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Créer une œuvre, c'est créer un monde.   {Vassili Kandinsky}

Mercredi 14 avril 2010{par Emeric}

Les flash mobs : l’apogée du divertissement à caractère émotionnalisant

Les flashmobs ont eut le vent en poupe l’année dernière. Nous en parlions d’abord dans le billet de Marielle sur les free hugs, puis dans le billet de Vincent. Peut-etre avec le retour des beaux jours assisteront nous encore à des manifestations de ce type. Pour ceux qui sont novices en la matière, nous parlons ici d’un regroupement de fans/personnes ayant quelque chose en commun, une envie de partager. Mais est-ce uniquement  de ça dont il s’agit ?
Voici quelques vidéos :

Freeze du Trocadéro

Combat de sabre laser star wars

Premièrement, je pense qu’il faut distinguer les flashmobs uniquement « publicitaires » et les flashmobs « communautaires« .
La différence est bien que dans un cas c’est une communication autour d’un produit, et dans l’autre c’est plutôt la création d’une communauté temporaire, à la limite de la ZAT d’ailleurs.
A l’origine (2008) on trouve sûrement les « free hugs », petits rassemblements de personnes proposant des « câlins gratuits » (voir l’article de Marielle à ce sujet). Puis de fil en aiguille, des personnes commencent à se rassembler par le biais des réseaux sociaux pour diverses occasions : faire une fête improvisée sur toute une ligne de métro, faire un pique nique à l’arc de triomphe, se rassembler dans une gare pour « figer le temps »
Ces flashmobs (flash = flash/éclair & mob = foule. On pourrait traduire par « rassemblement éclair ») sont organisés par des communautés en utilisant internet, et notamment des réseaux sociaux. On assiste tout d’abord à des rassemblements ayant un but ; faire réfléchir sur certaines perversions de notre société. Par exemple, figer des personnes dans une gare est un acte fort. La gare est l’un des lieux les plus passants, et dans lequel on trouve des personnes pressées. Y mettre des personnes qui ne bougent pas, qui représentent réellement un temps figé, créé un contraste fort. De même que des amoureux qui s’embrassent sur le pont des arts à la Saint Valentin. On assiste en fait à une mise en scène « programmée » des figurants. Ils sont la pour parodier quelque chose, afin de mettre en avant un contraste.

On le voit, l’idée de départ de ces flahmobs est bien de montrer, par un acte que l’on peut qualifier d’artistique, que parfois cela vaut le coup de s’arrêter quelques instants et de réfléchir à notre vie en société. Peut-on vraiment courir toute notre vie après quelque chose que l’on ne peut atteindre ? Prend-t-on vraiment le temps d’admirer ce qui nous entoure et d’en apprécier la vrai beauté ? Mais surtout, n’oublions pas que nous vivons tous ensemble.

Flairant le bon filon, les publicitaires se sont ensuite rués sur cette tendance. En effet, quoi de mieux pour faire parler d’un produit que de créer un micro-événement à partir des réseaux sociaux et relayé gratuitement par les  grands médias ? Et voilà comment pervertir encore une fois une idée de rapprochement des personnes, avec un vrai message, en le transformant en un vulgaire outil publicitaire.

Beyonce’s new album

L’apogée a été atteinte à mon avis avec celui d’Oprah Winfrey. Présentatrice vedette de son talk-show éponyme, elle s’est offert pour son anniversaire le plus grand rassemblement de personnes chantant et dansant sur une chanson des BlackEyed Peas à Chicago. Elle décharge ainsi totalement le sens originel des flashmobs pour son propre divertissement : un groupe en vogue chante devant des danseurs « payés » pour être là. Qui divertie-t-on si ce n’est Oprah elle-même ?
Depuis, de nombreux groupes de danse urbaine (ou pas) ont utilisés les flashmobs pour se faire connaître. Ils débarquent à 30 dans un magasin et se mettent à danser, puis repartent aussitôt ! Ils créent ainsi une surprise totale chez les clients et les passants, qui n’en perdent pas une miette en filmant grâce à leurs téléphones portable. Ils font ensuite immédiatement part de ce qu’ils ont vu et vécu sur leur réseau social, créant ainsi le buzz.
Sentiment d’appartenance ?

