pas de spoiler…


Avatar © 20th century fox – les images et les vidĂ©os prĂ©sentĂ©es sont la propriĂ©tĂ© de 20th Century Fox

Alors maintenant les superlatifs : AnnoncĂ© comme « la rĂ©volution du cinĂ©ma numĂ©rique« , le film a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un budget de près de 500 millions de dollars, dont 250 millions en publicitĂ©. Largement remboursĂ© en un week-end, près de 8 millions d’entrĂ©es en France au 8 Janvier, 1 Milliard 150 Million de dollars de recettes mondiale Ă  la mĂŞme date. Alors oui, le film est bon, mais pas si bon qu’escomptĂ©.
Le scĂ©nario a mis 10 ans a s’Ă©crire, James Cameron y travaillant seul. Concrètement le scĂ©nario est vite rĂ©sumĂ©, c’est une allĂ©gorie de l’histoire des immigrĂ©s AmĂ©ricains qui ont exploitĂ©s et mĂ©prisĂ©s les AmĂ©rindiens. Basiquement on retrouve le thème de l’exploitation du faible par le fort, le mĂ©pris du fort envers le faible mĂŞme. On peut trouver dans le film des similitudes avec les classiques Danse avec les loups, ou Abyss.

Au final quelle est la rĂ©volution promise par Cameron ? A part l’utilisation de la 3D pour certaines sĂ©quences spectaculaires (le vol sur les Ikran, diffĂ©rentes scènes de combat…) il n’y a vraiment, vraiment pas de quoi crier au gĂ©nie.
Cette utilisation de la 3D justement, parlons-en : qu’apporte la 3D dans le visionnage d’un film ? actuellement voir un film en 3D coĂ»te 3 euros plus cher que n’importe quel autre projection, ce qui est clairement abusĂ© quand on voit le prix des places Ă  l’heure actuelle. De plus la 3D n’apporte pas vraiment grand chose au film, elle est mĂŞme parfois dĂ©rangeante (surtout 2h40 durant…). Concrètement l’argument 3D est, Ă  mon sens, prĂ©sent pour palier Ă  la crise (et encore, pas sĂ»r…) que connait le monde du cinĂ©ma actuellement. Il agit en sorte comme palliatif en attendant la vraie solution. Car oui, pour l’instant avoir un matĂ©riel compatible 3D chez soit revient assez cher Ă  l’heure actuelle, alors qu’avoir un matĂ©riel Home Cinema digne de ce nom est presque accessible Ă  tous. Dès lors, pourquoi aller voir un film au cinĂ©ma ? RĂ©ponse toute faite : pour la 3D. Et pas pour les 30 minutes de publicitĂ©s (ou plutĂ´t advertainment, ces publicitĂ©s entrecoupĂ©es de bandes annonces) qui nous ont aussi coĂ»tĂ© 13 euros pour ĂŞtre assis Ă  cĂ´tĂ© d’un glouton mangeur de popcorn et autres accros du tĂ©lĂ©phone ou du commentaire audio « live ».
Mais revenons au film.

Cliquez sur l’image pour voir la galerie.

Ce n’est certainement pas le scénario qui fonctionne dans ce film, ni les plans de caméra déjà vus et revus. Comme le disait Terry Giliam à propos des effets spéciaux « Une vague géante déferle sur la Maison Blanche ? et alors ? ».
En clair ; passés les effets spéciaux, que reste-t-il du film ? Réponse : pas grand chose hormis l’univers de Pandora.
C’est à mon sens l’un des seuls points forts de ce film, la richesse du bestiaire, de la faune et de la flore du monde de Pandora.
Au final cela découle sur une machine marketing bien rodée. Depuis (et même avant) la sortie du film on a une quantité phénoménale de produits dérivés : T-shirts, coffrets, figurines, jouets, jeux vidéos multi-plateforme…
Autant dire que la machine marketing de Cameron est bien rodĂ©e : on ne pourra pas Ă©chapper Ă  Avatar. L’univers d’Avatar rentrant en collision avec le notre.

