Arts médiatiques Pensée & société

Rencontre avec les initiateurs du projet Humailers – Quand la pub se fait don aux associations

Écrit par Vincent
Humailers

Contacté par Humailers, xulux a été interpellé par ce projet qui entend s’appuyer sur l’omniprésence de la publicité pour faire des dons aux associations. Une rencontre semblait l’option la plus intéressante pour vous, cher lecteur, afin qu’ils puissent présenter leur projet avec leur mots. Et si la communication devenait un service sollicité par le consommateur et non imposé ? Serions-nous en chemin vers des régies publicitaires éthiques, missionnées par les consommateurs eux-mêmes ? Ce qui est sûr, c’est qu’Humailers donne matière a penser. Penser la communication de demain, mais aussi les problématiques sociales ou sociétales d’aujourd’hui et leur interaction avec l’habitus consumériste occidental. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ?

Bonjour, Cyril Marin, je suis le gérant de la société Co-f4, créée en 2002 et spécialisée dans la création de sites internet et la création graphique. Nous travaillons principalement dans le secteur du « BtoB ».

Expliquez-nous brièvement votre projet …

Humailers est un service de mise en relation entre annonceurs et internautes solidaires. Le principe : la personne s’inscrit, choisit de recevoir 1 à 7 mails par semaine d’offres, de bons plans,… Et nous reversons 40% des recettes générées par ces envois à des associations caritatives (Restos du Coeur, UNICEF, SPA,…).

Humailers

Quand ce projet a-t-il débuté et pourquoi ?

L’idée de ce projet est née en décembre 2009, suite à la réception récurrente de dizaines de mails promotionnels (non sollicités) pour les fêtes. Partant de ce constat, nous nous sommes demandés : comment faire pour que cette publicité soit plus responsable, ciblée et lui donner une dimension « éthique » ?

Pouvez-vous nous parler de cette sensibilité au travail des associations ? Quel est, finalement, l’élément déclencheur pour démarrer un tel projet ?

Récemment, l’action de Médecins sans Frontières et de la Croix Rouge suite aux importants désastres du séisme en Haïti mais aussi les aides à l’hébergement et à la restauration pour les sans-abris par les Restos du Coeur, nous ont marquées. Toutes ces associations ont besoin d’aide mais, hormis le don direct, il existe trop peu d’alternative. Dans la vie « offline », des programmes solidaires, comme le Sac à Sapin de Handicap International ou les cartes Unicef, ont été mis en place, mais « online », sur internet, peu d’initiatives ont encore été prises. De plus, nous voulions trouver une alternative pour aider les associations. En effet, aujourd’hui il n’existe que 2 façons de soutenir : soit devenir membre de l’association, soit faire un don ou achat avec de l’argent « sonnant et trébuchant ».

A ce jour, combien comptez-vous d’humailers et d’annonceurs? Que cela représente-t-il comme aide pour les associations ?

Nous devrions atteindre les 30 000 humailers avant la fin de l’année ! Nous approchons aussi la barre des 1000€ de dons collectés depuis le début du projet avec, déjà, 870€ de reversé aux associations. De plus, d’autres développements sont actuellement « dans les tuyaux » afin d’élargir notre champ d’action et, surtout, pour « booster le compteur de dons » ! Nous travaillons actuellement avec des régies publicitaires, ce qui nous permet d’atteindre des annonceurs prestigieux, mais l’objectif à terme est de traiter directement avec eux, pour augmenter la somme reversée.

Humailers

Henry Dunant, fondateur de la croix rouge

Pensez-vous qu’il y a un réveil global des citoyens concernant la condition précaire de certaines (beaucoup trop) personnes ou pensez-vous être trop peu nombreux ?

Dans l’ensemble, on remarque sur ces dernières années qu’il y a une réelle évolution des mentalités. Les médias mettent en avant des populations vivant dans des conditions précaires mais aussi les problèmes liés à la consommation d’énergie et au respect de l’environnement. L’ensemble de cette démarche nous amène à penser qu’un service tel que Humailers peut trouver sa place dans le paysage sociétal. Il est important pour nous que le mécanisme de génération de dons ne coûte rien à l’internaute final. Sans parler de « réveil global des citoyens », nous osons espérer que la majorité des gens acceptera de recevoir un mail publicitaire par semaine ! C’est infime par rapport aux bénéfices réels que peut apporter la communauté d’Humailers. Et, accessoirement, sans vouloir être objectif, nous trouvons que c’est vraiment une super idée !