Hammer Time

Mickael Jackson Dance Tribute at Bucarest

L’idée tient plus du divertissement que du message désormais. En utilisant le phénomène flashmob, les marques (au sens général) ont donc une fois de plus réussit à perdre tout contenu, tout le sens de ces rassemblements pourtant bien porteur de valeurs, et je ne parle évidemment pas de valeur marchande. Au lieu d’un « vivre ensemble » on nous donne encore et toujours du « consommez ».

Enfin, sachez qu’il existe un site internet dédié aux flashmobs : http://flashmob.info/

commentaires : 4Commentaire

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4 réponses


  1. Le rapprochement avec la TAZ me semble un peu rapide, et c’est justement ce qui différencie ces deux « situations » qui permet de comprendre de quoi la flashmob est l’expression.  Alors que la TAZ est avant tout une manifestation politique, dans le sens où elle n’est qu’un moyen de diffusion de valeurs et de vivre ensemble ; la flashmob est, comme tu le dis, l’apogée du divertissement. Divertissement qu’il faut entendre dans un sens pascalien puisqu’il s’agit justement de faire quelque chose pour ne pas se rendre compte de la vacuité de notre vie. Pour le comprendre il faut avoir à l’esprit les deux spécificités de la modernité : l’axiologie neutre : la vie en société ne nécessite pas l’adhésion à une morale commune (ex : à chacun sa définition du bonheur),; et l’individualisme : la société n’est que la somme des relations inter-individuelles. Ceci a pour conséquence un isolement et une perte de commun dans la communauté ; et une recomposition du social au sein du Marché. En effet, à part la famille, le Marché est la seule institution qui réunit les individus. D’où, plus on approfondit le libéralisme politique (qui consiste donc à individualiser les repères moraux), plus on a besoin du libéralisme économique pour créer du Marché en tant que moyen de recomposition social. A partir de là, on comprend mieux de quoi la flashmob est le nom. Il s’agit du dernier moyen de la modernité pour recomposer du social. Mais, du fait que nous soyons habitués à ce que cette recomposition se fasse par le Marché, nous ne pouvons qu’en réutiliser les codes : les lieux utilisés sont : les centres commerciaux (consommation), les gares (mobilité), les monuments (tourisme consumériste) ; la temporalité : sous le mode de la consommation (rien de durable ni de constructif dans le temps) ; et la sensibilité : émotion d’échelle (beaucoup de monde), pseudo-spontanéité (surprise). On voit donc la différence fondamentale avec la TAZ qui elle, cherche plutôt à recomposer du politique, c’est-à-dire à créer des nouvelles formes de vivre ensemble, éphémères, mais à but expérimental et dont la finalité n’est pas le moyen en lui-même. C’est pourquoi la TAZ, en tant qu’essentiellement en dehors du Marché, ne pourra jamais être récupérée par le marketing, alors que la flashmob l’est inévitablement puisqu’elle s’y inscrit pleinement. En conclusion, on peut dire qu’à l’apparente fraternité qui ressort de la flashmob, s’oppose les causes de son émergence qui, du fait qu’elles ne sont pas conscientes, se reproduisent dans la manifestation elle-même, et ainsi annihilent toute possibilité de sublimation (transformation d’une pulsion en acte créateur). La flashmob doit donc plutôt être appréhendée comme un symptôme de la modernité, alors que la TAZ en est une porte de sortie.

  2. Ton interprétation du divertissement Pascalien est pertinente, et c’est un peu ce à quoi servaient les flashmobs au début je trouve : un divertissement qui n’en est pas forcément un. Prenons le cas du freeze par exemple : en arrêtant le temps cela te permet de faire réfléchir, de donner à penser. Ainsi, cet événement n’est pas forcément divertissant au sens Pascalien, bien au contraire.

    Je parlais dans le début de mon article d’un rapprochement entre flashmob et TAZ dans son sens premier,  à savoir la création d’une zone « autonome » en parallèle de la société. J’ai bien essayé de différencier deux types de flashmobs, mais tu ne t’es concentré dans ton commentaire que sur son penchant commercial.
    Les flashmobs au début créaient une telle zone « autonome », puisque les divers rassemblements portaient des codes/valeurs (cf les freeze ou le combat de sabre laser) différentes, mais je suis d’accord avec toi pour dire que la récupération commerciale ne permet plus de définir les flashmobs (commerciaux donc) comme des TAZ (ou ZAT selon la langue). Le TAZ n’est pas uniquement politique. Il y a effectivement création d’un système « politique » (gestion de la polis) puisque le rassemblement s’autogère. Ensuite il y a tout le reste : ce que les gens qui y participent font.
    Regarde « burning man » aux Etats-Unis. Je ne suis pas sûr que l’on puisse réduire ce festival à sa dimension politique.
    Tu parles de Marché, mais un Marché n’a même pas le temps de s’organiser tellement la flashmob est éphémère, encore plus que la TAZ.