Concrètement ce que le film nous donne Ă  voir c’est un monde humain/terrien, emplie de rancĹ“ur, de cupiditĂ©, d’Ă©goĂŻsme et de chaos face Ă  un monde plein de beautĂ©, de grâce, d’harmonie et de sens. C’est tout de mĂŞme le point le plus affreux du film : voir qu’en 2154 l’homme n’a pas changĂ© d’un iota. Le constat Ă©tait le mĂŞme dans les prĂ©cĂ©dents film du rĂ©alisateur que sont Abyss ou Terminator, simplement cette production va plus loin.
On nous parle ici d’initiation : nous voyons et vivons l’Ă©volution du hĂ©ros. Nous connaissons et ressentons ses doutes, ses peurs, ses aptitudes.  Nous dĂ©couvrons le monde poĂ©tique des Naa’vi qui rentre en collision frontale avec le monde marchand et raisonnĂ© des Humains. Pandora est un monde poĂ©tique, d’une beautĂ© et d’une imagination sans fin.

IntĂ©ressant aussi est « l’objet », le « corps » Avatar. Combinaison de l’ADN humain et Naa’vi, il est un ĂĽbermensch NietzschĂ©en. L’avatar combine toute la force la puissance et la grâce d’un corps Naa’vi, et « l’intelligence » et la connaissance d’un Humain. ReprĂ©sente-t-il de facto, physiquement et psychologiquement, l’être idĂ©al ? de liaison entre les cultures ? l’Ă©volution de l’Homme, qui doit retourner vers sa mère (nature)  et redĂ©couvrir la beautĂ© du monde qui l’entoure ?
On peut aussi percevoir les prĂ©mices de la sortie au grand public du nĂ©o-tribalisme Ă  l’Ĺ“uvre notamment sur internet (rĂ©seaux sociaux). On a en effet une communautĂ© plutĂ´t attrayante de personnages ayant des valeurs, une culture et une histoire, regroupĂ©s ensemble et soudĂ©s (nous le voyons clairement dans le film). On peut retrouver ici des similitudes avec les jeux massivement multi-joueurs en ligne (WoW notamment), mais par extension tous nos avatars virtuels (facebook, twitter…).

Au final ces deux mondes distincts parviendront-ils à se rencontrer convenablement, à vivre ensemble ? Dans notre monde il faudra attendre, et dans celui de James Cameron aussi, les acteurs principaux ayant signés pour 2 autres films

Et vous, qu’en avez-vous pensĂ© ? vrai rĂ©volution ou poudre aux yeux ?

commentaires : 8Commentaire

Partagez cet article

  • Twitter
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Delicious
  • MySpace

8 réponses


  1. j’avoue la 3D n’est pas super mais le film est extraordinaire (pour moi)

  2. Bonjour Ninon,
    En fait c’est Ă  peu près l’inverse que je dit dans mon article : la 3D est inutile pour la plupart des scènes du film, et le scĂ©nario est dĂ©jĂ  vu et re-vu. L’histoire n’est pas le point fort du film, contrairement Ă  l’univers dans lequel il Ă©volue. Beaucoup de richesse ici, et c’est ce qui nous envoute je pense, ce qui fait qu’on aime quand mĂŞme ce film (hormis la crĂ©dibilitĂ© des personnages).
    Sur ton blog je n’ai pas trouvĂ© de critique, extrait ou autre. Je trouve cela dommage de ne pas pouvoir confronter nos points de vue (amicalement, bien sĂ»r) de ce fait. Je t’invite en tout cas Ă  revenir sur ce blog et dĂ©velopper un peu, ou bien Ă  revenir quand quelques printemps auront passĂ©…

    (PS : j’ai Ă©ditĂ© ton message pour corriger le langage SMS)

  3. Comme dirait Slavoj Zizek, on dirait du Joseph Goebbels, il faudrait brĂ»ler ce film sur la place publique. En terme moins agressif, on peut dire qu’il est le parangon du film de propagande idĂ©ologique. Et ce n’est pas les 250 000 000 $ de budget marketing qui laisseront le champ libre Ă  une contre-argumentation.

  4. Je n’ai pas trop compris ton point de vue.

    Ce film est une satyre de la sociĂ©tĂ© « capitaliste » (pour faire court…). Il n’y a pas de propagande hormis peut ĂŞtre Ă©ventuellement un message de communion avec son prochain, du faible qui l’emporte sur le fort car il a des vrais valeurs, d’un peuple qui respecte les siens et la nature…

    OĂą est la propagande et pour quoi ?

