Mardi 25 mai 2010{par Emeric}
iPad ou le culte du gadget

A moins que vous ne viviez dans une cave au fin fond du Groenland entourĂ© par des ours qui vous empĂŞchent de sortir, vous avez sĂ»rement entendu parler de l’iPad. Cet outil est censĂ© « rĂ©volutionner le monde » (rien que ça…). Voyons si l’on peut se rapprocher un tant soit peu du discours commercial d’Apple.
Avant mĂŞme son lancement aux Etats-Unis, un grand journal amĂ©ricain titrait : « la tablette la plus attendue depuis 2 000 ans ! », mettant Steve Jobs en qualitĂ© de Messie. Bien que lĂ©gèrement exagĂ©rĂ©e, cette formule se rĂ©vèle pourtant  assez juste. Il n’y a qu’Ă voir les chiffres : 300 000 iPad vendus dès le premier jour, 1 Million en une seule semaine, et une sortie mondiale dĂ©calĂ©e pour permettre Ă Apple de mieux se prĂ©parer Ă sa sortie internationale (vraiment ?). Mais l’iPad finalement, qu’est-ce que c’est ?
Et bien l’iPad est le dernier gadget (qui sort en France ce vendredi 28 Mai) que la firme de Cupertino veut nous faire acheter. Après les iPod puis la rĂ©volution de l’iPhone, voici le prochain produit « Ă la mode » : l’iPad. Cette tablette tactile bĂ©nĂ©ficie du mĂŞme système d’exploitation fermĂ© que l’iPhone ou l’iPod touch, permettant de jouer, travailler, lire ses mails, surfer sur internet… L’avantage du système mis en place par Apple c’est que « pour chaque chose il y a une application ». Certaines sont gratuites et d’autres sont payantes, mais acheter plein de petites applications Ă 0,99€ revient tout de mĂŞme vite cher, de mĂŞme que remplir les 8/16/32 ou 64Go de mĂ©moire avec de la musique, ou rĂ©cemment des films.
CombinĂ© de toutes les technologies d’Apple, cet appareil rĂ©pond en creux Ă un objectif : sauver la presse Ă©crite.
En effet, cet appareil a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© en secret (comme d’habitude chez apple) et prĂ©sentĂ© en avant première aux grands quotidiens amĂ©ricains. Ceux-ci se sont empressĂ©s de trouver un modèle Ă©conomique et de refondre leurs portails web respectifs pour se prĂ©parer Ă l’arrivĂ©e de l’iPad. On devrait Ă©galement voir une quantitĂ© d’abonnements « payants » aux quotidiens français, permettant d’exploiter tout le potentiel de l’iPad. Car on le sait tous, la presse Ă©crite est en crise, et c’est (en partie) Ă cause du grand mĂ©chant internet. L’iPad est donc vu comme le messie de la presse en ligne, permettant de consulter des articles enrichis n’importe oĂą (et pas que depuis son canapĂ©).
Convoquons ici Jean Baudrillard, sociologue et philosophe décédé récemment, et son ouvrage majeur, La société de consommation (qui date de 1970, je le rappelle).
Il cherche au dĂ©but Ă dĂ©finir ce qu’est le gadget, quels sont ses caractĂ©ristiques, comment le reconnaĂ®tre… est-il partout ? ou bien n’est-il nulle part ?
La phrase qui m’a fait Ă©crire cet article est celle-ci :
« … l’objet technique lui-mĂŞme redevient gadget, lorsque la technique est rendue Ă une pratique mentale de type magique ou Ă une pratique sociale du monde. »
C’est exactement le positionnement d’Apple pour cette tablette. Dans la vidĂ©o de prĂ©sentation de cette tablette, on y entend « you know it’s true, when something exceeds your ability to understand how it works , it sort of becomes magical. And that’s exactly what the iPad is. », traduit dans la vidĂ©o par « quand un phĂ©nomène dĂ©passe Ă ce point notre entendement, il en devient magique ». Au diable donc les caractĂ©ristique technique, ou (presque) l’esthĂ©tique Ă©purĂ©e de l’iPad, ce qu’on nous vends ici c’est une manière de faire des choses, d’utiliser des produits. Bref, une manière de vivre. Comme d’habitude chez Apple.

« La machine fut l’emblème de la sociĂ©tĂ© industrielle. Le gadget est l’emblème de la sociĂ©tĂ© post-industrielle. »
Et le pire c’est qua ça fonctionne ! Tout le monde va vouloir son iPad. Pour faire quoi ? la mĂŞme chose qu’avec son iPhone ou son iPod touch (et accessoirement pratiquement n’importe quel smartphone), simplement Ă une rĂ©solution supĂ©rieure. En bref, Apple nous propose une fois de plus une machine sois-disant « rĂ©volutionnaire », mais qui en fait rĂ©utilise les mĂŞmes recettes pour nous vendre le mĂŞme produit. Le monde attendait l’ordinateur Ă Ă©cran tactile d’Apple, il n’y a eut que le grand iPhone. Outre le prix assez exorbitant pour un gadget de ce type, la pleine utilisation de l’iPad nĂ©cessite la souscription d’un forfait (que les opĂ©rateurs français n’ont visiblement pas envie de mettre en avant, tant l’iPhone et consĹ“urs saturent dĂ©jĂ leurs rĂ©seaux 3G) payant, le tĂ©lĂ©chargement d’applications payantes, et les mises Ă jour système seront payantes elles aussi.
Et Jean Baudrillard de conclure « Le gadget se dĂ©finit en fait par la pratique qu’on en a, qui n’est ni de type utilitaire, ni de type symbolique, mais L U D I Q U E « .
Bref, l’iPad n’est peut-ĂŞtre pas lĂ pour rĂ©volutionner le monde une fois de plus, mais peut-ĂŞtre tout simplement pour permettre Ă Apple de continuer sa progression financière et sa mainmise sur les jeunes trendy/fashion, dĂ©veloppant ainsi son mode de pensĂ©e Ă travers le monde.
Et vous, vous pensez en acheter un ? Participerez vous à la révolution du monde selon apple ?






Aleph et Dam dans Adam
ĂŠtes-vous procrastinateur ?
L’Ă©chelle amoureuse de Jean-Yves Leloup
L’utopie et Albert Rouet
La lecture ExpĂ©rience – ExpĂ©rience de la lecture
La notion d’ultramodernitĂ©
Le hardcore
Les 4 périodes du mouvement gothique
Les 6 visages de l’Ă©motion
Quand on retrouve Evagre le Pontique
La transe-en-danse et Paul Ricoeur
Zoom sur l’irrĂ©procitĂ©
Universal Zulu Nation
Keny Arkana – La voix du rĂ©enchantement
Sweeney Todd et les romantismes noirs

S'abonner à ce blog