Arts médiatiques

Make the girl dance | Baby baby baby

Voilà mesdames et messieurs qui lisez ce blog, voilà comment on fait du buzz de nos jours sur internet. « Baby baby baby », est le clip réalisé par Pierre-Mathieu et Greg Kozo pour le groupe Make the girl dance sur la chanson éponyme. Les demoiselles en tenue d’eve, recrutées sur facebook apparemment assez facilement, pas d’effets visuels, ni de trucages, une répétition tout habillé et c’est parti pour un clip qui a couté la modique somme de 650 €.

Le buzz est colossal : plus de 3 000 000 de fois vue rien que sur Dailymotion 5 jours à peine après son lancement. On se souvient du clip de justice, « stress« , sorti il y a à peu près un an et qui suivait des personnages qui marchaient et tapaient tout ce qui se présentait sur leur chemin. Le buzz avait lui aussi était incroyable.  On peut faire le parallèle, au moins pour le côté « pris sur le vif » même si pour « stress« , c’est une fausse parure puisque tout était minutieusement orchestré par Romain Gavras – oui le fils du célèbre réalisateur Costa-Gravras – du collectif « kourtrajme« . On peut également lier ce clip à des films tels que « Cloverfield« , filmé caméra à l’épaule et immergeant du même coup le spectateur au cœur des scènes. Bas les masques d’effets spéciaux, de trucages, de maquillages. Retrouvons du réalisme, de l’authenticité et de la plausibilité et montrons des scènes de vie que l’on ancre volontairement dans la quotidienneté de celui qui va regarder. Et visiblement, cette tendance que l’on ne peut ignorer remporte un franc succès.

Mais revenons à ce clip de  make the girl dance. Je m’interroge quand même sur le pourquoi d’un tel buzz. Serait-ce uniquement parce que 3 filles se sont dénudés et ont marché 4 min 30 en pleine rue Montorgueil en plein après-midi ? Par uniquement, je veux dire que l’on ne manque pas d’être harcelés au quotidien par des visuels largement aussi dénudés ou des clips qui le sont tout autant voire bien plus (bien évidemment, pour ceux qui les ont croisé dans la rue en directe c’est une autre histoire…).

C’est donc dans le résultat vidéo, qui ne l’oublions pas est censuré, quelque chose d’assez commun si l’on part du principe que ce qui a plu est le caractère dénudé de ces demoiselles. Mais alors, le buzz ne trouverait-il pas son succès ailleurs. Et là, je vais faire le parallèle avec un autre phénomène, beaucoup plus ancien lui mais qui persiste : l’onde de choc lancé par Jackass et ses cascades en tout genre, toutes plus dangereuses les unes que les autres, qui a bien évidemment inspiré aussi Mickaël Youn et ses comparses du morning live. Dans la ligné de cette modes d’oser faire les choses les plus incroyables dans la seule optique de l’humour (au moins si l’on reste au niveau littéral de ce qu’en dise ceux qui pratiquent ce genre d’activités décoiffantes) est arrivé voilà quelques années maintenant Rémi Gaillard, dont la signature est : « c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui ».  Est ce que cette recherche d’être « n’importe qui » n’expliquerait pas cette tendance de faire les choses les plus incroyable. Rémi Gaillard ne nous donne-t-il pas là une clé de compréhension d’importance majeure ? Je le pense sincèrement. Cette démarche, avec toute ses limites, fait selon-moi signe vers un désir de bousculer les principes, de faire sauter les verrous de la quotidienneté, de construire un monde autre, de jouir d’une liberté absolue, dans un monde où l’on nous pousse à appréhender la vie par les interdits de vie et le besoin de sécurité.

Alors, où cette course éffrénée vers le plus exceptionnel nous mènera-t-elle ? Que peut-on faire de plus inattendu (quoique se mettre tout nu, quand même, ça fait un petit moment que c’est à la mode, rappelez vous : Myriam déjà le faisait en 1981 pour l’annonceur Avenir) que de se mettre à poil, faire chanter 13 500 personnes à l’unisson sur « Hey, Jude » ou montrer des gamins tabasser tout ce qui bouge ? Voilà la perversion de la vision marketing et de sa récupération a des fins mercantiles, d’une société capitaliste basé sur la production en surplus des biens marchands qu’il faut ensuite bien trouver un moyen d’écouler. Commence alors la course au toujours plus : toujours plus exceptionnel, toujours plus performant, toujours plus confortable, toujours plus grand, toujours plus beau, toujours plus nu(e) …

Le message radical, existentiel, sur les questions que se pose l’humain dans la pratique et l’intérêt pour de telles activités est, lui, tout autre et très riche de sens dans une société où l’individu est en quête de sa propre identité, de sa « personne » dirait Jung. Reste à savoir si « devenir n’importe qui » mettra réellement en mouvement ces personnages… Pour ma part, je pense que non, puisque que ce n’est pas la « personne » de Jung vers laquelle nous tendons lorsque nous désirons être autre mais la « persona« , ou le moi en représentation sur la scène sociale, un masque que l’on porte pour changer de rôle et qui est aux antipodes d’une praxis spirituel consistant à réduire toujours plus l’écart entre l’être, le dire et le faire.

À propos de l'auteur

Vincent

Curieux, posé et réflechi Vincent est attaché au travail bien fait. Il suit avec une grande curiosité les évolutions du monde dans tous les grands domaines : écologie, économie, politique, arts, littératures, société, éthique, justice, enseignement, santé, transport, communication.

Il considère qu'un designer doit être ouvert, passionnément curieux du monde dans lequel il vit et engagé pour alimenter sa créativité, être pertinent et éthique. Les enjeux sont grands pour les générations futures et tout le monde a un rôle à jouer et une responsabilité.

Co-créateur de l’atelier de design nun, il s'attache a travailler sur des projets dont la forme est au service du fond, qui sont porteurs de sens et dans les domaines des sciences, du luxe, de la pédagogie, de la culture et des arts.

Enseignant et directeur d'e-artsup Strasbourg, une école de création numérique, la transmission de savoir-faire et de savoir-être aux jeunes générations est centrale à ses yeux.

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