  5. Comme d’habitude pour les films hollywoodiens, il faut faire le lien avec l’histoire de la civilisation occidentale mais Ă©galement avec le contexte cinĂ©matographique dans lequel il s’inscrit. En effet, le scĂ©nario d’Avatar n’est qu’un mixte entre Pocahontas et Matrix. Je pourrais Ă©galement citer Le dernier samouraĂŻ ou encore Danse avec le loups. Et c’est sĂ»rement ce dernier qui permet de mettre en lumière le plus facilement l’idĂ©ologie.
    Celle-ci consiste Ă  faire l’apologie de la suprĂ©matie de la « race » occidentale (techno-industrielle) sur le reste des autres peuples sous couvert de la dĂ©fense des opprimĂ©s et de fĂ©Ă©rie altruiste. Je m’explique, le shĂ©ma quasiment mythique qui est rĂ©pĂ©tĂ© Ă  chaque fois est le suivant : il s’agit d’un contexte colonial dans lequel la subjectivitĂ© du scĂ©nario se pose premièrement du cĂ´tĂ© des colons. Dans ceux-ci, un homme, le hĂ©ros, se rend compte de ce que signifie la colonisation et va prendre fait et cause pour les colonisĂ©s. Jusqu’ici on pourrai dire que tout va bien, dans le sens oĂą rien ne semble immoral. Mais ensuite, Ă  chaque fois, ce hĂ©ros va comprendre et s’intĂ©grer immĂ©diatement dans le peuple colonisĂ© (il a une sorte d’omniscience Ă©thnologique qui lui permet de comprendre directement et vĂ©ritablement les attentes du peuple) pour en devenir le chef. Cette tendance immĂ©diate au pouvoir et Ă  sa lĂ©gitimitĂ© de fait (par sa nature d’occidental ? par sa supĂ©rioritĂ© ?), va lui confĂ©rer la puissance et le charisme suffisant Ă  mener et Ă  diriger ce peuple vers sa libĂ©ration. C’est Ă  dire, qu’en creux, sans ce hĂ©ros occidental, le peuple autochtone n’aurait pas pu se libĂ©rer.

    Donc, bien que l’occident reconnaisse son caractère impĂ©rial, il n’empĂŞche qu’il ne peut se penser autrement que comme tout-puissant et supĂ©rieur. Cette hiĂ©rarchisation de fait entre les cultures et l’incapacitĂ© qu’Ă  le cinĂ©ma spectaculaire hollywoodien de s’extraire de cette idĂ©ologie de maĂ®tre du monde est flagrante. Et mĂŞme si en surface on peut y rencontrer comme tu dis une satyre du capitalisme, ou de la sociĂ©tĂ© actuelle, ce n’est pas ce qui compte mais ce qui fait conte (pour faire un jeux de mot rapide…). Parce qu’au fond une critique frontale du capitalisme (j’entends frontale par « Ă  dĂ©couvert » et en ne faisant que rĂ©pĂ©ter le bon sens, le sens commun – la violence c’est mal, le pillage c’est mal, la fraternitĂ© c’est mieux, etc.), ne vaut pas grand chose, ces lapalissades tout le monde les connaĂ®t et les vit au jour le jour. Je dirais mĂŞme que c’est en rĂ©pĂ©tant ces arguments moraux classiques que le capitalisme se renforce car ils nous rendent impuissants.
    Ce n’est pas en assĂ©nant le bon sens et la morale commune et universellement partagĂ©e qu’elle semblera plus pertinente. Ce qui importe, il me semble, c’est plutĂ´t de dĂ©celer ce qui se trame en souterrain dans ces films, ce qui fait lien entre eux et quel fond imaginaire ils vĂ©hiculent. Car notre comprĂ©hension du monde, c’est Ă  dire notre capacitĂ© Ă  la conceptualisation par le symbolique et Ă  la mise Ă  jour des concepts nous permettant de penser le monde, ne peut se faire qu’Ă  partir d’un fond imaginaire qui constitue notre culture et notre identitĂ©. C’est Ă  partir d’elle que nous raisonnons, c’est Ă  partir d’elle que nous fondons nos a priori qui permettront de formuler des hypothèses de pensĂ©e qui seront ensuites validĂ©es. Par consĂ©quent, lorsque cet imaginaire est structurĂ© Ă  partir de mythes, ou tout au moins, de rĂ©cits rĂ©pĂ©tĂ©s, ritualisĂ©s par les mĂ©dias dès notre enfance ; alors ils nous obligent inconsciemment (pas dans le sens freudien, simplement dans le sens oĂą en a pas conscience spontanĂ©ment) Ă  penser d’une certaine manière qu’on le veuille ou non. C’est pour cela qu’il me semble que ce fond, cette trame idĂ©ologique (dans le sens oĂą elle vĂ©hicule une certaine conception de l’homme occidentale) caractĂ©ristique dans le cinĂ©ma spectaculaire amĂ©ricain, est Ă  proscire et Ă  dĂ©noncer. C’est lui qui nous empĂŞche de penser autrement et donc de sortir des prĂŞt-Ă -penser classiques qui peuvent sembler en surface anticonformistes ou contestataires, mais qui ne font que lĂ©gitimer le système puisque rĂ©pĂ©tant une mĂŞme logique sous-jacente.

