Lundi 18 mai 2009{par Vincent}
Make the girl dance | Baby baby baby
VoilĂ mesdames et messieurs qui lisez ce blog, voilĂ comment on fait du buzz de nos jours sur internet. « Baby baby baby », est le clip rĂ©alisĂ© par Pierre-Mathieu et Greg Kozo pour le groupe Make the girl dance sur la chanson Ă©ponyme. Les demoiselles en tenue d’eve, recrutĂ©es sur facebook apparemment assez facilement, pas d’effets visuels, ni de trucages, une rĂ©pĂ©tition tout habillĂ© et c’est parti pour un clip qui a coutĂ© la modique somme de 650 €.
Le buzz est colossal : plus de 3 000 000 de fois vue rien que sur Dailymotion 5 jours Ă peine après son lancement. On se souvient du clip de justice, « stress« , sorti il y a Ă peu près un an et qui suivait des personnages qui marchaient et tapaient tout ce qui se prĂ©sentait sur leur chemin. Le buzz avait lui aussi Ă©tait incroyable. On peut faire le parallèle, au moins pour le cĂ´tĂ© « pris sur le vif » mĂŞme si pour « stress« , c’est une fausse parure puisque tout Ă©tait minutieusement orchestrĂ© par Romain Gavras – oui le fils du cĂ©lèbre rĂ©alisateur Costa-Gravras – du collectif « kourtrajme« . On peut Ă©galement lier ce clip Ă des films tels que « Cloverfield« , filmĂ© camĂ©ra Ă l’Ă©paule et immergeant du mĂŞme coup le spectateur au cĹ“ur des scènes. Bas les masques d’effets spĂ©ciaux, de trucages, de maquillages. Retrouvons du rĂ©alisme, de l’authenticitĂ© et de la plausibilitĂ© et montrons des scènes de vie que l’on ancre volontairement dans la quotidiennetĂ© de celui qui va regarder. Et visiblement, cette tendance que l’on ne peut ignorer remporte un franc succès.
Mais revenons Ă ce clip de make the girl dance. Je m’interroge quand mĂŞme sur le pourquoi d’un tel buzz. Serait-ce uniquement parce que 3 filles se sont dĂ©nudĂ©s et ont marchĂ© 4 min 30 en pleine rue Montorgueil en plein après-midi ? Par uniquement, je veux dire que l’on ne manque pas d’ĂŞtre harcelĂ©s au quotidien par des visuels largement aussi dĂ©nudĂ©s ou des clips qui le sont tout autant voire bien plus (bien Ă©videmment, pour ceux qui les ont croisĂ© dans la rue en directe c’est une autre histoire…).
C’est donc dans le rĂ©sultat vidĂ©o, qui ne l’oublions pas est censurĂ©, quelque chose d’assez commun si l’on part du principe que ce qui a plu est le caractère dĂ©nudĂ© de ces demoiselles. Mais alors, le buzz ne trouverait-il pas son succès ailleurs. Et lĂ , je vais faire le parallèle avec un autre phĂ©nomène, beaucoup plus ancien lui mais qui persiste : l’onde de choc lancĂ© par Jackass et ses cascades en tout genre, toutes plus dangereuses les unes que les autres, qui a bien Ă©videmment inspirĂ© aussi MickaĂ«l Youn et ses comparses du morning live. Dans la lignĂ© de cette modes d’oser faire les choses les plus incroyables dans la seule optique de l’humour (au moins si l’on reste au niveau littĂ©ral de ce qu’en dise ceux qui pratiquent ce genre d’activitĂ©s dĂ©coiffantes) est arrivĂ© voilĂ quelques annĂ©es maintenant RĂ©mi Gaillard, dont la signature est : « c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui ». Est ce que cette recherche d’ĂŞtre « n’importe qui » n’expliquerait pas cette tendance de faire les choses les plus incroyable. RĂ©mi Gaillard ne nous donne-t-il pas lĂ une clĂ© de comprĂ©hension d’importance majeure ? Je le pense sincèrement. Cette dĂ©marche, avec toute ses limites, fait selon-moi signe vers un dĂ©sir de bousculer les principes, de faire sauter les verrous de la quotidiennetĂ©, de construire un monde autre, de jouir d’une libertĂ© absolue, dans un monde oĂą l’on nous pousse Ă apprĂ©hender la vie par les interdits de vie et le besoin de sĂ©curitĂ©.
Alors, oĂą cette course Ă©ffrĂ©nĂ©e vers le plus exceptionnel nous mènera-t-elle ? Que peut-on faire de plus inattendu (quoique se mettre tout nu, quand mĂŞme, ça fait un petit moment que c’est Ă la mode, rappellez vous : Myriam dĂ©jĂ le faisait en 1981 pour l’annonceur Avenir) que de se mettre Ă poil, faire chanter 13 500 personnes Ă l’unisson sur « Hey, Jude » ou montrer des gamins tabasser tout ce qui bouge ? VoilĂ la perversion de la vision marketing et de sa rĂ©cupĂ©ration a des fins mercantiles, d’une sociĂ©tĂ© capitaliste basĂ© sur la production en surplus des biens marchands qu’il faut ensuite bien trouver un moyen d’Ă©couler. Commence alors la course au toujours plus : toujours plus exceptionnel, toujours plus performant, toujours plus confortable, toujours plus grand, toujours plus beau, toujours plus nu(e) …
Le message radical, existentiel, sur les questions que se pose l’humain dans la pratique et l’intĂ©rĂŞt pour de telles activitĂ©s est, lui, tout autre et très riche de sens dans une sociĂ©tĂ© oĂą l’individu est en quĂŞte de sa propre identitĂ©, de sa « personne » dirait Jung. Reste Ă savoir si « devenir n’importe qui » mettra rĂ©ellement en mouvement ces personnages… Pour ma part, je pense que non, puisque que ce n’est pas la « personne » de Jung vers laquelle nous tendons lorsque nous dĂ©sirons ĂŞtre autre mais la « persona« , ou le moi en reprĂ©sentation sur la scène sociale, un masque que l’on porte pour changer de rĂ´le et qui est aux antipodes d’une praxis spirituel consistant Ă rĂ©duire toujours plus l’Ă©cart entre l’ĂŞtre, le dire et le faire.

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Samedi 23 mai 2009 à 22 h 54 min Franois à répondu:
Et en plus la musique dégomme ^^ !