Avez-vous eu des difficultés pour trouver des partenaires qui vous soutiennent ou, au contraire, cela s’est-il fait facilement ?

La principale difficulté est d’entrer dans un cercle vertueux. En effet, sur le papier, le projet a séduit de nombreux partenaires. Seulement, pour passer le cap et engager un partenariat dit « commercial », il est nécessaire pour nous d’avoir une base d’abonnés conséquente. Cette base se construit avec le temps, or le frein à sa construction est la confiance que peut avoir un internaute dans Humailers (est-ce que je ne vais pas être inondé de mails ? Est-ce que mes données ne vont être pas revendues ? Est-ce que les dons vont bien être reversés ?..) Nous travaillons donc activement à gagner la confiance de tous les acteurs du système !

Humailers

Coluche, fondateur des restos du cœur

Quel regard portez-vous sur la politique (au sens large) d’aujourd’hui et sur le fait que des projets comme Humailers soient nécessaires ? Pensez-vous que c’est un problème gouvernemental ou, au contraire, une préoccupation que doit avoir chaque citoyen au quotidien ?

Nous pensons que les problèmes contre lesquels nous luttons sont l’affaire de tous, gouvernement et citoyens. Au sens large, c’est un problème Humain. Nous soutenons et nous nous plaçons aux côtés de ceux qui cherchent à agir quelle que soit la portée de l’action qu’ils entreprennent : il y aura probablement toujours des problèmes et heureusement des gens qui cherchent des solutions !

Le projet Humailers fera-t-il des petits ?

Toute action pouvant améliorer le quotidien ne serait-ce que d’une personne est louable, donc si notre projet peut stimuler la créativité d’autre acteurs, nous en serions fiers. Nous pensons qu’il y a encore tellement à inventer que si nous pouvons être un vecteur de création de nouveaux projets, nous en serions fiers.

Comment vous projetez vous dans l’avenir avec le projet Humailers ? Avez-vous d’autres projets en tête ?

Aujourd’hui la priorité est d’arriver à générer une communauté active et nombreuse. C’est un travail quotidien et passionnant. Nous avons dans les « valises » des tonnes d’idées qui ne seront certainement pas toutes réalisables mais qui ont le mérite d’exister. La prochaine idée à sortir d’ici peu est l’Humailthon, qui permettra de favoriser la vie associative au sens large. Nous avons été sollicités par des associations moins médiatiques que celles que nous soutenons aujourd’hui, l’Humailthon permettra de les aider activement, avec une pointe d’humour !

Que diriez-vous là, tout de suite, pour convaincre les lecteurs de devenir à leur tour humailer ?

J’ose espérer que personne ne lit cette réponse et qu’ils sont déjà tous en train de s’inscrire ! Pour les quelques sceptiques, sachez qu’aujourd’hui près de 30 000 personnes nous consacrent moins d’1 minute par semaine, et qu’elles ont permis de :

Assurer 5 repas quotidiens de plus soit l’équivalent de 150 repas sur un mois | Les Restos du Coeur

Acheter 406 cahiers et 406 crayons de plus pour l’accès des enfants à l’éducation | UNICEF

Nourrir 145 chiens et 145 chats abandonnés, recueillis dans un refuge pendant 1 jour | SPA

Vacciner 658 personnes supplémentaires contre la rougeole | Médecins sans frontières

Accompagner 10 adolescents séropositifs pour la prise de leur traitement et leur projet de vie | Sidaction

Les résultats sur 30 000 personnes laissent imaginer ce qu’ils pourraient être si nous étions plus nombreux. Et là je sais que plus personne ne me lit !

À propos de l'auteur

Vincent

Curieux, posé et réflechi Vincent est attaché au travail bien fait. Il suit avec une grande curiosité les évolutions du monde dans tous les grands domaines : écologie, économie, politique, arts, littératures, société, éthique, justice, enseignement, santé, transport, communication.

Il considère qu'un designer doit être ouvert, passionnément curieux du monde dans lequel il vit et engagé pour alimenter sa créativité, être pertinent et éthique. Les enjeux sont grands pour les générations futures et tout le monde a un rôle à jouer et une responsabilité.

Co-créateur de l’atelier de design nun, il s'attache a travailler sur des projets dont la forme est au service du fond, qui sont porteurs de sens et dans les domaines des sciences, du luxe, de la pédagogie, de la culture et des arts.

Enseignant et directeur d'e-artsup Strasbourg, une école de création numérique, la transmission de savoir-faire et de savoir-être aux jeunes générations est centrale à ses yeux.

Commentaires

Laissez un commentaire