    Je soutiens donc que le film Avatar, ou en tout cas son scĂ©nario, n’est que la rĂ©pĂ©tition rituelle d’un mythe, devenu idĂ©ologie puisqu’ayant une fonction politique, qui rappelle, de façon presque masochiste, le gĂ©nocide Ă  partir duquel s’est fondĂ© les Etats-Unis (mais en fait tout l’occident), non pas pour se repentir, mais pour y assoir le fait que de toute façon, sans l’Occidental, les autres peuples ne sont rien et sont incapable d’autonomie.

  6. Bonjour,
    Comme d’habitude, tes commentaires soulèvent bien des questions Michael :)
     
    Je n’avais jamais rĂ©ellement pris conscience de ce mythe dont tu nous parle. En un sens, je trouve que tu as raison et beaucoup de films, dont ceux que tu cite sont la pour appuyĂ© ton commentaire. Par rapport Ă  Avatar, le shĂ©ma se rĂ©pète encore une fois.
     
    Je n’arrive cependant pas Ă  ĂŞtre d’accord avec toi sur le fait que que le hĂ©ros s’impose par un quelconque don naturel en tant que leader lĂ©gitime de ce peuple opprimĂ©. Premièrement, le film montre bien qu’il n’est pas tout seul, il y Ă  quelques (rares ?) humains qui sont Ă©galement de son cotĂ©. Deuxièmement, avant d’avoir une quelconque lĂ©gitimitĂ© au sein de ce peuple, il Ă  d’abord du accomplir tout le rite initiatique et c’est quand mĂŞme pas rien. Rappelons que les Naa’vi ne sont pas non plus des tendres et qu’au moindre faux pas, le hĂ©ros aurait Ă©tĂ© tuĂ© sans aucun remord. C’est vrai que la narration du film laisse Ă  penser que c’est un peu facile mais c’est la que la longueur du film est justifiĂ©e je trouve. Tout ce temps nous permet de comprendre comment il en arrive a se retournĂ© contre sa propre espèce. Tu as très certainement raison de dire que c’est une Ă©nième dĂ©monstration de la puissance (j’allais dire « roxance » parce que ca rĂ©sume mieux) naturelle occidentale. Cependant, tu parle d’imaginaire et en tant qu’ĂŞtre humain, ce que ce film m’Ă©voque avant tout, c’est l’envie de partage  et de connaissance des autres cultures de notre propre monde car d’une certaine façon, ce que l’on retrouve sur Pandora, nous pouvons aussi le retrouver sur Terre. En aucun cas, ce film m’Ă©voque une quelconque domination occidentale car je trouve que c’est bien l’ensemble du peuple Naa’vi qui se bat contre l’envahisseur. Certes, c’est le hĂ©ros qui les as rassemblĂ©s mais Ă  la fin du film on voit bien qu’il renonce Ă  son status en libĂ©rant sa crĂ©ature. Il renonce de ce fait Ă  la « dominance » qu’il Ă  acquise pour redevenir simple ĂŞtre vivant. Il y Ă©galement une scène qui montre que le hĂ©ros n’agĂ®t pas seul. C’est lorsque la mère nature de Pandora, Eiwa, agĂ®t Ă  sa manière pour vaincre l’envahisseur. J’ai trouvĂ© cette sĂ©quence intĂ©ressante car elle transcende justement ce shĂ©ma classique que tu Ă©voque, apportant dans notre imaginaire cette espèce de magie qu’on ne comprend pas mais qui fait que parfois, l’union et le respect mutuel fait que certains dĂ©fis ne sont pas si insurmontable. Voila ce que m’Ă©voque surtout ce film.
     