  3. Pour que le la sortie du divertissement soit possible, il faut déjà avoir conscience de ce qu’il signifie. Or, il me semble que les flashmob (même les « freeze »), ne sont pas un moyen de prise de conscience de ce divertissement. Au contraire, ils sont réellement vécus comme tel, ils veulent surprendre mais pas faire réfléchir. Ou alors, ce serait vraiment penser que l’implicite est limpide pour tous.
    Ensuite, la création d’une zone autonome nécessite plus qu’un rassemblement proposant une autre activité que celle habituellement à l’œuvre dans tel ou tel lieu. L’autonomie (autos-nomos), c’est la capacité de se donner ses propres lois. Si dans la flashmob il y a autonomie dans le sens où ses acteurs exercent leur liberté individuelle pour faire autre chose. Dans la TAZ, il y a autonomie dans le sens politique du terme, c’est-à-dire qu’il y a création d’un espace de vie commun où l’organisation des rapports inter-individuels est repensé (suppression des rapports de domination, organisation autogérée, etc.).
    Et j’avoue que les valeurs du combat au sabre laser dont tu parles m’échappes ? À part celles du merchandising de LucasArt, je ne vois pas. Ce n’est pas par la manifestation de l’imaginaire consumériste que des valeurs sont exprimées, seules les slogans marketing le sont.
    La flashmob, depuis le début, est sur un mode commercial, de part son contenu ou les moyens techniques utilisés pour l’organiser. La flashmob c’est du fun, du cool, pas du politique ou de la subversion. Quand je parle de Marché, ce n’est pas dans son sens économique, mais dans son sens politique, il n’est pas question d’échanger des biens, mais d’agir à partir des modèles psychologiques et sociaux que proposent les  idéologies du Marché (maximisation de mon intérêt, affirmation de ma définition du bonheur, amoralité, absence de commun).
    Et pour finir, Burning man n’est pas une TAZ, c’est un événement festif. N’oublions pas que pour Hakim Bey, la TAZ est avant tout une Insurrection.

  4. Michaël, c’est dommage que tu ne puisse pas voir plus loin que l’aspect marketing et consumériste des choses. Ce que donne ces événement c’est du « vivre ensemble« . Après oui, certains événements sont utilisés à des fins purement mercantiles.

    Mais que peux-tu me dire sur le freeze de la saint Valentin ? Que c’est un événement commercial ?
    Sur le combat au sabre  laser ? que c’est un événement commercial ?
    Sur les free hugs ? que c’est un événement commercial ?
    Sur les danses de Michael Jackson ? que c’est un événement commercial ?

    Si tu t’arrête uniquement à ça c’est bien dommage.
    Essaye de voir plus loin qu’une critique pure de la société de consommation.
    Pourquoi les gens font-ils cela ? pourquoi y participent-ils ? que cherchent-ils ?

    Je te cite : « Quand je parle de Marché, ce n’est pas dans son sens économique, mais dans son sens politique, il n’est pas question d’échanger des biens, mais d’agir à partir des modèles psychologiques et sociaux que proposent les  idéologies du Marché (maximisation de mon intérêt, affirmation de ma définition du bonheur, amoralité, absence de commun). »

    Mais où vois-tu la maximisation de mon intérêt, l’affirmation de ma définition du bonheur, de l’amoralité, et l’absence de commun dans les événements non-commerciaux que j’ai cité ?
    Moi j’y vois complètement autre chose ! Et heureusement !!

    Et au passage, le Burning Man festival est bien une TAZ (cf wikipedia). Comme je le disais auparavant une TAZ est autre chose qu’une insurrection, qu’un système politique…. c’est aussi la mise en place de toilettes, de système d’irrigation, de restaurants… tout ça pour être AUTONOME sur une zone.

    Regarde la partie « Principes » du Burning Man festival, et dit moi qu’il n’est question QUE d’économie et QUE de politique.

    Une fois encore ne prend pas le terme TAZ utilisé dans mon article au pied de la lettre. Il existe plusieurs formes de TAZ, comme il existe plusieurs sens d’un même mot.

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