    Encore une fois, je ne dis pas cela pour contredire tes propos car je ne peux qu’ĂŞtre d’accord avec une grande partie de ton commentaire. Je voulais juste apporter mon point de vue :)
     
    Amicalement, Alex

  7. Je suis dĂ©solĂ© de rĂ©pondre si tard mais après tes quelques remarques je me suis convaincu d’aller voir le film pour apporter des rĂ©ponses prĂ©cises. Première remarque, le film est plus nuancĂ© que l’idĂ©e que je m’en Ă©tais faite après avoir lu le script. Mais, deuxième remarque, mon argumentation prĂ©cĂ©dente me semble tout de mĂŞme valable.
    Pour rentrer dans les dĂ©tails je vais tenter de rĂ©pondre Ă  chacune de tes remarques. Tout d’abord, le hĂ©ros. Tu nous dis qu’il ne s’impose pas car il n’est pas seul, il suit un rite initiatique et il renonce Ă  son statut Ă  la fin. Ces trois points me semblent faux. En effet, mĂŞme s’il suit la formation naa’vi, il n’empĂŞche qu’il est acceptĂ© en moins de trois mois, ce qui me semble particulièrement court pour comprendre et intĂ©grer une culture et mĂŞme une espèce diffĂ©rente. Les rĂ©cits ethnologiques de Claude LĂ©vi-Strauss ou de Marcel Mauss ne me contrediront pas. Ensuite, il m’a semblĂ© que, malgrĂ© les deux autres humains qui sont avec lui, il est le seul Ă  intĂ©grer le peuple naa’vi et c’est grâce Ă  lui que ces deux autres arrivent Ă  renouer le contact. Et enfin, je n’ai pas interprĂ©tĂ© la fin du film de la mĂŞme façon que toi, il m’a plutĂ´t semblĂ© qu’il abandonnait son corps d’humain pour devenir pleinement naa’vi, se « marier » avec la fille du chef (mort dans la bataille), et donc sĂ»rement le devenir lui-mĂŞme.
    En revanche, la remarque que tu fais concernant l’attaque finale portĂ©e par eiwa, me semble assez juste. C’est vrai que c’est assez inhabituel de voir un retournement de cette nature/ce genre. MĂŞme si on peut retrouver cette idĂ©e dans la mythologie contemporaine des films d’animation japonais (en particulier Princesse MononokĂ©).
    Ensuite, je voulais m’attarder un moment sur le peuple naa’vi, qui m’a semblĂ© très humain en de nombreux points. Sur le plan physique d’abord, alors que la faune est extrĂŞmement variĂ©e et diversifiĂ©e (mĂŞme si les chevaux Ă  six pattes semblent plus proches de la chimère que d’une nouvelle espèce), les naa’vi eux sont très anthropomorphiques. Pourquoi les avoir fait si semblables Ă  nous, et surtout, pourquoi ont-ils les mĂŞmes Ă©motions, les mĂŞmes postures, les mĂŞmes sentiments, les mĂŞmes expressions ? Je ne parle mĂŞme pas de leur organisation politique et sociale qui est exactement la mĂŞme que n’importe quel clan patriarcal humain. MĂŞme sur terre on trouve des cultures beaucoup plus Ă©loignĂ©e de la notre que celle des naa’vi. J’ai eut l’impression que les scĂ©naristes ont voulu reprĂ©senter le stĂ©rĂ©otype du peuple sauvage que les occidentaux imaginaient il y a plus de cent ans. Pourquoi n’avoir que travaillĂ© le « folklore » et la mythologie ? Les autres peuples diffèrent de nous uniquement sur ces points ? Ce me semble extrĂŞmement rĂ©ducteur.  De plus, la naĂŻvetĂ© qui ressort de leur comportement face Ă  l’agresseur participe de ce tableau gĂ©nĂ©ral qui voudrait les rendre incapable de s’organiser ensemble de façon autonome. Sans Jack ils n’auraient pas pensĂ© Ă  s’allier ?
    Tout ceci me porte Ă  persister dans le sens de ma première analyse qui soutenait que ce n’est pas avec Avatar que le cinĂ©ma Holywoodien rompra avec son arrogance et son ethnocentrisme. La magie et les costumes ne suffisent pas Ă  prendre conscience de l’autre si celui-ci reste ancrĂ© de façon intangible, dans les mĂŞmes codes culturels et psychologiques que nous. MĂŞme si l’opposition nature/technologie peut ĂŞtre vue comme une nouveautĂ© dans l’univers hollywoodien, il n’en reste pas moins que le cinĂ©ma japonais exploite ce filon depuis des dĂ©cennies dĂ©jĂ , et que cela n’amène rien de plus qu’un affrontement manichĂ©en stĂ©rile car indĂ©passable. Que peut-on tirer d’une morale qui explique que face aux dĂ©rives dĂ©shumanisantes de la technologie mise au service de la destruction, il suffit de renouer avec l’idĂ©e d’une nature sacrĂ©e, magique et donc juste ? Le plus flagrant dans le film c’est lorsque la nature prend le parti d’aider la rĂ©sistance. Cette idĂ©e d’une nature/dieu thĂ©oriquement neutre qui, d’un coup et sans explication, prend le parti d’aider Jack (vu que c’est lui qui l’a invoquĂ©), montre Ă  quel point nous pensons que tout nous est dĂ».  Quand nous pillons la nature, celle-ci se laisse faire du fait de sa neutralitĂ© essentielle, mais dès que nous sommes de son cĂ´tĂ©, alors celle-ci dĂ©cide de nous aider. De vaudrait une attitude prĂ©conisant une soumission complète Ă  la nature ? L’alternative se limite-t-elle Ă  : dominer la nature, ou s’y soumettre ?
    En rĂ©sumĂ©, la rĂ©flexion que pourrait susciter Avatar me semble engluĂ©e dans des prĂ©jugĂ©s racistes rappelant l’esprit nausĂ©abond des expositions coloniales du dĂ©but du 20ème siècle. Sous couvert d’immersion dans une culture autre, on ne la regarde que par le prisme du merveilleux. Ce n’est pas en rĂ©duisant la diffĂ©rence de l’autre Ă  une somme de rites et d’accoutrements fĂ©Ă©riques que nous serons capable de le comprendre et donc de nous comprendre. La nĂ©cessaire remise en question de notre mode de vie ne peut et ne doit pas nous conduire Ă  un rejet total de la technique, car cela qui signifierait une soumission complète Ă  la nature et donc la fin de notre civilisation. En tombant dans l’excès, Avatar Ă©vacue les questions essentielles qui nous permettraient d’entamer un questionnement utile et salutaire. Le problème doit ĂŞtre plus complexe et plus nuancĂ©, mais peut-ĂŞtre que s’il Ă©tait posĂ© en ces termes lĂ , il ne permettrait pas de rentabiliser un demi milliard de dollars. Et d’ailleurs, ce n’Ă©tait sĂ»rement son objectif, mais dans ce cas, quel Ă©tait–il ?

  8. Bonjour, je suis heureux ne pas etre seul Ă  avoir un point de vue qui ne place pas ce film comme autoritĂ© crĂ©ative et ethique; naturellement et sans piocher dans des outils philosophiques lourds notre simple resenti peut très rapidement limiter les qualitĂ©e de cette oeuvre qui reste visuellement du plus bel effet; il sufirait juste de regarder la mise en scène classique voir meme attendue qui ne nous jette pas dans une implication personnelle comme a pu le faire Terminator, Ă©galement de J.Cameron. Mais surtout un passage m’a Ă©normement marquĂ©, c’est la manière dont les Naa’vi dominent littĂ©ralement les animaux par la pĂ©nĂ©tration… j’aurais aimĂ© connaĂ®tre l’analyse de Freud sur cet acte et celle d’Albert Camus dont on entend beaucoup parler en ce moment pour les 50ans de son prix nobel et qui Ă©tait si intime avec le concept de rĂ©volte.

Réagir au sujet